Le jeu risqué en extérieur. .. un atout santé pour les enfants ?

Musique par Ronan Vernon

 

Le risque est un événement non encore survenu qui motive l’action. – Ulrich Beck

 

Bonjour à tous !jeux-risques-nature-exterieur4

Cet article participe au carnaval d’articles organisé par Coline et Rémy, du blog des Petites Chasses au Trésor. Le thème du carnaval est « Apprendre par le jeu, nos meilleurs conseils ». L’article de Coline et Rémy est Apprendre en s’amusant.

 

En ce moment, je fais quelques recherches sur les bienfaits qu’apporte à l’habitude de grimper aux arbres 🙂 Au cours de ces recherches, j’ai découvert une revue de littérature scientifique qui m’a beaucoup intéressé : cette revue porte sur les bienfaits pour la santé des enfants, aussi bien physique que mentale, associés aux « jeux risqués en extérieur » [1]. Il s’agit d’une collaboration entre des chercheurs issus d’organismes aux expertises variées : département de pédiatrie d’hôpitaux pour enfants, école de santé publique, département d’éducation physique et de santé, plateforme d’évaluation de la prévention de l’obésité, école d’architecture et d’architecture des paysages, département de sciences de la santé publique, école forestière, département d’études environnementales, etc.

 

Ces chercheurs ont effectué une collecte et une analyse des publications scientifiques portant sur les jeux risqués en extérieur. Dans le cadre de cette revue de littérature scientifique :

  • le risque est défini comme une situation où un enfant repère et évalue un défi, puis décide de passer à l’action. Cette définition contraste avec celle qui s’est progressivement imposée dans le langage commun : une situation qui présente des dangers qu’un enfant ne peut pas évaluer et qui n’ont aucun bénéfice évident.
  • le jeu risqué est défini comme un jeu palpitant et excitant, qui peut inclure la possibilité d’une blessure physique. Par exemple : jeu en hauteur (grimper dans un arbre, se balancer aux barres d’une aire de jeux, …), jeu incluant une certaine vitesse, jeu à proximité d’éléments potentiellement dangereux (eau, feu, etc.), jeu avec des outils potentiellement dangereux, jeu où il y a un risque de se perdre (explorer des environnements non-familiers, …), jeu de bagarre, etc.

 

Voici quelques messages-clés et recommandations issus de cette revue, en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement », et que je souhaite partager avec vous :

  • Au cours des dernières décennies, le jeu risqué en extérieur a été de moins en moins pratiqué par les enfants. Cette tendance est à mettre en regard :
    • d’un souci croissant concernant la sécurité des enfants ;
    • d’une promotion de pratiques visant à prévenir les blessures potentielles : élaboration de normes de sécurité pour les équipements d’aires de jeux, supervision attentive des parents, etc.
  • La grande majorité des incidents liés aux jeux risqués en extérieur donnent lieu à des blessures mineures, qui ne requièrent qu’un traitement médical minimal, quand elles en requièrent un. En particulier, le jeu en hauteur n’a pas été associé à la fréquence ou à la sévérité des cas de fractures.
  • Afin de faire un choix éducatif éclairé, il est important de savoir que les jeux risqués en extérieur sont associés à des effets positifs sur plusieurs indicateurs sanitaires et comportementaux : niveau d’activité physique, temps total passé à jouer, compétences sociales (établissement et entretien de liens sociaux de qualité, facilité à l’interaction, résilience, …), risque de blessure (!!), comportements antisociaux (agressivité, isolement, …), créativité, etc. Mariana Brussoni, premier auteur de la revue, propose une explication simple : le jeu risqué en extérieur offre aux enfants l’opportunité de mieux comprendre la notion de risque et où se situent leurs propres limites [2].
  • Globalement, les effets sanitaires positifs d’une augmentation du temps de jeu risqué en extérieur produisent plus de bénéfices que ceux associés à son évitement.
  • Sur la base de ces résultats, les auteurs invitent à offrir plus d’opportunités aux enfants de pratiquer des jeux risqués en extérieur, à rééquilibrer leur besoin de sécurité et leur besoin d’être confrontés à un certain niveau de risque. Dans ce cadre, plusieurs pistes de réflexion peuvent être considérées. Par exemple :
    • distinguer surveillance (« conscience générale » des activités des enfants) et supervision (attention focalisée sur le détail des activités des enfants). « Une simple surveillance pourrait être une approche plus appropriée qu’une supervision active, en particulier pour les enfants de plus de 7 ans » ;
    • distinguer les risques qui offrent des opportunités de développement pour l’enfant (ex : variété de mouvements, stimulation de l’autonomie, connexion avec la nature, …) des risques qui n’en offrent pas ou que l’enfant n’est pas capable de repérer (ex : un coin de table pointu, une ouverture dans laquelle la tête peut se coincer, …)
    • se contenter d’écarter les risques les plus sérieux (blessure grave, mort, …) permet de conserver des environnements de jeu stimulants et proposant de véritables défis aux enfants. Si des parents souhaitent écarter d’autres risques, ils peuvent considérer les critères suivants : probabilité de se blesser, gravité de la blessure potentielle, bénéfices potentiels pour l’enfant, etc.

 

jeux-risques-nature-exterieur3

 

Ce type de discussion fait écho, dans le domaine du jeu en extérieur, aux discussions plus générales sur l’impact des parents très (trop ?) protecteurs, parfois appelés « hyperparents » ou « parents hélicoptères » [3, 4, 5, 6, 7, 8]. Certains auteurs affirment que ce type de comportement peut être contre-productif : vouloir protéger un enfant de tout risque, constamment, favorise l’anxiété et l’instabilité émotionnelle. Des enfants trop peu soumis aux risques n’apprendraient pas à les évaluer et à les maîtriser.

Toute la subtilité semble être de trouver ce qui est « trop » ou « trop peu ». Ces notions peuvent varier selon l’enfant et son environnement. A mon sens, elles gagneront à être définies en s’appuyant sur de l’écoute, de la bienveillance, de la confiance, une démarche progressive, etc. Mais la première étape pourrait être de prendre conscience de la nécessité de trouver un équilibre, de comprendre que le risque n’est pas forcément mauvais en lui-même, qu’un niveau de risque adapté peut apporter beaucoup de bienfaits à la santé des enfants. Si aujourd’hui on me demandait « Pour faire apprendre par le jeu, as-tu un conseil utile à donner ? », je crois que je répondrais « ne pas vouloir systématiquement exclure les risques du jeu » ; en d’autres termes : ne pas surprotéger, laisser des degrés de liberté aux enfants, dans l’objectif de leur donner les conditions propices au meilleur niveau de santé possible.

 

Et vous, êtes-vous un parent hélicoptère ? Si vous êtes né(e) dans les années 70 ou 80, le « risque » est non négligeable haha. Avec Romi, on a parfois des ressentis différents sur ces aspects. Peut-être que dans votre couple aussi 😉 Comment faites-vous pour gérer des approches différentes ? Partagez vos conseils dans les commentaires !

Photos de Philippe Put et Lucas H S Guimarães

 

Références :

  1. Brussoni M, Gibbons R, GrayInt C. What is the Relationship between Risky Outdoor Play and Health in Children? A Systematic Review. Environ. Res. Public Health 2015 ; 12, 6423-6454 ; doi:10.3390/ijerph120606423 ;
  2. University of British Columbia – Public Release: 10-JUN-2015. Risky outdoor play positively impacts children’s health: UBC study.
  3. Glass G, Tabatsky D. The Overparenting Epidemic: Why Helicopter Parenting Is Bad for Your Kids . . . and Dangerous for You, Too! Skyhorse Publishing
  4. Sampson S. Comment élever un enfant sauvage en ville. Les Arènes
  5. Louv R. Last Child in the woods. Algonquin Books
  6. Site Internet de Sciences et Avenir. « Parent hélicoptère » : mauvais pour l’enfant, bénéfique pour les animaux de compagnie – http://www.sciencesetavenir.fr/animaux/20150115.OBS0044/parent-helicoptere-mauvais-pour-l-enfant-benefique-pour-les-animaux-de-compagnie.html
  7. Cardinal F. Perdus sans la nature : Pourquoi les jeunes ne jouent plus dehors et comment y remédier. Les Éditions Québec Amérique
  8. Association canadienne de santé publique (ACSP). Le jeu risqué, essentiel au développement de l’enfant – numéro 1 ; printemps 2016 – http://www.cpha.ca/fr/about/digest/40-1/3.aspx (consulté le 08/09/2016)
  9. Faure G. Et si on lâchait la bride à nos enfants ? Journal le Monde du 13 mai 2016 – http://www.lemonde.fr/m-perso/article/2016/05/13/et-si-on-lachait-la-bride-a-nos-enfants_4919151_4497916.html#PmHrvX8wpPq2Y8gt.99
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12 Commentaires

  1. CécileD

    C’est difficile de ne pas être « trop » protecteur ! Effectivement, nous avons des approches différentes avec mon mari : lui est beaucoup libre pour les laisser prendre des « risques » et d’ailleurs il les y encourage ; pour ma part, je suis beaucoup plus frileuse… Comme on ne fait pas tout le temps des activités tous ensemble, chacun aborde ses sorties ou activités avec sa personnalité et son ressenti : avec lui, les enfants vont en effet « prendre des risques ». Par contre avec moi nous faisons plus d’activités créatrices, on prend des risques « intellectuels » en se lançant dans des fabrications parfois pas très réussies !

    Répondre
  2. Guillaume (Auteur de l'article)

    héhé bien joué Cécile, chacun peut exprimer son style comme ça. J’imagine que cela suppose que tu as confiance dans le caractère raisonnable (ou « non déraisonnable ») de la prise de risque avec ton mari, en même temps que tu ne souhaites pas freiner l’élan par une anxiété parfois difficile à cacher : articulation intéressante 😉

    Répondre
    1. CécileD

      C’est exactement ça. Je lui fais confiance à 100% bien sûr mais si je suis là je ne peux m’empêcher d’intervenir ou de râler et ce n’est pas positif ! Donc le mieux c’est qu’ils me racontent après et là, je peux exprimer mon admiration pour leur courage/adresse/folie !

      Répondre
      1. Guillaume (Auteur de l'article)

        Je crois que j’adopte le même genre de stratégie sur d’autres sujets, où parfois je me rends compte (où on me fait remarquer haha ! )que mon influence n’est pas très constructive 😉

        Répondre
  3. Richard

    Les grands parents ont souvent un rôle positifs sur ce problème …étant d’une génération précédente, ils sont moins marqués par les recommandations en général « surprotectrices » de la société actuelle. Et puis quelle joie d’être dans la nature sans avoir à écouter les « fait attention » les « non,arréte tu vas tomber », les  » c’est trop dangereux reviens ici », les « je ne te vois plus » …..et j’en passe bien entendu.
    Avec papy et mamie c’est plus cool et on fait des choses qui ne sont pas autorisées habituellement …et ça c’est chouette.
    Bien entendu à pratiquer avec modération !!!

    Répondre
  4. Guillaume (Auteur de l'article)

    ok Richard, ton commentaire restera secret, on ne dira rien à tes enfants haha !

    Je comprends la logique de ton message, je me sens bien en phase avec. A mon sens, il faut l’appliquer avec discernement : quand il s’agit de grimper aux arbres ou de jouer librement dans la nature, cela s’entend bien. Mais parfois les grands-parents peuvent appliquer cette même logique « cool » alors que de nouveaux dangers sont apparus/connus depuis leur époque, et qu’ils n’en ont pas conscience. L’environnement des enfants des années 2010 n’est pas le même que celui des enfants des années 50-60.
    Sur ce sujet comme sur bien d’autres, les basiques peuvent être bien utiles : écoute attentive, partage de points de vue, ajustement mutuel, etc.

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