Le besoin de nature, selon Louis Espinassous (2/4)

Mes pensées s’endorment si je les assieds. Mon esprit ne va si mes jambes ne l’agitent. – Michel de Montaigne

Je n’écris pas qu’avec la main, Le pied veut sans cesse écrire aussi. Solide, libre et brave, il veut en être, Tantôt à travers champs, tantôt sur le papier. – Frederick Nietzsche

.

Chronique de « Besoin de nature » 

besoin nature louis espinassous

de Louis Espinassous, 240 pages, publié en 2014

.

Louis Espinassous a multiples casquettes. Celle qui nous intéresse dans cette chronique, et peut-être sa plus connue, est celle de personne de référence dans l’éducation-nature. En particulier, Louis Espinassous a écrit des livres pour enfants, portant sur la nature, ainsi que des livres sur comment créer une connexion entre les enfants et la nature.

Ce livre porte sur un besoin fondamental de l’enfant, et plus généralement de l’être humain : le besoin de nature.

La chronique de ce livre fait l’objet d’une série de quatre articles. Cet article est le deuxième de la série. Le premier se trouve ici : Le besoin de nature, selon Louis Espinassous (1/4)

.

Quelques informations et points de vue intéressants, concernant la thématique « Santé des enfants et environnement »

Voici une liste d’informations et de points de vue issus du livre, en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement », et que je souhaite partager avec vous.

  • S’immerger dans la nature sollicite toutes les composantes de notre être : corps, esprit, émotions, lien sociaux, liens avec l’environnement extérieur. Cette sollicitation intégratrice génère une intensification de l’expérience de vie, ce qui est très jouissif, à tout âge.
  • L’esprit est dépendant du corps, qui a besoin de mouvement et de nature. Cette logique a été mise en avant par plusieurs écoles philosophiques : péripatéticiens, épicuriens (jardin), Montaigne, Rousseau, Nietzsche, etc.
  • Entre cinq et six ans, 80 % des enfants français auraient une télévision dans leur chambre.
  • Un enfant américain passe plus de 7 h 30 devant un écran, soit environ le tiers de sa vie, ou encore environ la moitié de sa vie hors sommeil. Cette longue période est, la plupart du temps, associée à de l’immobilité. La tendance française se dirige vers cette référence regrettable.
  • Des éléments issus de la nature, peu ou non transformés, peuvent être utilement intégrés à notre quotidien : la table en bois brut, le légume qu’on regarde et qu’on touche, la pierre taillée, la cruche en poterie, les petits pois qu’on écosse, la pomme qu’on croque avec la peau et sans incertitude, etc.
  • La nature agit sur nous à deux niveaux : au premier niveau, il s’agit du contact des sens : besoin de voir, toucher, et de sentir la nature (coccinelles, arbres, fleurs, moutons, etc.) ; au second niveau, plus immatériel, la nature nous donne à connaitre un autre être, diffèrent, puissant, qui nous est à la fois étranger et semblable dans cette origine commune que nous avons avec les animaux, les plantes, le cosmos.
  • Une fréquentation quasi quotidienne de la nature permet souvent de diminuer le stress, les surcharges mentales et les déséquilibres psychiques… on se retrouve ainsi à ne plus avoir besoin de vacances pour se ressourcer, et celles-ci peuvent dont être dédiées à du temps de qualité en famille.
  • Dans la nature paisible, c’est essentiellement l’attention diffuse ou involontaire qui fonctionne, permettant la recharge de l’attention soutenue.
  • La nature ne doit pas être angélisée. Elle n’est pas qu’un environnement sécurisant. Dans certaines circonstances, incluant souvent le refus de s’y immerger, elle peut générer un sentiment de vulnérabilité et d’insécurité.
  • Pour tenter d’éviter toute situation inconfortable, l’encadrant d’enfants pourra veiller à satisfaire deux types de besoins de base :
    • besoins organiques : faim, soif, froid, douleurs physiques…
    • besoin de sécurité : ne pas avoir peur des personnes qui accompagnent, d’une avalanche, d’une bête sauvage…
  • Dans le cadre d’un apprentissage ou d’une phase de développement des enfants, physiques et psychiques, ces besoins peuvent être partiellement insatisfaits, de manière calculée ; ce type de démarche devra toujours être progressive, adaptée et concertée avec l’enfant.
  • Lorsque des travaux de recherche collectent les impressions des enfants après une classe nature, grimper aux arbres s’avère classiquement être une de leurs activités préférées.

.

besoin-nature-louis-espinassous

..

Quelques extraits en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement »

Dans la nature, dehors, tout cet être psycho-corporel est stimulé lorsqu’il fonctionne dans son ensemble. Nous sommes alors à la fois dans cette délicieuse intensité d’être, cette vie à plein, dans le bien-être, la santé physique et psychique, et dans la performance maximale de nos apprentissages moteurs, sociaux, émotionnels, poétiques, esthétiques et cognitifs.

Des tests rigoureux comparant de jeunes élèves d’écoles classiques et des enfants faisant l’école dehors dans les bois, un à quatre jours par semaine, voient les seconds, à égalité de scolarisation, avoir des performances plus développées sur les compétences psychomotrices, la sociabilité (tolérance à l’autre, actions collectives), la créativité, les compétences cognitives et le goût pour l’école. Seule la dextérité (motricité fine) est égale chez les deux types d’élèves.

Dans beaucoup de nourritures préemballées, précuites, et surtout dans presque tous les objets et matériaux qui constituent notre intérieur et notre environnement urbain, il n’y a plus que de l’artefact, du métal, du plastique, des couleurs, des colorants, des goûts, des matières synthétiques. Ils sont tellement notre production artificielle et envahissante qu’ils nous construisent un environnement permanent, nous encastrent dans l’artefact, tellement humain qu’il en devient inhumain.

Toute personne a droit à un dedans, un chez soi au sec et au chaud ; cela doit rester une priorité nationale de santé publique correspondant à notre besoin le plus fondamental de sécurité organique, physique et psychique. Ceci posé, il reste à prendre en compte, également en termes de sante publique, ce besoin de dehors, de nature, complémentaire du besoin de dedans et également nécessaire à notre équilibre.

Le coût du « déficit de nature » en terme de maladies psychiques n’est pas chiffrable. Cependant, il est énorme en termes de vies individuelles brisées et grises, et en coût thérapeutique pour la sécurité sociale.

De nombreux documents ont été publiés par le ministère de l’écologie concernant les logiques de développement ou de réhabilitation d’écoquartiers ou d’écocités, et dans le cadre du Plan Restaurer et valoriser la nature en ville, repris dans la loi du 3 août 2009 : élus, personnels techniques et administratifs, citoyens actifs vous avez à votre disposition dans ces documents tous les exemples, les fiches actions et les argumentaires juridiques pour restaurer et valoriser la nature en ville. Pensez […] surtout à y intégrer et afficher la dimension santé physique et psychique de cet accès a la nature sur nos lieux de vie quotidienne dans la ville.

La nature peut se passer de la gestion brutale par l’homme. Rendue alors à sa liberté, elle offrira à notre santé et à notre bien-être autant et même beaucoup plus de service que la nature artificialisée, alignée, homogénéisée, enrégimentée, corsetée.

.

La suite de cette chronique se trouve ici : Le besoin de nature, selon Louis Espinassous (3/4)

.

Photo par barnyz

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...

1 Commentaire

  1. Pingback: Le besoin de nature, selon Louis Espinassous (1/4)

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Sensibiliser les enfants avec des livres illustrés ? Ca m'intéresse !
Hello. Add your message here.