L’amour de la musique est en nous, dès l’enfance, selon Oliver Sacks (1/2)

Sans la musique, la vie serait une erreur. – Friedrich Nietzsche

La musique est peut-être l’exemple unique de ce qu’aurait pu être – s’il n’y avait pas eu l’invention du langage, la formation des mots, l’analyse des idées – la communication des âmes. Elle est comme une possibilité qui n’a pas eu de suites, l’humanité s’est engagée en d’autres voies, celles du langage parlé et écrit. – Marcel Proust

 

Chronique du livre « Musicophilia »

Oliver Sacks musique enfant environnement

D’Oliver Sacks, 450 pages, publié en 2008

 

Oliver Sacks est médecin et neurologue. Il a écrit plusieurs livres qui ont rencontré un grand succès auprès du public. Oliver Sacks y décrit différents troubles du comportement, causés par des lésions cérébrales, en utilisant des récits anecdotiques accompagnés d’une analyse scientifique.

Ce livre traite, comme son titre l’indique, de l’amour inné que les êtres humains éprouvent pour la musique, dès l’enfance.

Ce livre fait l’objet d’une chronique en deux parties. Cet article est la première partie de la chronique.

 

Quelques informations et points de vue intéressants, concernant la thématique « Santé des enfants et environnement »

Voici une liste d’informations et de points de vue issus du livre, en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement », et que je souhaite partager avec vous.

  • La musique ne correspond à aucun concept. Elle ne permet pas de formuler une proposition. Elle ne renvoie pas à des images ou à des symboles. Néanmoins, pour la plupart des êtres humains, la musique joue un rôle essentiel. 
  • La musique se trouve au cœur de chaque culture. Selon toute vraisemblance, elle remonte aux origines de notre espèce.
  • Chaque culture développe et façonne sa propre musique. Mais la musique, en tant que telle, semble profondément enracinée dans la nature des êtres humains. En écho à la notion de biophilie (l’amour des êtres vivants) proposée par le célèbre entomologiste Edwad O. Wilson, cette propension à la musique peut être désignée par le terme « musicophilie ».
  • La musique exerce un grand pouvoir sur presque tout le monde, que nous en soyons friands ou non, que nous nous considérions comme mélomanes ou non.
  • Plusieurs zones du cerveau sont sollicitées pour intégrer les caractéristiques des sons entendus, pour former une perception musicale et pour générer les émotions associées.
  • La musique peut avoir différents types d’influence : calmer, animer, réconforter, exciter… Cette influence s’avère thérapeutique dans le cas de plusieurs maladies neurologiques : amnésie, maladie d’Alzheimer, maladie de Parkinson, autisme, syndrome de La Tourette …
  • Après des incidents ayant eu des répercussions au niveau du cerveau – après un foudroiement, après une tumeur au cerveau, suite aux effets secondaires de certains médicaments, suite à une crise d’épilepsie… – certaines personnes deviennent fascinées par la musique ; le lien obtenu se rapproche du mysticisme. Cette observation suggère que les émotions liées à la musique pourraient correspondre à certaines zones dédiées du cerveau.
  • Chanter ou jouer d’un instrument constituent un mode de communication qui ne vise pas à faire une proposition. Mais ce mode de communication a un fondement existentiel : en plus de signifier « Je suis vivant, je suis ici », la musique permet d’exprimer des émotions et des perceptions sensorielles. Ce type de communication pourrait se rapprocher de celui de nos lointains ancêtres, avant l’apparition de langages structurés.
  • Inconsciemment, nous sommes enclins à imaginer un rythme ou une mélodie lorsque nous entendons une série de sons.

 

Oliver Sacks musique enfant environnement 1

 

Quelques extraits en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement »

Nous autres, êtres humains, sommes une espèce musicale non moins que linguistique. Si différentes que soient les formes prises par notre musicalité, nous sommes tous (à de très rares exceptions près) capables de percevoir la musique : percevant les sons, le timbre, les intervalles, les contours mélodiques, l’harmonie et le rythme (qui est peut-être la plus élémentaire de ces données), nous intégrons tous ces éléments et « construisons » une musique dans notre esprit en nous servant de parties distinctes de notre cerveau. À cette appréciation structurelle largement inconsciente de la musique s’ajoute une réaction émotionnelle aussi intense que profonde, le plus souvent.

« Il y a dans la musique quelque chose d’ineffable et d’intime ; [ … ] elle est pour nous à la fois parfaitement intelligible et tout à fait inexplicable ; cela tient à ce qu’elle nous montre tous les mouvements de notre être, même les plus cachés, délivrés désormais de la réalité et de ses tourments. [ … ] Elle exprime d’une seule manière, par les sons, avec vérité et précision, l’être, l’essence du monde », remarquait Schopenhauer.

Écouter de la musique est une activité non seulement auditive et émotionnelle, mais motrice également. « On entend avec les muscles », comme l’écrivait Nietzsche. Nous nous mettons au rythme de la musique involontairement même lorsque nous ne lui prêtons pas consciemment attention, notre visage et nos postures reflétant le « narratif » de la mélodie aussi bien que les pensées et sentiments qu’elle suscite.

La musique. C’est un cadeau de la vie. – Michel Tremblay

Mais pourquoi faudrait-il toujours que tout soit signifiant ou interprétable ? Il n’est pas certain qu’un art quelconque le réclame, et, parmi tous les arts, c’est à coup sûr la musique qui l’exige le moins – car elle est à la fois intimement liée à nos émotions et si abstraite qu’elle n’a aucun pouvoir de représentation formelle. Nous avons beau escompter que les spectacles auxquels nous assistons nous renseigneront sur la jalousie, la trahison, la vengeance ou l’amour, la musique instrumentale n’a rien à nous apprendre en la matière. Une musique peut être en même temps formellement parfaite – d’une perfection quasi mathématique – et si tendre, si poignante et si belle qu’elle nous fend le cœur (Bach, cela va sans dire, était passé maître dans l’art de la combinaison de ces deux aspects) ; mais elle n’est pas tenue pour autant de signifier quoi que ce soit.

On ignore si les cerveaux de bambins de quatre ans musicalement doués se distinguaient déjà avant qu’ils n’apprennent la musique ; mais il n’en reste pas moins que les effets d’un tel apprentissage sont très grands : […] les changements anatomiques repérables dans le cerveau des musiciens sont fortement corrélés à l’âge auquel la musique commence à leur être enseignée ainsi qu’à l’intensité de la pratique et de la répétition.

Même si une pincée de Mozart ne saurait faire d’un enfant un meilleur mathématicien, il ne fait pas l’ombre d’un doute que l’exposition régulière à la musique, et plus particulièrement encore l’apprentissage actif d’un instrument, peut être propice au développement de nombreuses aires cérébrales sans la collaboration desquelles il est impossible d’écouter ou de jouer de la musique. Pour l’immense majorité des élèves, la musique peut donc présenter autant d’importance éducative que la lecture ou l’écriture.

La musique est une révélation plus haute que toute sagesse et toute philosophie. – Ludwig Van Beethoven

Steven Mithen va jusqu’à suggérer que la musique et le langage ont une origine commune et qu’une sorte de combinaison d’une protomusique et d’un proto langage était caractéristique de l’esprit néandertalien : il suppose qu’une langue chantée véhiculait des significations indépendamment des mots tels que nous les connaissons – et que cette langue qu’il appelle Hmmm (pour holistique-mimétique-musicale-multimodale) reposait sur un conglomérat de compétences isolées telles que les aptitudes mimétiques et l’oreille absolue.

Si fascinante que soit l’élaboration de Mithen, ce n’est pas une idée neuve. Jean-Jacques Rousseau (qui était compositeur aussi bien que philosophe) supposa dans son Essai sur l’origine des langues que le langage parlé et les chants n’étaient pas différenciés dans les sociétés primitives : il considérait que les langues primitives devaient être « mélodiques et poétiques plutôt que pratiques ou prosaïques » […] et moins prononcées que psalmodiées ou chantées.

 

La suite de cette chronique se trouve ici : L’amour de la musique est en nous, dès l’enfance, selon Oliver Sacks (2/2)

 

Et vous qu’en pensez-vous ? Est-ce qu’on peut considérer que la musique fait partie de l’environnement naturel dont entourer nos enfants ? Dites-le moi dans les commentaires !

Photo par wan mohd

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