François Cardinal alerte : nos enfants sont « perdus sans la nature » (4/4)

C’est une triste chose de songer que la nature parle et que le genre humain n’écoute pas. – Victor Hugo

La clé ici est d’établir la nature comme l’option préférée pour le temps de jeu. – Scott D. Sampson

 

Chronique du livre « Perdus sans la nature »

Perdus nature enfants sante

de François Cardinal, 208 pages, publié en 2010

 

François Cardinal est journaliste québécois et essayiste. L’aménagement urbain fait partie de ses sujets d’expertise. Il est actuellement éditorialiste en chef au quotidien La Presse.

Ce livre porte sur la disparition progressive de la nature dans la vie des enfants, sur les problèmes de santé qui en découlent, et sur les actions qui peuvent y remédier. « Perdus sans la nature » s’appuie sur des enquêtes, des recherches scientifiques et des entretiens avec des experts de domaines variés.

Ce livre fait l’objet d’une chronique en quatre parties ; cet article est le troisième article de la chronique. Il porte notamment sur la faible présence de nature dans l’éducation des enfants. Le premier article de la chronique se trouve ici : François Cardinal alerte : nos enfants sont « perdus sans la nature » (1/4)

 

Quelques informations et points de vue intéressants, concernant la thématique « Santé des enfants et environnement »

Voici une liste d’informations et de points de vue issus du livre, en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement », et que je souhaite partager avec vous.

  • Aujourd’hui, la grande majorité des activités scolaires se font à l’intérieur de bâtiments. L’apprentissage est devenu avant tout intellectuel, n’offrant presque plus de possibilités d’observer en situation réelle, de toucher, de sentir…
  • L’Académie américaine de pédiatrie (American Academy of Pediatrics) recommande de ne jamais placer un enfant de moins de 2 ans devant la télévision.
  • L’éducation à l’environnement est souvent centrée sur les bonnes pratiques – comme fermer l’eau du robinet en se brossant les dents – et les menaces potentielles à venir. Ce dernier aspect peut être anxiogène pour les enfants. Une stratégie plus efficace serait de les remettre au contact de la nature pour leur en donner le goût. L’envie de la protéger en découlerait spontanément.
  • Les enfants modernes sont de plus en plus instruits en matière de protection de l’environnement. Ils savent ce que sont le recyclage et le compostage, mais ils sont souvent incapables de nommer les éléments naturels qui les entourent.
  • La découverte de la nature pourra être adaptée à l’âge de l’enfant. Au plus jeûne âge, les insectes représentent des découvertes idéales : simples à rencontrer et à leur hauteur. Pour les plus grands, les mammifères peuvent être abordés. Difficiles à voir, les traces peuvent néanmoins être cherchées avec intérêt. Dans tous les cas, varier les milieux est important : forêts, prairies, champs, rochers, plages…

 

Perdus nature enfants sante 4

 

Quelques extraits en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement »

À la lumière des études démontrant l’importance de la nature et du jeu libre pour le sain développement physique et mental des jeunes, ce rapprochement « peut maintenant être abordé comme une véritable stratégie de santé publique ». Cette affirmation, entre guillemets, ne vient pas d’un quelconque environnementaliste, même pas d’un naturaliste, mais bien du directeur du National Center for Environmental Health des Centers for Disease Control and Prevention, le Dr Howard Frumkin. À son avis, le contact avec la nature doit être vu comme un outil de prévention médicale tant il peut apporter « des bénéfices étonnamment vastes », autant à petite échelle (des plantes sur le lieu de travail, des arbres devant l’appartement) qu’à grande échelle (un parc à proximité, un corridor végétal dans la ville, une réserve naturelle).

Le plus ironique, c’est que les adultes s’inquiètent de voir leurs enfants seuls à l’extérieur, à cause des dangers liés aux automobiles qui circulent. Ils optent donc… pour l’automobile, et augmentent par le fait même la circulation.

Certaines écoles québécoises plus avant-gardistes ont prouvé ces dernières années que la présence de potagers, de serres, de pépinières, de plates-bandes ou encore d’infrastructures sportives originales augmente le bien-être des enfants, et, ainsi, leur comportement et leur concentration.

Les études montrent à quel point les enfants, lorsqu’ils ont la chance d’avoir accès à des espaces naturels autour de leur maison, les apprécient. Dans son livre Childhood’s Domain, le professeur en architecture Robin C. Moore rapportait une observation intéressante à ce chapitre. Lorsqu’on demandait à des enfants de 9 à 12 ans de dessiner une carte de leurs endroits préférés, 96 % de ce qui se retrouvait sur leur feuille était des lieux extérieurs. À peine quatre dessins mentionnaient des lieux intérieurs et un seul ne contenait que des espaces intérieurs. De la même façon, une étude publiée cinq ans plus tard dans Environment & Behavior s’attardait aux souvenirs des adultes. Lorsqu’on leur demandait de dessiner ce qu’ils appréciaient le plus lorsqu’ils étaient jeunes, 97 % des endroits étaient extérieurs.

Randy White est un spécialiste du loisir familial. Grand patron de White Hutchinson Leisure & Learning Group, une firme américaine de consultation et de design de modules de jeux, il fait affaire avec les municipalités qui désirent meubler les parcs sur leur territoire. Et ce qu’il voit le désole. « Lorsque vient le temps de planifier un terrain de jeux, l’habitude est de ramasser le catalogue d’équipement, de choisir un ou deux morceaux qui semblent intéressants aux yeux d’un adulte et de les déposer simplement dans un lieu extérieur. » Vous avez ainsi une balançoire pour se balancer, une glissoire pour glisser, un bac à sable aux dimensions limitées et un banc de parc pour le parent qui attend. Zzzzzz… Ennuyant, vous dites ? Tout à fait. Les enfants n’ont aucune place pour l’imagination, ne sont pas appelés à explorer quoi que ce soit, n’ont aucune surprise, ne sont pas tentés de s’inventer des jeux qui n’impliquent pas le gros tube en plastique jaune, encore moins de se mettre les deux genoux par terre et d’ouvrir les yeux sur le monde qui les entoure. « Le design des terrains de jeux nie à l’enfant le droit à l’expérience du milieu naturel, de la végétation, des animaux, des insectes et de l’eau ».

L’autonomie des enfants est devenue un sujet tabou, croit-elle, même si le monde qui nous entoure n’est nullement plus dangereux qu’il l’était il y a 20 ou 30 ans. Le sol n’est pas plus dur qu’il l’était, l’arrêt d’autobus ne s’est pas éloigné de la maison, la criminalité a diminué. Il n’y a donc pas de raisons de traiter les enfants comme s’ils étaient plus vulnérables et sans défense que nous l’étions à leur âge.

 

Mon avis

Les « + » :

  • un panorama des enjeux portant sur le lien entre la nature et les enfants, utile en première approche ;
  • des interviews de différents spécialistes, présentant des domaines d’expertise variés ;
  • un style pêchu qui ne dérive pas vers un militantisme caricatural.

Les « – »

  • bien que très intéressantes, de longues parties présentent des liens qui me semblent assez indirects avec la nature proprement dite : pression de performance sur les enfants, hyperparentalité, écrans, activité physique à l’école… Avec un tel titre pour le livre, je souhaitais y trouver plus d’approfondissements sur les liens directs ;
  • un seul interviewé par thème, donc un seul avis à chaque fois. Cela me parait une limite liée au choix de traiter de nombreux thèmes dans un même ouvrage ;
  • je n’ai pas trouvé d’éléments vraiment nouveau par rapport au célèbre Last Child in the Woods de Richard Louv (à part le fait qu’il soit disponible en français !)

Photo par Pimthida

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

CommentLuv badge

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Apprenez comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Sensibiliser les enfants avec des livres illustrés ? Ca m'intéresse !
Hello. Add your message here.