François Cardinal alerte : nos enfants sont « perdus sans la nature » (1/4)

Les bois étaient ma Ritaline. La nature me calmait, me recentrait, et pourtant excitait mes sens. – Richard Louv

La nature est ancienne mais nous surprend tous. – Björk

 

Chronique du livre « Perdus sans la nature »

Perdus nature enfants sante

de François Cardinal, 208 pages, publié en 2010

 

François Cardinal est journaliste québécois et essayiste. L’aménagement urbain fait partie de ses sujets d’expertise. Il est actuellement éditorialiste en chef au quotidien La Presse.

Ce livre porte sur la disparition progressive de la nature dans la vie des enfants, sur les problèmes de santé qui en découlent, et sur les actions qui peuvent y remédier. « Perdus sans la nature » s’appuie sur des enquêtes, des recherches scientifiques et des entretiens avec des experts de domaines variés.

Ce livre fait l’objet d’une chronique en quatre parties ; cet article est le premier article de la chronique. Il porte notamment sur l’importance du jeu et d’un environnement naturel pour la santé des enfants.

 

Quelques informations et points de vue intéressants, concernant la thématique « Santé des enfants et environnement »

Voici une liste d’informations et de points de vue issus du livre, en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement », et que je souhaite partager avec vous.

  • Aujourd’hui, lorsqu’on demande à un enfant ce qu’il fait pour bien s’amuser, les réponses les plus fréquentes concernent des activités sur écran ou des échanges par voie électronique : télévision, jeux vidéo, réseaux sociaux, chat…
  • Dans les environnements urbains, la biodiversité est beaucoup plus faible que dans les environnements naturels. Et par conséquent, les enfants urbains développent beaucoup moins d’intérêt pour la nature.
  • Dans les années 1950 et 1960, d’après plusieurs études sociologiques menées aux États-Unis, en Grande-Bretagne et aux Pays-Bas, jouer signifiait jouer dehors, de manière évidente. Depuis les années 2000, les enfants s’amusent principalement dans des environnements intérieurs.
  • Entre 1997 et 2002, le temps accordé au jeu libre par les 6-8 ans a diminué d’un tiers. Or le jeu est une activité essentielle au développement social, physique, mental et moteur des enfants.
  • Le jeu, et en particulier le jeu libre dans la nature, contribue à apprendre à se faire comprendre, à coopérer, à partager avec les autres, à respecter les différences, à s’accommoder de contraintes et de règlements, à savourer le succès modestement, à relativiser les frustrations, à développer la créativité, les habiletés à négocier, à diriger, à contrôler… et participerait aussi au développement du cortex préfrontal [Note de Guillaume : zone du cerveau associée à différentes fonctions essentielles : langage, mémoire de travail, raisonnement…].
  • Par ailleurs, le jeu peut être considéré comme un bon indicateur du niveau de santé d’un enfant. Un enfant qui ne joue pas est un enfant qui ressent un malaise physique, ou bien qui est triste, anxieux, apeuré… A l’opposé, le jeu est la manifestation naturelle d’un bon niveau d’énergie, d’une bonne santé mentale et physique.

 

Perdus nature enfants sante 1

 

Quelques extraits en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement »

Le rouleau compresseur de l’urbanisation a lissé, uniformisé, pavé et bétonné les paysages qui regorgeaient jadis de cachettes, de lieux secrets et d’endroits sombres qui faisaient le bonheur des enfants. Si nous avions, dans le passé, l’occasion de nous perdre dans un boisé, de jouer dans une rigole ou de grimper un talus sans jamais quitter le voisinage, ce n’est tout simplement plus possible aujourd’hui.

Il résulte de l’écart grandissant qui sépare nature et enfants une méconnaissance immense des écosystèmes, même urbains. Les études montrent que les enfants peuvent appeler les Bakugan et les Pokémon par leur prénom, mais sont incapables de nommer les arbres, oiseaux et plantes qui entourent leur maison.

Une lettre publiée en 2007 dans le Daily Telegraph de Londres [comprenait les extraits suivants] « Nous pensons qu’un facteur primordial expliquant l’explosion des problèmes de santé diagnostiqués chez les enfants est le déclin marqué du jeu depuis 15 ans. Le jeu — particulièrement à l’extérieur, non structuré et peu surveillé — est vital dans le développement de la santé et du bien-être des enfants » […] Les signataires ? Quelque 270 experts de l’enfance, de tous les horizons, parmi lesquels le rédacteur en chef de la revue scientifique Counselling Psychology Quarterly, le secrétaire général de l’Association britannique des professeurs, le président de la Guilde des psychothérapeutes ainsi que de nombreux professeurs émérites du Royaume-Uni et d’ailleurs dans le monde.

[Toujours dans cette même lettre] « Cela développe leur motricité et leur contrôle, leur fournit des occasions concrètes d’interagir et de mieux comprendre le monde, d’aiguiser leurs compétences sociales (se faire des amis et les conserver, affronter les problèmes, travailler en collaboration), de nourrir leur créativité et leur résilience émotionnelle. […] Plusieurs aspects de la vie moderne semblent avoir effrité le jeu chez l’enfant. Entre autres : augmentation du trafic automobile et donc aspect non sécuritaire des secteurs résidentiels ; grande disponibilité et instantanéité des loisirs sédentaires, dont plusieurs créent une dépendance ; commercialisation agressive de jouets hyper élaborés, qui semblent miner le jeu créatif ; anxiété des parents et peur des étrangers, qui incitent les enfants à demeurer à l’intérieur. »

Peut-on dire que les jeunes n’ont jamais été aussi éloignés de la nature qu’en ce moment ? Malheureusement oui, la génération actuelle s’identifie à la vie urbaine, à la consommation effrénée. Les enfants rois des années 1990 sont devenus des experts de la consommation qui grandissent dans un monde rempli de pollution sonore. Jamais, en effet, les jeunes n’ont été aussi éloignés de la nature.

Au fur et à mesure que la nature continuera à disparaître de nos vies, son importance première se révélera, de la même façon que nous réalisons l’importance qu’ont eue nos parents au moment où nous les enterrons.

On peut bien rester sourd à ce discours, mais du coup, on se ferme aux nombreuses percées scientifiques des dernières années qui démontrent les énormes bienfaits de la nature sur l’être humain. Des exemples ? Les études nous en fournissent à satiété. Les Japonais qui vivent à proximité d’un parc vivent plus longtemps. Moins il y a d’arbres à proximité d’un développement résidentiel, plus le nombre de crimes augmente. Plus un enfant passe de temps à l’extérieur, moins il a de risques de développer de la myopie plus tard. Plus il y a d’arbres dans une rue, moins la prévalence de l’asthme est forte parmi les enfants. Une vue sur l’extérieur permet à un patient en convalescence de guérir plus vite…

 

La suite de cette chronique se trouve ici : François Cardinal alerte : nos enfants sont « perdus sans la nature » (2/4)

 

Photo par FRE Lens

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7 Commentaires

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  2. Yum

    Bonjour Guillaume !
    Je partage plusieurs constats mentionnés dans ton article, les parents que je connais autour de moi tiennent à remplir l’agenda de leurs enfants avec de nombreuses activités (cours de musique, danse classique, hip hop, judo, escalade, cours d’anglais…) certainement intéressantes, mais sans accorder de grande importance au jeu libre et à l’extérieur, qui ne semble pas être « bien vu » !

    Répondre
    1. Guillaume (Auteur de l'article)

      Bonjour Yum !
      J’avoue humblement que la prise de conscience a été assez tardive chez moi 🙂 Peut être que tu aurais pu mon compter parmi tes observations héhé … et peut être qu’il faut que je me surveille un peu sur ce thème 😉

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  3. Elise

    Je crois que ces constats sont aussi se retrouve un peu plus dans les grandes villes car souvent, socialement, ça fait bien de dire que ces enfants font ceci ou cela puis il faut pas se cacher que l’espace est plus restreint également 🙂
    Elise Article récent : Les Machines à Coudre Pas Chères pour les DébutantsMy Profile

    Répondre
    1. Guillaume (Auteur de l'article)

      C’est sûr que les contraintes sur l’espace n’aident pas ; je crois qu’en parallèle on développe « naturellement » une meilleure capacité à l’expérience (genre à la Anne Frank d’il y a quelques articles) et plus de débrouillardise. J’ai pour projet de faire une série d’articles dédiés à l’expérience de la nature en ville

      Répondre
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