« Et la santé de nos enfants, alors ? » – l’avis de Générations Cobayes (4/4)

Soyons francs et directs : la seule chose qui intéresse les industriels, tout comme les enseignes de grandes surfaces, c’est votre argent, pas vraiment votre bonheur ou votre santé. Tenez-vous-le pour dit. Ne vous laissez pas abuser par les rodomontades de ces beaux parleurs qui vous jurent, la main sur le cœur et la larme au coin de l’oeil, qu’ils se battent pour votre bien-être et défendent votre pouvoir d’achat. Tout cela, c’est de la com, de l’esbroufe, rien d’autre. Alors ne faites confiance à personne, soyez vigilants, et surtout soyez exigeants ! Car prenez conscience une fois pour toutes que c’est vous, les consommateurs qui, in fine, avez le pouvoir. C’est vous qui, dans les rayons, décidez d’acheter ou non ce que l’on vous présente. Ce pouvoir, servez-vous-en, pour enfin faire changer les choses. – Christophe Brusset

Les perturbateurs endocriniens sont nombreux et le chantier est de taille. Or chaque décision tardive, chaque action remise à plus tard risque de constituer peu à peu une injure à l’avenir. J’ai repris à mon compte cette formule saisie lors de différents entretiens, tant je pense qu’elle est cruciale : « Le XXe siècle fut le siècle de l’hygiène bactériologique, le XXIe doit immédiatement devenir celui de l’hygiène chimique. » À la clé, des millions de vies à sauver. – Nicolas Hulot

 

Chronique du livre « Et notre santé, alors ? »

Sante enfants generation cobayes

du collectif du mouvement Générations Cobayes, 160 pages, publié en 2016

 

Générations Cobayes est une association dont l’objectif est de sensibiliser et mobiliser les 18-35 ans, sur les liens entre santé et pollutions environnementales. Le terme « cobayes » renvoie à la notion d’exposition subie, due à l’insuffisance des évaluations de risques associés à certaines nouvelles technologies.

Ce livre est un recueil d’interviews, réalisées auprès de certaines personnalités parmi les plus connues en santé-environnement : Gilles-Eric Séralini, François Veillerette, Corinne Lepage, Michèle Rivasi, etc.

Ce livre fait l’objet d’une chronique en quatre parties ; cet article est le quatrième article de la chronique. Il porte notamment sur les perturbateurs endocriniens et la présence de polluants dans le corps humain. Le premier article de la série se trouve ici : « Et la santé de nos enfants, alors ? » – l’avis de Générations Cobayes (1/4)

 

Quelques informations et points de vue intéressants, concernant la thématique « Santé des enfants et environnement »

Voici une liste d’informations et de points de vue issus du livre, en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement », et que je souhaite partager avec vous.

  • De nombreux pesticides sont mesurés dans les organismes humains : population générale, femmes enceintes, enfants… et même ministres de l’environnement !
  • Dans une étude publiée en 2013, l’Institut de veille sanitaire (InVS) indique que les niveaux français des pesticides organophosphorés et pyréthrinoïdes – des insecticides couramment utilisés par la population générale – dans les urines ou le sang seraient parmi les plus élevés au regard de pays comparables, comme les États-Unis, l’Allemagne ou le Canada.
  • De nombreux pesticides sont des perturbateurs endocriniens, c’est-à-dire qu’ils peuvent perturber le système hormonal. Même à très faibles doses, celles auxquelles agissent les hormones, ces polluants peuvent avoir des effets très graves. C’est tout particulièrement le cas des enfants, dont l’organisme est en construction, et surtout des fœtus.
  • Les évaluations des risques portant sur les pesticides sont aujourd’hui largement insuffisantes. Les effets à long terme sont très imparfaitement étudiés. En particulier, seules les substances actives isolées sont étudiées sur le long terme. Or, au sein d’une formulation commercialisée, des adjuvants permettent de démultiplier les effets des substances actives : cela fait partie de leur rôle.
  • La plupart des organismes d’expertise, au niveau national et européen, sont le cadre de conflits d’intérêts qui représentent une menace pour la santé publique. C’est par exemple le cas de la Commission du génie biomoléculaire ou de l’Agence européenne de sécurité alimentaire (EFSA).
  • Le corps n’élimine qu’une partie des substances chimiques qui le pénètrent. C’est pourquoi ces substances sont classiquement mesurées dans des prélèvements sanguins ou urinaires. Ces substances peuvent aussi être retrouvées dans les cellules, parfois adsorbés sur les gènes, dans le cerveau, les ovaires, les testicules…
  • Pour favoriser l’adoption de nouveaux comportements par un enfant ou un adolescent, lui en expliquer la logique est un préalable indispensable mais, dans le monde d’aujourd’hui plus particulièrement, il est indispensable de lui montrer les conséquences concrètes, en quoi il est concerné dans sa vie quotidienne. Ajouter une touche d’humour, quand cela est pertinent, permet de sensibiliser sans dramatiser.

 

Sante enfants generation cobayes5

 

Quelques extraits en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement »

Michael Skinner, un spécialiste de l’université de l’État de Washington, en prenant l’exemple d’un pesticide courant, vient de montrer à nouveau que des changements s’opèrent dans les futurs spermatozoïdes du fœtus ou du jeune et se transmettent jusqu’aux descendants sur trois générations au moins. Les gènes impliqués dans l’odorat (détection des parfums, même alimentaires), la sexualité, ou dans les mécanismes de développement des cancers peuvent être ainsi modifiés à long terme.

On peut prendre l’exemple du plastique qui sert d’isolant, pour empêcher l’entrée des microbes dans un aliment emballé, il jouera donc le même rôle une fois dans l’intimité de nos cellules : celui d’isolant ! Cela empêchera nos cellules de communiquer normalement, or ces échanges d’informations sont à la base de leur équilibre et donc de notre santé à long terme.

Pour établir toutes ces relations entre les polluants et les maladies, les médecins et les autorités demandent des preuves épidémiologiques. L’épidémiologie est la science des épidémies. Elle fut très utile pour saisir la dissémination de la peste, du choléra, ou aujourd’hui de la grippe, et des maladies infectieuses à développement rapide. Elle établit une relation facile entre le microbe et les symptômes à court terme. Parce qu’ils agissent ensemble de manière combinée et tout au long d’une vie, beaucoup plus sournoisement et petit à petit, les polluants chimiques ne peuvent être considérés de la même façon. L’épidémiologie est, de ce fait, beaucoup moins efficace pour étudier et expliquer l’origine des maladies chimiques.

Les perturbateurs endocriniens, ces mimes d’hormones sexuelles, interfèrent d’abord dans l’intimité du dialogue entre nos cellules et à l’intérieur d’elles. Du coup, leurs symptômes ne sont pas toujours spécifiques au sexe ou aux organes, ils les affaiblissent de manière générale, un peu comme des spams qui ralentissent un logiciel ou un ordinateur avec le temps. On peut reproduire, avec la plupart des polluants, sur le rat de laboratoire les maladies dont souffrent toutes nos familles. Je les appelle « maladies de la communication cellulaire […] Il s’agit des cancers, maladies nerveuses, hormonales, immunitaires, des modifications du développement du fœtus ou de l’embryon, de la fertilité… dont la plupart ne sont dues ni à des infections, ni à des causes génétiques, car elles augmentent de plus en plus sans que le patrimoine héréditaire humain ne mute au même rythme…».

 

« 1 homme sur 2 et 1 femmes sur 5 ont un cancer au cours de leur vie aujourd’hui en France. » – Fonds Mondial de Recherche contre le Cancer (2012)

Nous souhaitons tout d’abord que les jeunes fassent attention à eux, puis qu’ils prennent la parole avec nous auprès des décideurs politiques et économiques afin que dans quelques années, nos enfants puissent choisir leurs produits de consommation sereinement sans avoir besoin d’en lire les étiquettes.

Nous devrions toujours avoir le choix, or pour avoir le choix il faut être informé.

 

Mon avis

Les « + » :

  • des interviews d’acteurs connus du domaine de la santé environnementale, qui ont su adopter un langage compréhensible par tous ;
  • un panorama des principaux sujets de préoccupations en santé environnementale, utile pour une première découverte ;
  • j’aime bien l’approche retenue par Génération Cobayes : une sensibilisation sur des thèmes importants et délicats, mélangée à une bonne dose d’humour, parfois bien décalé, sans chercher à faire peur ou à culpabiliser, et menée par de jeunes adultes très enthousiastes. Je trouve que cela donne une vraie envie d’agir et d’en savoir plus, ce qui est une belle victoire en soi. À mon sens, malheureusement, cette envie est assez difficile à transmettre dans le cadre d’une chronique synthétique comme celle-ci 😉
  • je me retrouve beaucoup dans le slogan de l’association, « se faire du bien sans se faire de mal », et dans son souhait d’insister sur la différence entre simplicité et austérité.

Les « – » :

  • l’objectif premier de ce livre me semble être de mobiliser et d’inviter à l’action citoyenne, ce qui ne correspond pas à ce que je recherche : recenser des bonnes pratiques concrètes pour protéger ma famille. Ce n’est donc pas un « – » en soi (au contraire), mais au regard de mon objectif ;
  • sur chaque sujet, le format adopté ne permet de prendre connaissance que d’un seul point de point de vue, celui de l’interviewé, alors même qu’il peut parfois être très discuté. De plus, l’interview est effectuée par une personne qui semble déjà convaincue, qui accompagne l’interviewé dans son raisonnement sans questionner ses affirmations et ses propositions.

Photo par Phillip Jeffrey

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Sensibiliser les enfants avec des livres illustrés ? Ca m'intéresse !
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