Ecologie humaine et environnement chimique, selon Theron Randolph (3/3)

Et puisqu’il n’existe pas de réglementation sur les taux d’émissions des produits ménagers, les fabricants ont beau jeu de répliquer que les normes sont respectées. – Anne-Corinne Zimmer

Selon le Collège américain sur l’allergie, l’asthme et l’immunologie, les maladies sont, pour la moitié d’entre elles, aggravées ou causées par la pollution de l’air intérieur. Ces effets peuvent être immédiats ou à long terme. – Debra Lynn Dadd

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Chronique du livre « Human Ecology and Susceptibility to the Chemical Environment »

de  Theron Randolph, 225 pages, publié en 1962

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Theron Randolph était un médecin allergologue, menant des travaux de recherche aux Etats-Unis. Il fut un des premiers à approfondir l’étude des allergies aux produits chimiques, ainsi que les moyens de prévention associés. Theron Randolph militait pour que les diagnostics des médecins intègrent une analyse des expositions aux polluants du quotidien : il fait partie des pionniers de la « médecine environnementale ».

Ce livre porte sur les maladies associées aux pollutions environnementales. Ecrit en 1962 et réédité sept fois, il est généralement considéré comme un livre de référence.

La chronique de ce livre fait l’objet d’une série de trois articles. Cet article est le troisième de la série. Le premier se trouve ici : Ecologie humaine et environnement chimique, selon Theron Randolph (1/3)

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Quelques informations et points de vue intéressants, concernant la thématique « Santé des enfants et environnement »

Voici une liste d’informations et de points de vue issus du livre, en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement », et que je souhaite partager avec vous.

  • Pour les patients souffrant de sensibilité aux substances chimiques, les traitements médicamenteux habituels empirent souvent la situation, car ils constituent une exposition supplémentaire à des substances de synthèse, pour lesquelles le corps humain est mal adapté.
  • Les sources de polluants les plus courantes au domicile incluent : pesticides, solvants, produits ménagers, parfums, les plastiques chauffés, les revêtements de sol en vinyle, matelas contenant des matières synthétiques, installations de chauffage au fioul (parfois encore au charbon), les garages attenant (échappement de voitures, émanation des stockages de produits volatils, etc.), additifs alimentaires, produits de soin.
  • Ces sources dégradent significativement l’air intérieur des bâtiments, où la population générale passe la majeure partie de son temps.
  • La plupart des réactions allergiques au contact de vêtements est due à des traitements de finition incluant des produits chimiques. L’intensité des réactions est souvent diminuée après plusieurs passages à la machine à laver.
  • La majorité des fruits et des légumes du commerce ont été en contact, entre leur zone de culture et notre domicile, avec des matières synthétiques qui peuvent y laisser des résidus préoccupants. Par exemple, certaines personnes peuvent présenter des troubles en ingérant certains légumes en boite, alors qu’ils ne présentent aucun trouble pour les mêmes légumes consommés bio et frais. Dans ce cadre, identifier une source locale de produits bio et frais s’avère très utile, afin d’éviter les voies commerciales habituelles.
  • Au-delà des fruits et légumes, la majeure partie des produits alimentaires, fabriqués industriellement et distribués dans des supermarchés, est contaminée par des substances chimiques synthétiques, parfois volontairement introduites, parfois involontairement.

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Human ecology Randolph 3

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Quelques extraits en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement »

[Quand un patient réagit à un produit cosmétique,] compte tenu du nombre d’ingrédients impliqués, à la fois synthétiques et naturels, il est souvent difficile d’identifier un ou des responsable(s). Parfois, des combinaisons de circonstances donnent lieu à des réactions. Par exemple, une réponse détectable cliniquement peut se produire uniquement lorsqu’un matériau donné entre en contact avec une peau abîmée, ou couplé avec une exposition à la lumière, ou lorsqu’il est associé à divers autres facteurs aggravants. En général, toutefois, pour la majorité des personnes sensibles aux risques chimiques, le parfum des cosmétiques est de loin le facteur le plus impactant.

En général, plus un plastique est souple et odorant, plus il est susceptible d’être associé à des réactions cutanées et respiratoires.

Ces matériaux sont devenus des parties intégrantes de notre vie actuelle. Quasi omniprésents, ils ne sont généralement pas suspectés. N’étant pas suspectés, ils ne sont généralement pas évités délibérément. Ainsi, n’étant éliminées ni par hasard ni par volonté, certaines expositions chimiques courantes restent des causes insoupçonnées de maladies chroniques, physiques et mentales.

Des programmes d’évitement [des expositions] entraînent souvent des dépenses et des contraintes considérables, en particulier s’il s’agit de polluants de l’air intérieur, d’additifs chimiques et de contaminants des sources d’alimentation. Toutefois, si l’on est suffisamment malade et handicapé, et surtout si les autres moyens de contrôle [des symptômes] ont été épuisés, comme cela est souvent le cas, un tel programme d’évitement est facilement accepté. En outre, la démonstration des causes de la maladie constitue un soulagement bienvenu pour de nombreuses personnes atteintes de maladies chroniques.

L’ampleur du problème clinique associé à l’exposition aux hydrocarbures à l’intérieur des bâtiments et aux gaz d’échappement automobiles en extérieur souligne le besoin urgent d’améliorer la conception et l’efficacité de la combustion des cuisinières à gaz, des systèmes de chauffage et des moteurs automobiles.

Le grand public et le corps médical doivent être avertis des effets potentiellement dangereux d’un excès de zèle dans les traitements médicamenteux. Il est bon de rappeler que la première responsabilité du médecin envers son patient est de ne pas nuire. Cette responsabilité devient de plus en plus risquée, compte tenu de la vulnérabilité croissante des patients aux substances chimiques et à la monopolisation progressive des soins médicaux par des médicaments dérivés de produits chimiques.

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Mon avis

Les “+” :

  • Un livre pionnier en santé environnementale, écrit par un auteur pionnier du domaine : un classique à lire.
  • L’approche de Randolph est d’autant plus remarquable qu’elle est issue d’une époque (années 1950-60) où les substances chimiques de synthèse faisaient l’objet d’un grand enthousiasme (« better things for better living« ). Certains l’ont appelé le « Rachel Carson de la médecine ».
  • On y retrouve déjà l’approche ancestrale (un corps façonné par la Préhistoire et qui n’est pas bien adapté au monde moderne, notamment à une exposition à de multiples substances chimiques) et la pertinence d’agir le plus en amont possible, de travailler sur les causes plutôt que de simplement chercher à faire disparaître les effets indésirables.
  • Le livre soulève des questions (validité des tests pour les effets à long terme, mélanges de substances (« effets cocktail »), sensibilités individuelles, expositions subies et non évaluées…) qui sont toujours d’actualité : on les retrouve dans les livres de santé environnementale d’aujourd’hui.
  • L’auteur propose une hypothèse explicative pour de nombreuses maladies chroniques (le dépassement de la capacité d’adaptation à un environnement inadapté aux besoins du corps) qui me parait être une grille de lecture intéressante.

Les “-” :

  • La principale solution proposée par l’auteur (éviter l’exposition aux substances dangereuses) me semble, au XXIe siècle, bien plus difficile à mettre en œuvre qu’au milieu du XXe.
  • Une bonne partie du livre porte spécifiquement sur les allergies, ce qui est hors champs des thématiques couvertes par ce blog. Néanmoins, certains principes présentés dans la chronique sont transversaux : ils peuvent être appliqués à la population générale.
  • L’argumentaire se base essentiellement sur des témoignages rapportés et sur des propositions de mécanismes d’action des polluants. La recherche d’un niveau de preuves plus robuste n’est pas évoquée.
  • J’ai parfois eu l’impression que l’auteur cherchait à expliquer « tous les malheurs du monde » avec la seule hypothèse qu’il propose, plutôt que de souligner le caractère probablement multifactoriel des pathologies qu’il décrit.

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Photo par Shari Chankhamma

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2 Commentaires

  1. Yum

    Bonjour Guillaume, merci pour cette chronique de ce livre de référence, très intéressante et instructive !
    J’espère que la médecine environnementale va progresser, et ce serait bien aussi que tous les médecins, quelle que soit leur spécialité, aient des connaissances de bases en santé et en médecine environnementales…

    Répondre
    1. Guillaume (Auteur de l'article)

      Oui et je crois que ça progresse en ce sens !
      Si tu veux jauger l’intérêt d’un pédiatre pour la santé environnementale, en première approche, voici une proposition de quelques critères approximatif : http://sante-enfants-environnement.com/comment-choisir-un-pediatre-vert-competent-en-sante-environnement/

      Répondre

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Sensibiliser les enfants avec des livres illustrés ? Ca m'intéresse !
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