Des dizaines de polluants dans les poussières des maisons : comment protéger la santé de nos enfants ?

Musique par Ronan Vernon

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Beaucoup de produits chimiques affectent la partie du cerveau avec laquelle nous apprenons à aimer, à créer du lien, à construire nos réflexes parentaux, à nous socialiser et à faire preuve de compassion. Et il y a peu de chance, aujourd’hui, de voir naître un enfant épargné par un de ces désordres… – Theo Colborn

Poussières COSV Santé enfants

 

Bonjour à tous

L’Observatoire de la Qualité de l’Air Intérieur (OQAI) a récemment publié les résultats du premier état de la contamination des logements français en COSV [1], ou Composés Organiques Semi-Volatils. Les COSV regroupent un ensemble de substances chimiques diverses – pesticides, phtalates, retardateurs de flamme, Hydrocarbures Aromatiques Polycycliques (HAP), etc. – présentes à la fois dans l’air et dans les poussières déposées sur les sols des environnements intérieurs. Nous l’avons vu à l’occasion d’un précédent article, les enfants sont particulièrement exposés aux polluants des poussières parce que :

  • ils jouent et se déplacent souvent au sol ;
  • ils mettent à la bouche les mains, les jouets et d’autres objets divers.

 

Les COSV sont issus de différentes sources : matériaux de construction, insecticides domestiques, appareils de cuisson, systèmes de chauffage, revêtements de sol, peintures, textiles d’ameublement, détergents, objets ayant des propriétés antiadhésives ou antisalissures, etc. Une fois émis dans l’environnement intérieur, les COSV vont, notamment, s’adsorber sur les particules en suspension et les poussières déposées. L’OQAI précise que ces COSV vont « persister plusieurs années pour la plupart ».

Certains COSV peuvent présenter des risques pour les enfants. D’après l’OQAI, « certains COSV sont suspectés d’avoir des effets sur le système nerveux et le système immunitaire. De plus, certains sont suspectés d’être des perturbateurs endocriniens, c’est-à-dire d’interférer avec le fonctionnement du système hormonal. Ceci peut entraîner des effets sur le système reproducteur (baisse de la fertilité, malformation, cancer, etc.) ou l’augmentation de l’obésité, par exemple. ».

 

Les poussières domestiques ont été prélevées dans des sacs d’aspirateurs, ce qui permet d’assurer une bonne représentativité des échantillons. Les logements retenus pour l’étude sont des logements où vivent des enfants âgés de 6 mois à 6 ans.

Les principaux résultats sont les suivants :

  • dans les poussières au sol, 32 des 48 COSV recherchés (67 %) sont présents dans plus d’un logement sur deux ;
  • certains COSV, notamment les phtalates et les HAP, sont détectés dans quasiment tous les logements, à la fois dans l’air et dans les poussières ;
  • parmi les poussières au sol, certains COSV sont présents dans plus de 95 % des logements : les 6 phtalates recherchés (BBP, DBP, DEHP, DEP, DiNP, DMP, DMEP, DOP), le benzo(a)pyrène, le fluorène et le phénanthrène, la galaxolide et la tonalide, le bisphénol-A, la perméthrine, le BDE 209 et le TBP ;
  • dans les poussières au sol, les concentrations les plus fortes sont de plusieurs mg/g de poussières. Elles sont obtenues pour quatre phtalates : DEHP, DiNP, DiBP et BBP.

Selon l’OQAI, après extrapolation des logements étudiés au parc français, plus de 3,5 millions de logements sont concernés.

 

Quels sont les risques liés à l’inhalation et l’ingestion de ces poussières ? L’OQAI précise que des quantifications de risque n’ont pas encore été effectuées : « Ces campagnes de mesure des COSV sont intégrées au projet global ECOS-Habitat […] Les concentrations mesurées seront utilisées pour caractériser les expositions de la population française et les risques associés, en tenant compte des mélanges de composés et de leurs effets sanitaires communs. ». Compte tenu de la toxicité avérée de certains des composés mesurés, comme le bisphénol A, le benzo[a]pyrène, la perméthrine ou le DEHP [2, 3, 4, 5], les quantifications de risques seront probablement très attendues.

 

En attendant, les bonnes pratiques suivantes permettront de diminuer les expositions de vos enfants :

  • faites la poussière régulièrement dans votre logement. Un linge humide et un aspirateur équipé d’un filtre HEPA – High Efficiency Particulate Air, Haute Efficacité pour les Particules Aériennes – permettent un nettoyage efficace. Les filtrations les plus efficaces (cf. norme NF EN 1822) que l’on peut trouver dans les commerces sont :
    • HEPA 13, qui retient 99,95 % des poussières de 0,3 µm (1 micromètre (µm) est un millième de millimètre (mm)),
    • HEPA 14, qui retient 99,995 % des poussières ;

Certaines associations de personnes allergiques, comme l’AFPRAL par exemple, réalise des tests comparatifs qui peuvent orienter dans le choix d’un aspirateur.

  • lavez régulièrement les mains de vos enfants [6, 7], notamment avant les repas et la sieste ;
  • lavez régulièrement les jouets de vos enfants. Rangez-les dans des contenants munis de couvercles.

Certains articles du blog (ex : meubles, matelas, pesticides) et de futurs articles indiquent et indiqueront comment réduire les émissions de polluants à la source.

 

Autant il me semble que la « saleté » dans la nature est bénéfique pour la santé de nos enfants, autant je me méfie des poussières des maisons d’aujourd’hui. Et vous, faites-vous particulièrement attention au niveau de poussières dans votre logement ? Est-ce que ces mesures récentes vous incitent à prêter une attention particulière à ce sujet ? Partagez votre point de vue dans les commentaires ! 

 

Références :

  1. Bulletin de l’OQAI n°9. Observatoire de la Qualité de l’Air Intérieur juin 2015. http://www.oqai.fr/userdata/documents/490_Bulletin_OQAI9_COSV.pdf
  2. Site Internet de l’ANSES, page portant sur le Bisphénol A. https://www.anses.fr/fr/content/bisph%C3%A9nol.
  3. Fiche de données toxicologiques et environnementales de l’INERIS, 2006. http://www.ineris.fr/substances/fr/substance/484.
  4. ToxGuide – Pyrethrins and Pyrethroids. Agency for Toxic Substances and Disease Registry http://www.atsdr.cdc.gov/substances/toxsubstance.asp?toxid=153
  5. Toxicological Profile for Di(2-ethylhexyl)phthalate (DEHP). Agency for Toxic Substances and Disease Registry http://www.atsdr.cdc.gov/toxprofiles/tp9.pdf
  6. Frydman R. Environnement et grossesse. Hachette Pratique 2011.
  7. Site Internet du magazine Time – You Asked: Can My Couch Give Me Cancer? – http://time.com/4462892/couch-cancer-flame-retardants/ (24/08/2016, consulté le 17/09/2016).

 

Photo par Ebrunar

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26 Commentaires

  1. Yum

    Il faudra décidément que je passe l’aspirateur mieux et plus souvent!
    Par contre, j’ai cru comprendre que si on a un mauvais aspirateur, qui ne filtre pas grand’chose, on éparpille la poussière plus qu’autre chose?

    Répondre
  2. Guillaume (Auteur de l'article)

    Oui c’est aussi ce que j’ai entendu. Je pense que cela peut se comprendre en termes de filtre : moins l’aspirateur filtre l’air, plus il laisse passer de particules, qui se retrouvent dans l’air soufflée par l’aspirateur… et donc remis en suspension dans la maison. C’est pour cela que les recommandations classiques mentionnent de filtres « HEPA » pour avoir un premier niveau de performance. Le filtre HEPA standard est HEPA 10 ; les asthmatiques choisissent les filtres HEPA les plus performants : HEPA 13 ou 14

    Répondre
  3. Richard

    Un peu technique, mais très intéressant

    Répondre
    1. Guillaume (Auteur de l'article)

      Merci Richard 🙂

      Sur ce blog, je pars du principe que l’on peut présenter les « vraies » données et les « vraies » études, que tous les lecteurs peuvent les comprendre si je les présente bien. Je prends bonne note du « un peu technique », à moi de rendre mes articles encore plus fluides !

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  4. Outa

    Je confirme….le nettoyage des mains après toute manipulation est essentielle.

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  5. Guillaume (Auteur de l'article)

    Comme toi j’imagine, je m’attache au minimum, lorsque je ne suis pas dans un environnement naturel, à laver les mains de ma fille avant les phases où elle met le plus ses mains à la bouche : repas et repos.

    Répondre
  6. Desperate Houseman

    Bravo pour cet article complet Guillaume, et pour le rythme surtout, je suis admiratif ! Perso depuis l’arrivée de numéro 2, c’est mission impossible pour moi.
    Pour répondre à ta question de fin d’articles, j’ai tjrs fait attention aux poussières, saleté… mais peut être trop ! Au final, pour ma seconde, en faisant un peu moins j’ai eu l’impression que son système immunitaire était plus stimulé, donc plus résistant au final. Connaitre les polluants est une chose, mais mesurer les quantifications de risques me parait utopiste pour 2 raisons :
    – Chaque enfant, chaque système immunitaire est différent et sa « force » dépend de nombreux paramètres autres, qui ne seraient pas pris en compte
    – L’effet anxiogène d’une telle mesure pourrait donner un résultat inverse et favoriser une contamination qui aurait pu être mesurée.

    Quoi qu’il en soit, je pense donc que tes recommandations en matière de prévention sont la bonne voie : diminuer la source pour diminuer les risques reste le meilleur moyen de préserver sa santé et celle de nos enfants ! 🙂

    Répondre
  7. Guillaume (Auteur de l'article)

    Hello Desperate Houseman !

    Je suis très fier d’avoir un commentaire de ta part, je suis ton blog depuis quelques semaines 😉
    Merci pour tout ce positif qui fait plaisir 🙂

    Pour moi aussi il est important de ne pas « aseptiser » ma maison. Les conditions d’hygiène trop strictes sont connues pour générer d’autres effets sanitaires : allergies, dermatoses diverses, … Si tu cherches à augmenter les capacités immunitaires de ta fille en la mettant en contact avec un certain niveau de saleté, ce qui me parait un bonne idée, alors la saleté des milieux naturels me semble la plus adaptée (ex : jouer dans la boue) : je doute du rôle bénéfique des phtalates et HAP 😉

    Super intéressante ta remarque sur les différences de sensibilité. Cette problématique s’applique à toute évaluation des risques, et est généralement prise en compte à l’aide de facteurs de sécurité spécifiques. Ces facteurs permettent (en théorie tout du moins) de couvrir les populations classiquement considérées comme les plus fragiles. Restent les cas très particuliers (immunodépressifs, etc.)
    La perception des risques est un sujet passionnant : je compte le traiter dans un ou plusieurs articles à venir.
    Au plaisir de futurs échanges avec toi !

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  11. Un colibri

    Oui, je laisse mes enfants jouer avec la « saleté naturelle » (terre, sable dans des lieux plutôt peu anthropisés, etc.) et oui, je fais plus souvent le ménage qu’avant, cette dernière recommandation étant d’autant plus vraie pour protéger les enfants en bas âge (immobiles au sol, rampant ou se trainant les fesses par terre ;-)), mais pas uniquement…

    J’attends le prochain article sur le sujet avec impatience :-))

    Répondre
    1. Guillaume

      Que tu différencies la gestion des deux types de poussières me paraît vraiment très pertinent. Autour de moi j’observe différente approche en termes de propreté, plus ou moins stricte, mais pas de différentiation. J’observe aussi des gens qui ont des connaissances sur les poussières des milieux anthropisés, d’autres gens sur celles des milieux naturels, rarement les deux.
      Donc je te dis « chapeau bas » Colibri !
      Guillaume Article récent : Où trouver une nature protégée en France (2/3)My Profile

      Répondre
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