Des « alertes santé » pour se protéger des pollutions environnementales (2/4)

Un grand nombre de produits chimiques de synthèse libérés dans la nature, ainsi que quelques composés naturels, sont capables de dérégler le système endocrinien des animaux, y compris celui de l’homme […] Les concentrations de plusieurs perturbateurs des hormones sexuelles mesurées dans la population américaine actuelle correspondent aux doses qui provoquent des effets chez les animaux sauvages. – Extrait de la déclaration de Wingspread 

En 2008, la très sérieuse Union of Concerned Scientists (UCS) publie une étude sur les scientifiques travaillant pour l’EPA [Environmental Protection Agency – Agence américaine de protection de l’environnement]. Elle révèle que 889 des presque 1 600 chercheurs concernés estiment, en réponse à un questionnaire détaillé, avoir subi des pressions politiques dans le cadre de leur travail au cours des cinq années précédentes. – Fabrice Nicolino

 

Chronique du livre « Alertes santé : Experts et citoyens face aux intérêts privés »

Alertes sante pollutions

de Dorothée Benoît-Browaeys et André Cicolella, 420 pages, publié en 2005

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Dorothée Benoit Browaeys est journaliste scientifique.

André Cicolella est chimiste et toxicologue, ancien conseiller scientifique à l’Institut national de l’environnement industriel et des risques (Ineris) et enseignant à Sciences Po. Il est le président du Réseau Environnement Santé (RES). André Cicolella est un des lanceurs d’alerte les plus connus en France, notamment pour ces travaux sur le bisphénol A (biberons, contenants alimentaires) et sur le perchloroéthylène (solvant utilisé dans les installations de nettoyage à sec).

Ce livre décrit et analyse les « alertes santé » les plus connues en matière de santé environnementale. Les auteurs y font des propositions de refonte du système de sécurité sanitaire actuel. Ces propositions visent, notamment, à s’appuyer sur la société civile pour mieux identifier et gérer les risques sanitaires d’aujourd’hui.

Cette chronique comprend quatre parties ; cet article est la deuxième partie. Elle porte notamment sur les pathologies émergentes et leurs facteurs de risque environnementaux. La première partie se trouve ici : Des « alertes santé » pour se protéger des pollutions environnementales (1/4)

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Quelques informations et points de vue intéressants, concernant la thématique « Santé des enfants et environnement »

Voici une liste d’informations et de points de vue issus du livre, en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement », et que je souhaite partager avec vous.

  • Dans le cas où la toxicité d’une substance est démontrée alors que son utilisation est déjà largement répandue, la substitution peut se faire dans l’urgence. Dans un tel contexte, il est rare que les substituts eux-mêmes aient fait l’objet de tests de toxicité suffisants. Par exemple, le Régent avait été choisi pour remplacer rapidement des pesticides comme le Mirex et le Lindane ; sa toxicité sur le système nerveux, les reins, le foie et la thyroïde n’a été identifiée que par la suite.
  • Les cancers de l’enfant sont en progression depuis les années 1970. Aujourd’hui, ils sont la deuxième cause de mortalité entre 1 et 14 ans, derrière les accidents domestiques et devant les maladies de l’appareil respiratoire.
  • Aujourd’hui, un enfant sur dix est asthmatique.
  • La population générale doit faire face à une forte progression de maladies connues – cancers, allergies respiratoires, maladies neurodégénératives, maladies mentales, etc. – mais aussi à l’émergence de pathologies récemment répertoriées – variante de Creutzfeldt-Jakob, syndrome d’hypersensibilité chimique, syndrome d’hyperactivité de l’enfant
  • La contamination de l’environnement est devenue de plus en plus complexe : pollution chimique, biologique, électromagnétique, physique… Le corps humain ne fait pas de différence entre toutes ces catégories de risque. Il fait sa propre agrégation de ce « cocktails » de facteurs de risques, dont les impacts respectifs deviennent toujours plus difficiles à différencier. Les effets de toutes ces pollutions peuvent se surajouter, et parfois former une sorte de synergie négative.
  • Les enfants ne sont pas des petits adultes ; leurs vulnérabilités sont beaucoup plus fortes et elles sont spécifiques. Les protéger des pollutions environnementales est une nécessité absolue ; cette protection doit être adaptée aux spécificités de leur corps en développement, de leurs comportements, de leurs milieux de vie, de leur dépendance par rapport aux adultes, de leur temps d’exposition plus grand, de l’immaturité de leurs systèmes de défense, etc.

 

Alertes sante pollutions2

 

Quelques extraits en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement »

Une étude récente a analysé par exemple le coût de quatre pathologies ayant une composante environnementale forte : diabète, maladie de Parkinson, effets neurodéveloppementaux et hypothyroïdisme, déficit intellectuel. À l’échelle des États-Unis et du Canada, sur la base d’un facteur d’origine environnementale entre 10 et 50 %, c’est un gain compris entre 57 et 397 milliards de dollars qui peut être envisagé. Cette dimension économique est à prendre en considération, car les gains économiques engendrés par la non-survenue de pathologies sanitaires ne sont en effet quasiment jamais pris en compte dans le calcul économique global.

Selon l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments, près de la moitié des spots destinés aux enfants font la promotion de produits sucrés ou chocolatés, boissons, bonbons, biscuits ou autres desserts. Elle établit un lien entre la progression de l’obésité infantile et la proportion de spots alimentaires destinés aux enfants sur le petit écran.

L’interdiction de la publicité alimentaire à destination des enfants est une mesure cohérente et proportionnée. Il est impératif que les enfants soient protégés de façon efficace et durable et il est illusoire de croire que leur sens critique les protège. – Martin Hirsch, alors Directeur de l’AFSSA [Agence française de sécurité sanitaire des aliments]

Quel est le nombre des anciens sites industriels pollués en France ? 896, répondait en 1997 le ministère de l’Environnement. On l’estime aujourd’hui à près de 300 000. L’enjeu sanitaire en est considérable, car la réaffectation de ces sites s’est très souvent faite dans l’oubli total de la pollution initiale. Le cas de l’ancienne usine Kodak à Vincennes en Île-de-France est exemplaire. Confrontés à plusieurs cas de cancers d’enfants dans leur quartier, des habitants de Vincennes ont obtenu des études. L’excès de cancers a été confirmé. Mais pour les industriels, il s’agit d’un cluster, autrement dit d’une concentration de cancers due au hasard…

L’analyse de la littérature révèle que les risques environnementaux peuvent induire des effets sur la santé comme la stérilité, l’infertilité, l’embryotoxicité, le faible poids à la naissance, les lésions cutanées, les déficiences du développement neurologique, les troubles immunitaires, le cancer et les effets retardés. Ceux-ci ont été identifiés principalement par des praticiens astucieux, mais aussi par un bactériologiste, un expérimentateur sur l’animal, cinq travailleurs en usine mariés et sans enfant et un ivrogne riverain d’une zone pauvre de Baltimore. […] À l’avenir, les risques environnementaux sont susceptibles d’être reconnus comme dans le passé par des observateurs astucieux. Tenons-nous prêts. – R. W. Miller, de l’Institut national du cancer des États-Unis – extrait de la revue Pediatrics.

Chez les enfants, on peut aussi saisir l’effet de la pose de plombages. Une enquête portant sur 43 enfants de six ans en moyenne montre une augmentation significative du mercure urinaire après pose d’un amalgame (5,14 contre 3,83 μg/l).

Considérant que le mercure est un toxique multipotent qui a des effets à différents niveaux des dynamiques biochimiques de la cellule, l’amalgame doit être considéré comme un matériau non adapté aux soins dentaires, conclut ce rapport publié sur le site de la commission suédoise des matériaux dentaires. Ceci est d’autant plus vrai que des matériaux tout à fait adéquats et non toxiques sont disponibles. Considérant le risque inhibiteur sur le cerveau en croissance, utiliser des amalgames chez les enfants et les femmes enceintes est incompatible avec les données et expériences scientifiques réalisées.

[Concernant les perturbateurs endocriniens,] nous ne sommes plus seulement face à des ennemis qui détériorent l’ADN ou son système de réparation. Nous affrontons des produits insidieux qui brouillent le « langage du vivant » en mimant des hormones, supports de la communication et de la régulation, en déréglant le comportement même des gardiens que sont les cellules du système immunitaire. [Ce mode d’action souligne] l’échec des notions anciennes de seuil ou de dose [et] la sensibilité différentielle des populations (enfants, femmes enceintes, personnes immunodéprimées).

 

La troisième partie de cette chronique se trouve ici : Des « alertes santé » pour se protéger des pollutions environnementales (3/4)

 

Cette chronique met en avant l’importance de protéger les jeunes enfants des substances chimiques dangereuses, car les effets potentiels pourraient être graves et pérennes. Ce blog a pour mission de vous aider et de vous accompagner dans votre démarche ! Pour vos premiers pas, vous pouvez vous appuyer sur le guide gratuit téléchargeable ci-dessous.

Photo par Maeka Alexis

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Sensibiliser les enfants avec des livres illustrés ? Ca m'intéresse !
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