Des « alertes santé » pour se protéger des pollutions environnementales (1/4)

L’industrie est parvenue à remporter un extraordinaire succès en finançant et en faisant publier un petit nombre d’études qui ne trouvent jamais rien. Et ce petit nombre d’études parvient à fabriquer du doute et à créer de l’incertitude. Cela permet de créer de la controverse là où il n’y en a pas et, en définitive, cela permet de dire : avant de réglementer, il faut faire plus de recherche, nous avons besoin d’encore dix ans. – Frederick vom Saal

Entre la « date de naissance des perturbateurs endocriniens », en 1991, et le moment où l’Europe enterre de nouveau le problème sous son inaction fin 2013, 31 millions d’Européens sont nés. Certains ont eu le temps d’atteindre la puberté et d’autres d’avoir des enfants. Leur charge chimique, elle, n’a fait qu’augmenter. Mais qui dénoncera le coût humain et sanitaire des renoncements politiques ? – François Veillerette

 

Chronique du livre « Alertes santé : Experts et citoyens face aux intérêts privés »

Alertes sante pollutions

de Dorothée Benoît-Browaeys et André Cicolella, 420 pages, publié en 2005

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Dorothée Benoit Browaeys est journaliste scientifique.

André Cicolella est chimiste et toxicologue, ancien conseiller scientifique à l’Institut national de l’environnement industriel et des risques (Ineris) et enseignant à Sciences Po. Il est le président du Réseau Environnement Santé (RES). André Cicolella est un des lanceurs d’alerte les plus connus en France, notamment pour ces travaux sur le bisphénol A (biberons, contenants alimentaires) et sur le perchloroéthylène (solvant utilisé dans les installations de nettoyage à sec).

Ce livre décrit et analyse les « alertes santé » les plus connues en matière de santé environnementale. Les auteurs y font des propositions de refonte du système de sécurité sanitaire actuel. Ces propositions visent, notamment, à s’appuyer sur la société civile pour mieux identifier et gérer les risques sanitaires d’aujourd’hui.

Cette chronique comprend quatre parties ; cet article est la première partie. Elle porte notamment sur l’importance de l’action citoyenne pour identifier des « alertes santé » et sur la gestion insuffisante des risques associés à l’introduction de nouvelles technologies.

 

Quelques informations et points de vue intéressants, concernant la thématique « Santé des enfants et environnement »

Voici une liste d’informations et de points de vue issus du livre, en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement », et que je souhaite partager avec vous.

  • Plusieurs crises de sécurité sanitaire – sang contaminé, canicule, amiante, site Kodak de Vincennes… – ont montré le rôle clé qu’ont joué les citoyens ayant lancé l’alerte.
  • Dans la majeure partie des cas, la gestion de l’alerte par les pouvoirs publics s’est montrée déficiente : trop de temps a été perdu entre la reconnaissance scientifique des faits et la prise de décision.
  • Lors des dernières décennies, plusieurs technologies nouvelles ont été introduites auprès du grand public, sans que les risques associés aient été sérieusement testés au préalable : organismes génétiquement modifiés (OGM), téléphones portables, nanotechnologies…
  • Le système de santé actuel doit passer d’une logique de soins à une logique de prévention. La diminution des expositions aux pollutions environnementales y jouerait un rôle central.
  • La participation citoyenne est à la fois légitime et souvent indispensable : plus que les institutions sanitaires, l’action de quelques personnes a souvent permis de révéler des enjeux sanitaires importants pour la population générale.
  • En règle générale, dans les pays développés, les dépenses des systèmes de santé sont en forte augmentation. Cette augmentation est notamment caractérisée par une croissance des pathologies chroniques.
  • Au sein d’une structure étatique, un lanceur d’alerte doit faire passer l’obligation morale d’alerter avant le devoir d’obéissance. En pratique, souvent, ce choix donne lieu à de fortes pressions, voire à des représailles. Pour les scientifiques, les conséquences négatives observées peuvent être l’exclusion de groupes d’experts, le retrait de financements pour des projets de recherche, la difficulté à publier dans des revues scientifiques, etc.
  • La première révolution de santé publique a porté sur l’hygiène : une action sur les facteurs de risque infectieux et sur l’éducation des populations a permis de maîtriser les grandes épidémies infectieuses. La maîtrise de la crise sanitaire actuelle nécessite une deuxième révolution de santé publique : les grandes épidémies de maladies chroniques – cancer, asthme, diabète, etc. – pourront être réduites en agissant sur les facteurs de risque environnementaux et en informant la population générale.

 

Alertes sante pollutions1

 

Quelques extraits en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement »

Il y a urgence. Comme nous le montrons, les intérêts industriels constituent désormais un pouvoir exorbitant dont la légitimité dépasse celle de simples producteurs de biens et de services. Les lobbies privés pèsent sur les organismes publics, y compris ceux qui devraient être au-dessus de tout soupçon, comme l’OMS et le CIRC, et influencent les scientifiques eux-mêmes, via leurs propres financements directs et indirects.

Loin d’être un phénomène marginal, l’alerte est un élément clé dans une politique de santé environnementale et plus largement de santé publique. Permettre une expression de l’alerte, notamment garantir l’éthique dans les lieux de production des connaissances et d’expertise, constitue donc un enjeu politique majeur. […] À ce jour, cependant, la question de la protection de l’alerte n’a pas fait l’objet d’une attention des pouvoirs publics en France.

Non seulement le cancer est devenu la première cause de mortalité prématurée (avant 65 ans), mais il frappe aujourd’hui un homme sur deux et une femme sur trois, dont la moitié en décédera. L’inquiétude vient du fait que la croissance est régulière depuis plusieurs dizaines d’années, alors que les maladies cardio-vasculaires reculent depuis les années 1980, et aucun signe de fléchissement de la courbe n’est observé. Jusqu’où ira cette progression ? […] La progression n’est pas due uniquement au phénomène de vieillissement de la population, comme on l’a affirmé pendant longtemps. Sur 63 % d’augmentation, 28 % sont dus au changement démographique et, par voie de conséquence, le reste, soit 35 %, est lié à l’environnement.

Autre preuve que le phénomène n’est pas seulement un effet du vieillissement, les cancers de l’enfant progressent. Ils sont la deuxième cause de mortalité entre 1 et 14 ans, derrière les accidents domestiques et devant les maladies de l’appareil respiratoire. Une étude exhaustive de la littérature internationale met en évidence que sur 25 études, 24 concluent à une progression du cancer de l’enfant (en moyenne de 1 à 3 % par an), principalement les leucémies et les cancers du cerveau (+ 4 % par an).

Une étude du CIRC [Centre international de recherche sur le cancer], menée sur toute l’Europe à l’aide de 63 registres du cancer, a définitivement tranché le débat en décembre 2004. En effet, sur les trois dernières décennies, la croissance annuelle a été de 1 % pour les enfants (0-14 ans), de 1,5 % pour les adolescents (15-19 ans). Le phénomène s’accélère, car le pourcentage augmente d’une décade à l’autre : pour les enfants, le taux augmente de 0,8 % entre les années 1970 et les années 1980, mais de 1,3 % entre les années 1980 et les années 1990. Pour les adolescents, même phénomène : hausse de 1,5 % en moyenne, mais respectivement de 1,3 % et 1,8 % entre les décades 1970-1980 et 1980-1990. C’est bien notre environnement actuel qui est en cause et c’est la preuve que nous ne le maîtrisons pas.

Il existe également de très nombreuses données montrant que les populations migrantes adoptent en une ou deux générations les types de cancers des pays d’accueil.

La fuite en avant du siècle dernier doit laisser la place à une approche plus rationnelle. Toute dissémination potentielle d’un facteur de risque sans évaluation préalable, surtout à l’échelle de l’ensemble de la population, n’est plus acceptable, car nos sociétés ont fait l’expérience du coût sanitaire et économique que cela peut représenter.

L’idée que tous les problèmes de santé ont une réponse de type curatif, le plus souvent technique et médicalisée, est aujourd’hui en crise. Il est clair qu’il faut changer de paradigme et mettre beaucoup plus l’accent sur l’action portant sur les facteurs de risque.

 

La seconde partie de cette chronique sera publiée dans quelques jours !

 

Cette chronique met en avant l’importance de protéger les jeunes enfants des substances chimiques dangereuses, car les effets potentiels pourraient être graves et pérennes. Ce blog a pour mission de vous aider et de vous accompagner dans votre démarche ! Pour vos premiers pas, vous pouvez vous appuyer sur le guide gratuit téléchargeable ci-dessous.

Photo par idemocratic

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