Comment se protéger des nanoparticules toxiques présentes dans notre environnement (3/4)

Il est hélas devenu évident aujourd’hui que notre technologie a dépassé notre humanité. – Albert Einstein

L’homme a acquis les moyens de modifier son environnement à une vitesse inégalée avec l’introduction de centaines de substances chimiques, des organismes génétiquement modifiés, des rayonnements non ionisants (téléphonie portable) ou des nanomatériaux. L’organisme humain a-t-il les capacités suffisantes d’adaptation? – William Dab

 

Chronique du livre « Nanotoxiques : une enquête »

nano, nanoparticules, nanotechnologies, toxique

de Roger Lenglet, 256 pages, publié en 2014

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Roger Lenglet est philosophe et journaliste d’investigation. Il est notamment membre de la Société française d’histoire de la médecine. La santé publique fait partie de ses sujets d’étude.

Ce livre porte sur le développement des nanotechnologies, au cours des dernières décennies, et sur la gestion (insuffisante) des risques sanitaires associés. L’auteur présente les dysfonctionnements qu’il a identifiés. Puis il propose des recommandations concrètes, pour corriger la situation et pour que chacun puisse diminuer son exposition.

Ce livre fait l’objet d’une chronique en quatre parties ; cet article est le troisième article de la chronique. Il porte notamment sur le recensement des applications des nanotechnologies et leur cadrage réglementaire. Le premier article de la série se trouve ici : Comment se protéger des nanoparticules toxiques présentes dans notre environnement (1/4)

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Quelques informations et points de vue intéressants, concernant la thématique « Santé des enfants et environnement »

Voici une liste d’informations et de points de vue issus du livre, en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement », et que je souhaite partager avec vous.

  • En 2010, l’AFSSET publie de nouvelles mises en garde, dans un rapport sur les risques liés aux nanomatériaux pour la population et pour l’environnement. Elle va même plus loin cette fois-ci, en demandant l’interdiction de certaines applications des nanoparticules, comme les chaussettes au nano-argent.
  • En 2013, en France, après 25 ans de retard sur ce qui aurait dû s’imposer comme une évidence, une déclaration de la production, de l’importation et de la distribution de nanomatériaux est devenue une obligation réglementaire. Cette obligation porte sur les quantités supérieures à 100 grammes par an. Cette première réglementation présente plusieurs faiblesses, issues d’opérations de lobbying et actuellement exploitées par l’industrie :
    • cette réglementation porte sur les particules “dont les dimensions sont comprises entre 1 et 100 nm”, n’imposant aucune obligation aux particules plus grandes ou plus petites, qui sont également présentes dans des produits de consommation courante ;
    • elle ne porte que sur les matériaux contenant au moins 50 % de nanoparticules (…) ;
    • compte tenu de leur très faible poids, le seuil réglementaire de 100 g/an représente une quantité énorme de nanoparticules ;
    • si un contrôle identifie une fausse déclaration, l’entreprise concernée peut être sanctionnée par une amende d’un montant maximum de 3 000 euros, puis de 300 euros par jour jusqu’à l’obtention d’une déclaration adéquate. Ces montants sont extrêmement faibles, au regard des enjeux financiers associés au développement des nanotechnologies, et donc nullement dissuasifs.
  • A la date d’écriture de ce livre (2013), il n’est planifié aucune adaptation de la réglementation européenne sur les produits chimiques (REACh) pour fixer des obligations d’évaluation spécifiques aux propriétés toxicologiques des nanoparticules.
  • Le programme de recherche européen « Nanogenotox » a conclu que, d’après les études actuelles, de nombreux nanomatériaux ont une génotoxicité détectable dans les cellules humaines. Cette génotoxicité individuelle est toutefois considérée comme « faible ». Les effets de faibles doses à long terme, le cumul d’effets et les potentielles synergies (négatives) n’ont pas été traités par ce projet. Par ailleurs, sur la base des données disponibles, le potentiel cancérigène n’a, lui, pas pu être évalué. La faible ampleur des résultats obtenus par ce projet, pourtant doté de plus de 6 millions d’euros, ont déçu plusieurs commentateurs.
  • En 2011, un règlement européen portant sur l’étiquetage des produits alimentaires a été publié au Journal officiel de l’Union européenne. L’obligation de mentionner la présence de nanoparticules était prévue pour décembre 2014. L’alinéa 3 de l’article 18 mentionnait : « Tous les ingrédients qui se présentent sous forme de nanomatériaux manufacturés sont indiqués clairement dans la liste des ingrédients. Le nom des ingrédients est suivi du mot « nano » entre crochets.»
  • Suite à de fortes opérations de lobbying industriel concernant cette réglementation, le périmètre associé à l’inscription « nano » a été fortement réduit en 2013 : il exclut les nanoparticules utilisées depuis « des décennies », ce qui constitue un aveu indirect d’une longue exposition des populations, ainsi qu’un argument sans légitimité scientifique. Cette subtilité sémantique exclut, de fait, une grande partie des nanoparticules de l’obligation d’étiquetage. De nombreux produits alimentaires pourront continuer à présenter de fortes concentrations en nanoparticules, tout en donnant l’apparence qu’ils n’en comprennent pas.

 

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Quelques extraits en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement »

Dans le domaine agroalimentaire comme dans les autres, l’effet d’aubaine économique a largement contribué au refoulement des problèmes de toxicité, éludés dès qu’on les évoque. Au nom de l’“absence de données fiables” ou, au gré des interlocuteurs, on s’abrite derrière les rengaines selon lesquelles “la nanotoxicologie est une science encore jeune” et “il sera toujours temps de réagir au cas par cas pour encadrer les nanos qui poseront problème”. Chacun reprend les formules devenues rituelles chez ceux qui ont un intérêt économique ou professionnel à rassurer et se rassurer à bon compte.

L’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (AFSSA), dans son rapport d’avril 2009 sur les nanoparticules dans l’alimentation humaine et animale, a préféré invoquer le fait que les études sur les nanos intégrées aux aliments étaient encore trop éparses et sans méthodologie d’évaluation bien spécifiée, mais ses conclusions n’en sont pas moins assez fermes : “Le développement de travaux de recherche doit être soutenu et, dans l’attente de données pertinentes notamment sur l’absorption digestive, la prudence s’impose à l’égard de l’utilisation de nanotechnologies et/ou nanoparticules en alimentation humaine et animale.” Elle notait aussi qu’il fallait “exiger une déclaration systématique de ces substances ou produits dans l’alimentation” et “une demande d’autorisation de mise sur le marché”.

L’ironie veut que de plus en plus de produits affichent de nos jours une liste grandissante de substances exclues. Alors qu’on ne compte plus ceux qui portent la mention “Sans colorants”, “Sans conservateurs”, “Sans alcool” et “Sans parabènes”, va-t-on bientôt trouver jusque dans les supermarchés les produits qui mettent en valeur le fait qu’ils ne contiennent pas de nanos ? Après avoir permis aux producteurs de capter la manne des subventions aux nanos et de booster le marché en augmentant le prix des articles qui en contiennent, ils ne se gêneront pas pour passer à la caisse une troisième fois… en augmentant le prix des gammes “sans nanos”.

Comme dans tous les rêves, on oubliait que le réel n’allait pas se plier aussi facilement au discours idyllique des promoteurs. Et que la nature, monde issu de milliards d’années de transformations, était même capable de rappeler qu’on ne joue pas impunément avec elle. Finalement, la toxicité des nanos pour l’homme et l’environnement se révèle beaucoup plus retorse que les décideurs n’ont voulu le reconnaître et le faire croire. Tous les indices indiquaient pourtant qu’il fallait “regarder la rue avant de la traverser”, comme on dit aux enfants. Rapports, études, tests, tout montrait que les gouvernements devaient passer des accords internationaux pour calmer le jeu sur les nanotechnologies. Ils ont fait le choix inverse : en exacerbant la compétition à outrance et en refoulant les résultats des recherches toxicologiques, ils ont failli dans leur mission de protéger les populations.

 « Ces essais ont été effectués sur des types cellulaires de diverses origines. Au cours de ces essais, les nanoparticules d’argent ont induit des lésions de l’ADN dépendantes de la dose […] L’augmentation significative de la fragmentation de l’ADN après traitement par des nanoparticules d’argent est rapportée également par des méthodes non standard […] qui indiquent directement ou indirectement la présence de cassures double-brin de l’ADN.” – extrait d’un rapport de l’Agence Francaise de Sécurité Sanitaire de l’Environnement et du Travail (AFSSET) daté de 2010.

Le Haut Conseil de la santé publique (HCSP) qui avait rendu un avis faisant officiellement savoir au ministère de la Santé que “les récentes études de toxicocinétique par inhalation, et par voie orale chez le rat mettent en évidence un passage des nanoparticules d’argent à travers les barrières pulmonaire et digestive vers le sang, une distribution systémique et une accumulation faible mais détectable dans le foie, les reins, la rate, le cerveau et le cœur”. Il demandait en conséquence une nouvelle fois qu’on soutienne les recherches sur “le devenir du nano-argent dans les aliments, dans l’eau, dans l’air, et une meilleure connaissance de ses effets sur l’homme et l’environnement, notamment sur les conséquences des effets génotoxiques et pro-apoptotiques [favorisant l’apoptose ou le suicide des cellules] qu’il pourrait entraîner à long terme en lien avec les différentes structures chimiques que prend le nano-argent dans les produits de consommation”.

Les inventaires des nanomatériaux que divers sites Internet dressent énumèrent entre 1000 et 1500 articles ou produits concernés. Le chiffre est déjà impressionnant, mais il est sans doute très inférieur à la réalité. Cette sous-estimation se laisse deviner par la disproportion entre le nombre envisagé d’entreprises déclarantes de la filière des nanomatériaux (200 à 300 entreprises selon la DGCIS) et le nombre finalement recensé après la déclaration clôturée en juillet 2013 : 930 ! Ce nombre n’avait pas encore été rendu public au mois de décembre 2013. Je l’ai appris en interrogeant Dominique Gombert, qui dirige l’évaluation sanitaire à l’ANSES, l’agence qui a recueilli les déclarations des entrepreneurs avant de les transmettre au gouvernement. Mon ciel s’est assombri d’un coup en écoutant la réponse : “Nous avons reçu les formulaires de plus de 3 000 déclarations. C’est bien plus que ce que nous attendions…” En effet, ce nombre signifie que le marché est littéralement envahi par les nanos. Même si les nanomatériaux de certains fournisseurs peuvent se retrouver dans des articles identiques, il est très probable que ces déclarations représentent un nombre d’articles contenant une quantité de nanomatériaux bien plus élevée que les 1 000 à 1 500 déjà recensés. Dominique Gombert tempère ce raisonnement : “Attention, il n’y a pas de lien calculable entre le nombre de déclarations et le nombre de produits car des nanomatériaux circulent de l’un à l’autre. Mais il est sûr que les inventaires existant aujourd’hui sont très embryonnaires… De plus, ce n’est que la première année de déclaration, ça m’étonnerait que toutes les entreprises aient déclaré leur nanos…”

Le monde contemporain, en remplaçant la nature par un environnement synthétique et en faisant croire que les risques sont ainsi écartés, tend à faire disparaître jusqu’aux réflexes dictés par l’instinct de survie. Chez toutes les autres créatures vivantes, cet instinct dicte au contraire de maintenir une attention permanente aux dangers d’où qu’ils viennent.

 

 

La suite de cette chronique se trouve ici : Comment se protéger des nanoparticules toxiques présentes dans notre environnement (4/4)

 

Cette chronique met en avant l’importance de protéger les femmes enceintes et les jeunes enfants des substances dangereuses, en particulier des nanoparticules, car les effets potentiels pourraient être graves et pérennes. Ce blog a pour mission de vous aider et de vous accompagner dans votre démarche ! Pour vos premiers pas, vous pouvez vous appuyer sur le guide gratuit téléchargeable ci-dessous.

Photo par  Engineering at Cambridge

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Sensibiliser les enfants avec des livres illustrés ? Ca m'intéresse !
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