Comment se protéger des nanoparticules toxiques présentes dans notre environnement (2/4)

Il est évident que le développement industriel va beaucoup plus vite que la possibilité d’évaluer scientifiquement les dangers potentiels des nanoproduits. – William Dab

Aujourd’hui, la large diffusion des nanomatériaux manufacturés à travers une multitude de produits de consommation courante nécessite de mieux connaître l’exposition […] de l’ensemble de la population générale. – Feuille de route issue de la Conférence environnementale 2016 – Ministère de l’Environnement, de l’Energie et de la Mer

 

Chronique du livre « Nanotoxiques : une enquête »

nano, nanoparticules, nanotechnologies, toxique

de Roger Lenglet, 256 pages, publié en 2014

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Roger Lenglet est philosophe et journaliste d’investigation. Il est notamment membre de la Société française d’histoire de la médecine. La santé publique fait partie de ses sujets d’étude.

Ce livre porte sur le développement des nanotechnologies, au cours des dernières décennies, et sur la gestion (insuffisante) des risques sanitaires associés. L’auteur présente les dysfonctionnements qu’il a identifiés. Puis il propose des recommandations concrètes, pour corriger la situation et pour que chacun puisse diminuer son exposition.

Ce livre fait l’objet d’une chronique en quatre parties ; cet article est le deuxième article de la chronique. Il porte notamment sur la toxicité des nanoparticules et sur l’absence d’information pour le consommateur. Le premier article de la série se trouve ici : Comment se protéger des nanoparticules toxiques présentes dans notre environnement (1/4)

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Quelques informations et points de vue intéressants, concernant la thématique « Santé des enfants et environnement »

Voici une liste d’informations et de points de vue issus du livre, en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement », et que je souhaite partager avec vous.

  • Selon un rapport de l’Agence Francaise de Sécurité Sanitaire de l’Environnement et du Travail (AFSSET, aujourd’hui intégrée dans l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses)), daté de 2006 :
    • les couches superficielles de l’épiderme peuvent être pénétrées par des nanoparticules de titane (TiO2) présentes dans certains cosmétiques, comme les crèmes solaires par exemple ;
    • ces couches les laissent passer plus en profondeur dès que la peau est endommagée, par exemple par un coup de soleil, ce qui arrive fréquemment dans un contexte où de la crème solaire est appliquée.
  • Depuis 2004, des études ont montré que le TiO2 risque de provoquer des cancers pulmonaires. En 2006, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) l’a classé « carcinogène possible chez l’homme », par inhalation.
  • En 2009, sur le marché mondial, plus de 1 000 applications des nanotechnologies étaient déjà recensées.
  • La plupart des chercheurs pensent que la toxicité d’une substance s’amplifie quand elle se présente sous forme nanométrique : l’état nanoparticulaire augmente la surface de contact avec l’environnement et donc potentielles interactions avec lui.
  • Certaines nanoparticules, comme les nanotubes de carbone, peuvent se retrouver dans les les appareils digestifs et respiratoires, suite à l’ingestion d’aliments ou à l’inhalation d’un air contaminé, puis passer à travers les barrières gastro-intestinales et pulmonaires, circuler dans le sang et ainsi atteindre différents organes vitaux : cerveau, reins, poumons… Elles peuvent également traverser les membranes des cellules et pénétrer dans le noyau. Des brins d’ADN ont été observés s’enroulant autour de nanoparticules, suggérant une potentielle perturbation de la réplication et de la transcription des gènes.
  • Procéder à des études toxicologiques au cas par cas, en testant chaque nanoparticule individuellement, permet d’établir des normes spécifiques pour chacune d’elles. Néanmoins, cette stratégie est inefficace en pratique : ce type d’études suppose des délais qui ne sont pas compatibles avec la vitesse de production de nouvelles nanoparticules par l’industrie. Cette inefficacité supposerait toujours plus d’expositions de personnes à des particules non testées.
  • Fixer des normes pour chaque nanoparticule conduirait également à des difficultés opérationnelles : compte tenu du grand nombre de nanoparticules existantes, la gestion des risques deviendrait très complexe et, en pratique, ne serait probablement pas mise en œuvre.
  • La réglementation européenne sur les produits chimiques (REACh) est souvent considérée comme une des plus exigeantes au monde. Pour s’y soustraire, les producteurs de nanoparticules ont mis en avant que les nanoparticules relèvent du champ de la physique et non de celui de la chimie.
  • Plusieurs centaines de produits alimentaires contiennent des nanoparticules dans leur composition, sous la forme d’additifs. De plus, certaines nanoparticules présentes dans les emballages (nano-argent, nano-magnésium…) peuvent migrer vers leur contenu alimentaire.
  • Réglementairement, la présence de nanoparticules dans les produits alimentaires n’avait pas à être signalée sur l’étiquette avant fin 2014 : les consommateurs sont exposés par leur alimentation, sans le savoir, depuis plusieurs dizaines d’années.
  • De plus en plus, le traitement de l’eau de consommation s’appuie sur les nanotechnologies. Par exemple, des stations d’épuration utilisent des filtres en céramique nanoporeuse, pour retenir les bactéries et les virus. Mais rien n’assure que ces nanotechnologies ne sont pas, elles-mêmes, sources d’effets non-maîtrisés qu’il faudra traiter par la suite. Ce raisonnement s’applique également aux nanoparticules utilisées dans les médicaments.
  • La présence de nano-argent est répandue dans les produits de maquillage et les produits de soin, du fait de ses effets bactéricides. Les particules de nano-argent se retrouvent aussi dans des aliments, des pansements, des déodorants, des sous-vêtements… ce qui pourrait refléter le souhait des consommateurs, non naturel, de vouloir vivre dans un environnement sans microbe.

 

nano, nanoparticules, nanotechnologies, toxiques2

 

Quelques extraits en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement »

Au Canada, le rapport qui sortait en même temps que la synthèse française de l’AFSSET, en 2006, rédigé par l’Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail (IRSST) s’inquiétait. Il recensait lui aussi les études réalisées jusqu’au début de l’année 2005. L’état des connaissances toxicologiques qu’il dressait sur les fullerènes, les nanotubes de carbone et d’autres aurait dû faire bondir le plus blasé des ministres de la Santé. Voici ce qu’on pouvait lire dès la première page : “Les nanoparticules insolubles ou peu solubles sont les plus préoccupantes et plusieurs études ont démontré que certaines peuvent franchir les différentes barrières de protection des organismes vivants. Ainsi, ces nanoparticules inhalées peuvent se retrouver dans le sang en ayant franchi tous les mécanismes de protection respiratoire ou gastro-intestinale et se distribuer ainsi dans les différents organes et s’accumuler à certains sites spécifiques. Elles peuvent voyager le long des nerfs olfactifs et pénétrer directement dans le cerveau tout comme elles réussissent à franchir les barrières cellulaires.

Le document rappelait que les études ont révélé les dangers des fullerènes dès 1996, en particulier le fait que ces nanos traversent la barrière placentaire des animaux testés et se distribuent dans tout l’embryon, provoquant malformations et mortalité. De fait, ce passage aurait dû immédiatement être pris en compte car on pouvait retrouver un effet similaire sur l’embryon humain. Précisons que les expériences sont menées sur des souris parce que les rongeurs constituent une bonne référence toxicologique pour anticiper les risques chez l’homme. Ce protocole correspond d’ailleurs à l’obligation de tester d’abord toute nouvelle substance sur des animaux dans des conditions de laboratoire avant d’autoriser sa commercialisation, les expériences sur l’homme étant interdites (sauf pour les médicaments en phases 3 et 4, après les évaluations animales). On l’a vu, les producteurs de nanos ont transgressé ces obligations, ce qui revient à dire que c’est la population exposée aux nanos qui fait figure de cobayes.

« Le contraste n’en est que plus frappant avec le caractère encore très limité des études d’impact sanitaire des nanotechnologies de leur production à leur destin final (déchets) et la proposition très insuffisante des enveloppes budgétaires destinées à ce type d’investigation.” Et d’insister : “Il importe de rééquilibrer les financements de la recherche publique sur les nanotechnologies, dédiés pour une part à l’évaluation du risque et pour une autre part au développement de ces nanotechnologies” – Extrait d’un rapport du Comité de la précaution et de la prévention (CPP) daté de 2006

Ce document, il est vrai, n’était pas vraiment de ceux que le ministère de l’Économie et des Finances aime consulter. Le CPP étant de surcroît un service du ministère de l’Environnement, il est plutôt ressenti comme une source de contrariété par la direction de Bercy, persuadée que la prévention constitue plutôt un frein au développement industriel et économique. C’est là un vieux problème qui opposera encore longtemps les économistes du court terme et ceux qui considèrent que le manque de prudence se paie plus cher à moyen et long terme par des surcoûts en maladies et en mortalité que les mesures préventives en amont.

Le CPP relevait qu’au regard des études scientifiques déjà existantes, il fallait réagir sans plus de retard : « De multiples arguments indiquent l’existence d’une réactivité biologique particulière des nanoparticules en rapport avec leur très petite taille, comparée à celle qui est observée avec des particules de même composition mais de plus grande taille (de l’ordre du micromètre ou plus). Cette réactivité cellulaire et tissulaire peut constituer un danger chez l’homme si celui-ci est exposé par inhalation, ingestion ou passage transcutané, à ces particules. »

Certains toxicologues préconisent de mettre en place un système d’autorisation au “compte-goutte” qui ralentirait l’arrivée de nouveaux nanomatériaux pour avoir le temps de les étudier un à un pour identifier les nanos toxiques. Ce système pourrait être mondialisé par un accord international, par exemple dans le cadre du programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE). Mais il ne suffirait pas à résoudre une des caractéristiques spécifiques des nanos, la mutation du profil toxicologique de chacune en fonction de son trajet, de ses rencontres et de ses agglomérations, bref de ses aventures physicochimiques, comme l’avait signalé le rapport de l’AFSSET en 2006. Il ne résoudrait pas non plus le problème plus vaste encore de la densification des nanoparticules et des synergies de plus en plus incontrôlables dues à la multiplication des substances et des nanos mises en circulation.

Le Parlement européen exigeait un étiquetage systématique des composants nanotechnologiques pour les produits de l’agroalimentaire et de la cosmétique. On peut regretter que les étiquetages ne soient toujours pas devenus réalité en 2013.

Les industriels ont fait entrer les nanos dans la composition de nombreux aliments sans nous prévenir. Par exemple dans des sucres, en particulier des sucres glace pour renforcer leur blancheur et leur légèreté, dans des bonbons ou des mousses au chocolat, pour leur donner des textures inédites et intensifier les couleurs… Les nano-additifs servent souvent à augmenter l’“impact gustatif” de leurs préparations, contrôler l’exhalaison de leurs parfums, accroître leur fluidité ou la réduire, mieux les protéger contre l’humidité ou le dessèchement, prolonger leur conservation au-delà de ce que permettent les conservateurs classiques… Bien que le nombre de nanosubstances utilisées par l’agroalimentaire et présentes dans notre assiette soit difficile à évaluer avec précision, il ne fait plus aucun doute que les produits les incorporant se comptent par centaines. Le cabinet de consultants Helmut Kaiser, qui a entrepris de les dénombrer, estime que plus de trois cents aliments contenant des nanos manufacturées font déjà partie du panier des ménages.

Cette cuisine clandestine dure déjà depuis des décennies. Des intoxications insidieuses ou manifestes en ont-elles résulté ? Les consommateurs l’ignorent. Pour avoir quelque chance d’établir un lien entre des troubles et la présence de nanos dans un aliment, encore faudrait-il qu’elles soient signalées. Faute d’étiquetage, faute d’information en général, faute de données sur les sites mêmes des producteurs et des distributeurs, elles sont restées cachées.

 

La suite de cette chronique se trouve ici : Comment se protéger des nanoparticules toxiques présentes dans notre environnement (3/4)

 

Cette chronique met en avant l’importance de protéger les femmes enceintes et les jeunes enfants des substances dangereuses, en particulier des nanoparticules, car les effets potentiels pourraient être graves et pérennes. Ce blog a pour mission de vous aider et de vous accompagner dans votre démarche ! Pour vos premiers pas, vous pouvez vous appuyer sur le guide gratuit téléchargeable ci-dessous.

Photo par Oregon State University

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4 Commentaires

  1. Pingback: Comment se protéger des nanoparticules toxiques présentes dans notre environnement (1/4)

  2. Claire

    Bonsoir Guillaume,

    Ça fait froid dans le dos. C’est toujours aussi rageant de voir que face à des risques aussi importants, le principe de précaution ne s’applique toujours pas. On se contente de nous proposer un étiquetage quand on devrait surtout les interdire.

    Répondre
    1. Guillaume (Auteur de l'article)

      Bonjour Claire

      Je comprends ton positionnement. L’étiquetage pourrait effectivement être considéré comme une mesure insuffisamment « proportionnée », au regard des premiers éléments disponibles sur les risques potentiels.
      Personnellement,le manque d’évaluations des risques avant mise sur le marché (puisque les nanos ne sont pas soumis à la réglementation européenne sur les produits chimiques) ne me parait pas raisonnable.
      Avec le sens retenu par la Charte de l’environnement, je comprends qu’une interdiction pure et simple sortirait du périmètre du principe de précaution ; j’aimerais creuser un peu plus ces aspects à l’occasion, j’ai la chance d’avoir un collègue qui a travaillé sur ce thème pendant sa thèse ! 🙂

      Répondre
      1. Claire

        Bonjour Guillaume,

        Le principe de précaution est sujet à interprétation mais je ne vais pas rentrer dans ce débat. Nous verrons ça lors d’un de tes prochains article 😉

        Il serait aussi intéressant de réfléchir à la faisabilité de tests toxicologies sur de longues durées. Et sur quel organisme, souris, chien, singe ? Qu’en est-il de l’éthique ?

        Bref, le sujet est vaste.
        Claire Article récent : Coup de cœur : anti moustique naturelMy Profile

        Répondre

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