Comment se protéger des nanoparticules toxiques présentes dans notre environnement (1/4)

L’homme et sa sécurité doivent constituer la première préoccupation de toute aventure technologique. – Albert Einstein

Ces risques dits « émergents » […] sont sources d’incertitudes, voire de controverses, devant les difficultés objectives à repérer et mesurer leurs effets, notamment les effets combinés entre substances (« effet cocktail ») sur la santé. Limiter l’exposition de la population, et en particulier celle des populations sensibles, à ces risques constitue un enjeu important de santé publique. – Stratégie nationale de transition écologique vers un développement durable 2015-2020

 

Chronique du livre « Nanotoxiques : une enquête »

nano, nanoparticules, nanotechnologies, toxique

de Roger Lenglet, 256 pages, publié en 2014

 

Roger Lenglet est philosophe et journaliste d’investigation. Il est notamment membre de la Société française d’histoire de la médecine. La santé publique fait partie de ses sujets d’étude.

Ce livre porte sur le développement des nanotechnologies, au cours des dernières décennies, et sur la gestion (insuffisante) des risques sanitaires associés. L’auteur présente les dysfonctionnements qu’il a identifiés. Puis il propose des recommandations concrètes, pour corriger la situation et pour que chacun puisse diminuer son exposition.

Ce livre fait l’objet d’une chronique en quatre parties ; cet article est le premier article de la chronique. Il porte notamment sur ce que sont les nanoparticules et sur les budgets consacrés à l’étude des risques associés.

 

Quelques informations et points de vue intéressants, concernant la thématique « Santé des enfants et environnement »

Voici une liste d’informations et de points de vue issus du livre, en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement », et que je souhaite partager avec vous.

  • On appelle « nanoparticules » les particules manufacturées dont la taille est inférieure à 100 nanomètres, soit 100 milliardièmes de mètres.
  • Les particules de même taille et qui ne sont pas produites intentionnellement sont appelées « particules ultrafines ». Elles peuvent être produites par des sources naturelles (feux de forêt, volcans…) ou par des procédés dont elles font partie des sous-produits non-voulus (moteurs diesel, usines de sidérurgie, incinérateurs, installations de chauffage, tabagisme…).
  • Invisibles à l’œil nu, les nanoparticules sont d’ores et déjà présentes dans de nombreux produits du quotidien. Cette présence peut parfois être devinée, au regard des propriétés supplémentaires qu’elles apportent, souvent mises en avant par des accroches publicitaires : aliments aux « saveurs inédites », « cosmétiques agissant plus en profondeur », « sous-vêtements antibactériens », réfrigérateurs « autonettoyants », textiles « intelligents »…
  • Les propriétés supplémentaires apportées par les nanoparticules, avérées ou projetées, peuvent être impressionnantes : des produits cent fois plus résistants que l’acier et six fois plus légers, plus conducteurs ou plus isolants que tous ceux connus à ce jour, plus résistants à la traction, au feu, au froid ou à l’abrasion ; des médicaments capables de traverser toutes les barrières organiques et apporter les substances actives directement au niveau des cellules ciblées…
  • Les nanoparticules ont été introduites dans notre environnement quotidien sans que des évaluations de risques suffisantes aient été menées. Pourtant, les études disponibles sur les particules ultrafines, qui sont nombreuses et dont certaines datent de plusieurs décennies, apportaient des informations préoccupantes sur leur potentielle toxicité. Sur la base de ces informations, les autorités auraient dû mettre en place des mesures de prévention contre les nanoparticules, dès les années 1980. En France, à partir de 2004, même des établissements publics ont formulé des mises en garde, publiquement, sans résultat.
  • Aux Etats-Unis, la première grande loi sur les nanotechnologies a été promulguée en 2003. Seuls 3 % du budget associé était prévu pour les recherches portant sur les risques associés.
  • La situation a empiré dans les années suivantes : le budget dépensé en 2006 par la National Nanotechnology Initiative (NNI) comprendra seulement 1 % pour l’évaluation de ces risques.
  • Par la suite, cette proportion de 1 à 3 % sera également adoptée par les autres pays investissant dans les nanotechnologies, dont la France. Une telle similitude peut s’expliquer par la stratégie de lobbying des industriels, centrée sur la notion de compétitivité, et qui pourrait être résumée ainsi : le budget consacré à la prévention n’est pas affecté au développement ; cela retardera d’autant les progrès de l’Europe par rapport à leurs concurrents internationaux. Cette stratégie se basait sur une énorme prise de risque initiale.
  • Une si faible proportion avait des chances de se traduire par un décalage entre l’introduction des nanoparticules dans l’environnement quotidien et l’identification de leur profil toxicologique. C’est effectivement ce qui est arrivé.

 

nano, nanoparticules, nanotechnologies, toxique1

 

Quelques extraits en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement »

Les nanotechnologies sont entrées dans nos vies en catimini. Nous voilà devant le fait accompli.[…] Peu d’entre nous savent qu’environ 2 000 applications différentes sont déjà commercialisées. Séduits par le marketing vantant les performances des produits, nous ignorons qu’elles sont dues à la présence de nanomatériaux. Encore rares en effet sont ceux qui ont pris conscience de l’invasion de notre quotidien par les nanotechnologies. L’étiquetage ne les signalait pas encore en 2013, les lobbies industriels arguant qu’ils n’étaient pas encore prêts et les instances européennes accumulant les retards.

Les consommateurs allaient bientôt manger à leur insu les premiers aliments intégrant des nanos manufacturées, du chocolat et des bonbons aux nanoparticules de dioxyde de titane cachées sous le code E171, du ketchup au dioxyde de silicium, des salades lavées avec des solutions au nano-argent… Le tout sans la moindre autorisation officielle et sans recul sur les effets toxicologiques.

La recension des publications scientifiques sur les nanos dans le monde entier, quatre ans plus tard, en 2010, fait apparaître que 2 % seulement d’entre elles concernaient l’analyse des risques. Un écart que l’on retrouve aussi entre les laboratoires de recherche. En France, alors que certains experts travaillant pour les agences de sécurité sanitaire voulaient organiser les équipes de chercheurs en santé publique travaillant sur les nanos et les dynamiser, il est apparu que le secteur était désertique. Le pneumologue Patrick Brochard, spécialiste des nanomatériaux et membre du Comité de la prévention et de la précaution (CPP25), en témoignait en 2007 : “Nous nous sommes aperçus que le nombre de laboratoires était limité. Ces derniers ne peuvent donc pas répondre à la demande de la société sur les nanotechnologies.”

Des élus américains et des conseillers scientifiques ont sévèrement critiqué cette disproportion fixée par la politique de Washington, instituant une énorme prise de risque dès le début, en complète contradiction avec les acquis du système de prévention. […] Rien de tout cela n’échappera aux observateurs du ministère français de la Recherche et du ministère des Affaires étrangères, comme en témoigne au même moment la lettre de leur informateur officiel, la Communauté de veille technologique internationale. Mais se caler sur les États-Unis pour répartir le budget des nanos et limiter la part allouée à la prévention s’est imposé comme allant de soi. En décidant de les imiter, les responsables français se sont tout bonnement simplifié la tâche, tout comme ceux de l’UE, au mépris des règles élémentaires de prévention. Au plan de la logique humaine et environnementale, cela revient à dire que les nations européennes ont accepté aussi de mettre la charrue avant les bœufs. C’est-à-dire d’hypothéquer la santé publique. Une attitude qui, compte tenu de ce que l’on savait déjà depuis des décennies sur la toxicité des particules ultrafines de dimension nanométrique, faisait fi des résolutions prises pour protéger l’environnement et la santé dans le cadre du Traité constitutionnel européen.

En 2005, au niveau mondial, 10 milliards de dollars ont été alloués à la recherche et au développement des nanotechnologies, alors qu’à peine 40 millions de dollars l’étaient aux recherches sur les risques, soit 0,4 %.

[D’après le] rapport 2004 de l’École des mines, réalisé sous l’égide du Conseil général des technologies de l’information et du Conseil général des mines […] « Les dotations budgétaires devraient être ajustées aux besoins émergents en matière de connaissance des risques. » […] « La prise en compte publique du facteur « risque » est absolument nécessaire. […] Les enjeux sociétaux et industriels sont beaucoup trop importants pour que cette question soit traitée « à chaud », avec les seules ressources de ce qu’on nomme la « communication », dans un contexte plus ou moins panique de sortie de crise. Il est nécessaire de ne pas en arriver là. Et c’est aujourd’hui, encore, possible » […] « L’expérience montre que s’agissant des risques majeurs (rayonnements ionisants, amiante dont la couverture du risque maladie s’élèvera à 1 milliard d’euros en 2005), c’est l’État qui répond en dernier ressort. Il a donc intérêt au premier chef à ce que les limites, et par conséquent les responsabilités, soient le plus précisément et le plus justement réparties au fur et à mesure que les propriétés des nanoparticules ou nanostructures seront identifiées, caractérisées et modélisées pour leur usage industriel. »

Les auteurs auraient pu rappeler aussi que la diffusion des nanos, comparée à celle de l’amiante, est sans commune mesure puisque les fibres de cette dernière n’entraient pas dans la composition des aliments, ni dans les boissons (sauf certains vins), ni dans les vêtements, ni dans les cosmétiques, ni… Ils ont également raté l’occasion de souligner que les ravages de l’amiante à l’échelle de l’ensemble de la population ont mis des décennies avant que les cancers du poumon et les mésothéliomes apparaissent.

« Attirer l’attention sur le fait que la recherche en toxicité, écotoxicité et métrologie a bénéficié de trop peu de moyens au sein du système français de recherche publique et privée. Il y a donc urgence à développer des équipes compétentes pour réaliser ces travaux fondamentaux […]. Un effort considérable de formation et de recrutement dans les laboratoires publics et industriels s’avère donc indispensable et urgent » – Extrait d’un rapport du Conseil économique et social (2008)

 

La suite de cette chronique se trouve ici : Comment se protéger des nanoparticules toxiques présentes dans notre environnement (2/4)

 

Cette chronique met en avant l’importance de protéger les femmes enceintes et les jeunes enfants des substances dangereuses, en particulier des nanoparticules, car les effets potentiels pourraient être graves et pérennes. Ce blog a pour mission de vous aider et de vous accompagner dans votre démarche ! Pour vos premiers pas, vous pouvez vous appuyer sur le guide gratuit téléchargeable ci-dessous.

Photo par Engineering at Cambridge

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12 Commentaires

  1. Claire

    Bonjour Guillaume,

    Les nanoparticules sont un véritable fléau. J’ai beau être un minimum informée,je pense que je suis loin d’imaginer toutes les sources de nanoparticules.

    Vivement la suite !

    Répondre
    1. Guillaume

      Hello Claire !
      A quoi penses tu quand tu dis « fléau » ? A ce stade, je ne sais pas trop quoi penser.
      Ce sont mes premiers pas un peu sérieux sur la thématique. Je suis content qu’ils m’aient permis de découvrir Roger Lenglet, qui me paraît faire un travail d’enquête approfondi et rigoureux, autant que je puisse juger, du journalisme d’investigation comme je les aime ! 🙂

      Répondre
      1. Claire

        Hello !

        Les nanoparticules sont des particules tellement fines qu’elles finissent par traverser n’importe quelle barrière de l’organisme.

        Tu es d’accord qu’une pollution ne se détermine pas uniquement par sa nature mais aussi par sa quantité. Il y a un seuil spécifique au dessus duquel n’importe quelle substance devient une pollution.

        Quelques grains sables n’enrayent pas forcément un mécanisme. Là, nous avons affaire à une forte exposition dont les conséquences nous échappent. Des milliers de grains de sables pénètrent l’organisme et vont tôt ou tard provoquer des dysfonctionnements de la machinerie cellulaire.

        Merci à toi, tu me fais découvrir cet auteur et ce livre 🙂

        Répondre
        1. Guillaume (Auteur de l'article)

          ok je comprends ta logique, qui me parait plausible et, au feeling, probable. Je sors de mes lectures du moment avec le sentiment d’une exposition généralisée, « ubiquitaire » pour reprendre un terme classique de santé environnementale, mais peu quantifiée à ce stade… ce qui, d’un côté, est assez peu rassurant je trouve 😉

          Répondre
          1. Guillaume (Auteur de l'article)

            Pour info : Roger Lenglet a écrit sur d’autres sujets qui pourrait t’intéresser, au regard des mots clés du lien Internet associé à ton prénom

          2. Claire

            J’ai mal écrit l’adresse de mon blog… Ah ben bravo 😀

            Effectivement, tous ses livres ont l’air bien intéressants. Celui sur la maladie de Lyme éveille ma curiosité.
            Claire Article récent : Comment choisir son beurre de karité et ne plus se faire avoir ?My Profile

          3. Guillaume

            Pour ton information, Émilie du blogspot Éveil et Nature (que j’aime beaucoup) travaille en ce moment à un dossier sur Lyme et les enfants

  2. Georg

    Bonjour,

    Ce qui serait bien c’est de faire une liste, à compléter au fur et à mesure, de toutes les sources possibles ou connues de nanoparticules. Ce n’est pas évident à faire, mais si beaucoup de personnes participent cela est envisageable.
    Le problème des nanoparticules c’est qu’elles peuvent pénétrer sans problème dans notre organisme vu qu’elles sont trop petites pour être arrêtées par nos barrières cutanées et cellulaires. Avec forcément des effets néfastes pour certaines d’entre elles, qui n’ont rien à faire à l’intérieur de nos cellules…

    Répondre
    1. Guillaume (Auteur de l'article)

      Bonjour Georg
      Il existe des initiatives en ce sens ; plusieurs recensements ont été faits, principalement par des associations si je comprends bien ; la plupart devraient être regroupés ici : http://www.veillenanos.fr
      Je suis assez d’accord avec cette logique. Je me pose la question de l’ampleur de l’impact. Au feeling, à moi aussi, cela ne me semble pas très rassurant a priori

      Répondre
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