Comment rendre nos enfants « Antifragiles » avec Nassim Nicholas Taleb (4/5)

Vous arrivez devant la nature avec des théories, la nature flanque tout par terre. – Auguste Renoir

La folie c’est de se comporter de la même façon et de s’attendre à des résultats différents – Albert Einstein

 

Chronique du livre « Antifragile – Les bienfaits du désordre »

Enfants sante Antifragile

de Nassim Nicholas Taleb, 660 pages, publié en 2013

 

Nassim Nicholas Taleb est statisticien et essayiste. Ses travaux portent notamment sur la gestion des risques liés aux événements rares.

Ce livre porte sur comment utiliser le hasard et le désordre comme sources de bienfaits, c’est-à-dire comment devenir « anti-fragile ». Les principes identifiés peuvent être appliqués au domaine de la santé des enfants.

Ce livre fait l’objet d’une chronique en cinq parties. Cet article est le premier article de la chronique. Il porte notamment sur l’importance du nombre d’options disponibles et sur l’approche par essais-erreurs. Le premier article se trouve ici : Comment rendre « Antifragile » la santé de nos enfants, avec Nassim Nicholas Taleb (1/5)

 

Quelques informations et points de vue intéressants, concernant la thématique « Santé des enfants et environnement »

Voici une liste d’informations et de points de vue issus du livre, en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement », et que je souhaite partager avec vous.

  • Par rapport à une source de volatilité donnée, une personne est antifragile si les profits potentiels dépassent les pertes potentielles. Dans cette configuration, un manque de volatilité et de pressions peut même être préjudiciable. Une stratégie pertinente consiste donc à s’efforcer d’augmenter les profits potentiels et de diminuer les pertes potentielles.
  • Choisir un risque « modéré » est une stratégie trompeuse, car elle se base sur une évaluation qui, en pratique, peut être sujette à de très fortes erreurs. Une stratégie plus efficace consiste en une double attitude :
    • être très précautionneux dans certains domaines (90 %), ce qui protège des événements rares à fort impact négatif ;
    • dans d’autres domaines (10 %), prendre de nombreux risques à faible perte potentielle, ce qui permet de rester exposé aux événements rares à fort impact positif.
  • Par exemple, dans l’objectif d’augmenter leur future sécurité, les parents devraient laisser leurs enfants prendre des petits risques : les bobos qui en résulteront leur serviront de leçons et renforceront les bénéfices de leurs processus d’exploration. En parallèle, l’énergie des parents pourra se focaliser sur la protection de leurs enfants contre les risques importants.
  • Le premier volet de cette stratégie peut s’appuyer, notamment, sur l’introduction d’une dose de redondance, un filet de sécurité, un surplus d’assurance. La redondance peut être fréquemment observée dans la nature : deux reins, deux poumons, deux oreilles…
  • Le deuxième volet de cette stratégie est d’autant plus efficace qu’il peut s’appliquer à un grand nombre d’objets, d’options différentes. Ainsi, par essais-erreurs, en persévérant et en dissociant l’échec de la honte, les options les plus performantes pourront être trouvées.
  • Plus le nombre d’options disponibles est élevé, mieux il permet de s’adapter à une réalité changeante. Les bienfaits potentiels augmentent, les dommages potentiels diminuent.
  • Ce processus par essais-erreurs, appliqué avec un grand nombre d’options, est un processus qui est fréquemment observable dans la nature. Par exemple, plutôt que de tenter de concevoir un bébé parfait dès le départ, le mécanisme de reproduction génère plusieurs embryons, dont la moitié fait l’objet d’un avortement spontané : la nature conserve ce qui satisfait à ses critères de performance. En d’autres termes, elle dispose de plusieurs options et utilise cet avantage.

 

Enfants sante Antifragile4

 

Quelques extraits en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement »

Réfléchissez à présent aux péripéties d’un acide gras inventé par l’être humain, un acide gras trans. Les êtres humains ont réussi à découvrir comment fabriquer des acides gras, et, comme c’était la grande époque du scientisme, ils étaient convaincus qu’ils pouvaient faire mieux que la nature – pas seulement aussi bien : mieux. Les chimistes pensèrent qu’ils pourraient créer un substitut aux acides gras, lequel serait à bien des égards supérieur au saindoux ou au beurre. Premièrement, c’était plus pratique : comme les produits de synthèse tels que la margarine restent onctueux quand on les met au réfrigérateur, on peut tout de suite les étaler sur un morceau de pain sans être obligé d’attendre en écoutant la radio. Deuxièmement, c’était économique, car les graisses de synthèse étaient dérivées des légumes. Enfin, ce qui est pire, on supposa que les acides gras étaient plus sains ; leur utilisation se répandit très largement et, après quelques centaines de millions d’années passées à consommer des graisses animales, les gens se mirent tout à coup à en avoir peur (surtout s’il s’agissait de ce qu’on appelle les acides gras « saturés »), essentiellement en raison d’interprétations statistiques erronées. Aujourd’hui, les acides gras trans sont interdits un peu partout, car il s’est avéré qu’ils tuaient les gens, puisqu’ils étaient responsables de maladies cardiaques et de problèmes cardio-vasculaires.

Pour donner un autre exemple de ce rationalisme de dupes (générateur de fragilité), prenons l’histoire du Thalidomide, un médicament que l’on prescrivait aux femmes enceintes pour atténuer leurs nausées. Il a produit des anomalies congénitales. Un autre médicament, le Distilbène, a porté silencieusement préjudice aux fœtus, entraînant par la suite une explosion de cancers du vagin chez les filles des mères qui en avaient pris. Ces deux erreurs sont tout à fait édifiantes, parce que, dans un cas comme dans l’autre, les bénéfices, bien que mineurs, semblaient évidents et immédiats, et les préjudices causés ne se manifestèrent que des années plus tard, presque une génération après. Le sujet que nous allons aborder un peu plus loin concerne la lourde responsabilité de la charge de la preuve, car vous imaginez sans peine qu’une personne défendant ces traitements m’aurait immédiatement opposé l’objection suivante : « Monsieur Taleb, avez-vous la preuve de ce que vous affirmez ? »

Et une raison statistique simple explique pourquoi nous n’avons pas réussi à trouver des médicaments qui nous permettent de nous sentir inconditionnellement mieux quand nous allons bien (ou inconditionnellement plus fort, etc.) : la nature aurait probablement trouvé elle-même cette pilule magique.

Aujourd’hui, si votre pression artérielle se situe dans la partie supérieure de la tranche naguère qualifiée de « normale », vous n’êtes plus « normo-tendu » mais « préhypertendu », même si vous n’en avez pas de symptôme manifeste. Il n’y a rien de mal avec cette classification si elle conduit à prendre des mesures […] pour mener un style de vie plus sain qui fortifie les individus, mais ce qu’elle cache, bien souvent, c’est une volonté d’augmenter la médication.

Je n’ai rien contre la fonction et la mission de la pharmacologie ; je m’insurge plutôt contre ses pratiques commerciales : elle devrait, dans son propre intérêt, se consacrer à remédier aux maladies extrêmes, pas à réévaluer les normes de santé ou à exercer des pressions sur les médecins pour qu’ils prescrivent des médicaments. De fait, la pharmacologie influence l’interventionnisme des médecins. […] si le patient est presque sain, c’est la Nature qui devrait tenir lieu de médecin.

Si la médecine a induit les gens en erreur pendant si longtemps, c’est parce que ses réussites ont fait l’objet d’une publicité énorme, tandis que ses erreurs ont été littéralement enterrées.

Dans les années 1940 et 1950, beaucoup d’enfants et d’adolescents ont été traités aux rayons X pour l’acné, le volume du thymus, l’angine, pour enlever des taches de naissance, et pour traiter la teigne. Outre des goitres et autres complications tardives, environ 7 % des patients ayant été irradiés ont développé un cancer de la thyroïde dans les vingt à quarante ans qui ont suivis. Mais ne rejetons pas totalement les rayons quand ils viennent de la Nature. Nous sommes nécessairement antifragiles à une certaine dose de rayons – à des niveaux présents dans la nature. À petites doses, ils pourraient empêcher les lésions et les cancers engendrés par de plus fortes doses, car le corps développe une sorte d’immunité.

Et, en parlant de radiation, quelques-uns se demandent pourquoi, après avoir passé des centaines de millions d’années à nous exposer aux rayons du soleil, nous avons tout à coup besoin de nous protéger autant d’eux – est-ce parce que cette exposition est plus nocive qu’avant pour notre peau, à cause des changements atmosphériques, ou que les populations vivent dans un environnement qui ne s’accorde pas avec la pigmentation de leur peau – ou plutôt parce que les fabricants de crèmes solaires ont besoin de faire des bénéfices ?

En tant qu’être humain, votre fonction objective n’est pas de diminuer un indicateur donné pour obtenir une note qui vous permettra de réussir un examen comme à l’école, mais d’améliorer votre santé. En outre, on ignore si ces indicateurs, que les gens essaient de faire baisser, sont des causes ou des manifestations en corrélation avec une condition physique particulière – tout comme museler un bébé l’empêcherait certainement de pleurer, mais ne supprimerait pas la cause de ses émotions. Une complexité d’ordre juridique rend particulièrement traîtres ces médicaments qui permettent de faire baisser un indicateur ; le médecin a intérêt à les prescrire, car s’il ne le fait pas et que son patient a une crise cardiaque, il sera poursuivi pour négligence ; mais l’erreur inverse n’est absolument pas sanctionnée, car les effets secondaires ne semblent pas du tout être le fait de la médecine.

Le même problème d’interprétation naïve conjuguée avec le biais d’intervention vaut pour la détection du cancer : il existe un biais très net en faveur du traitement, parce que le système juridique privilégie l’intervention.

 

La suite de cette chronique sera publiée dans quelques jours !

 

Cette chronique met en avant l’importance d’entourer les enfants d’un environnement naturel et de les protéger des substances préoccupantes. Ce blog a pour mission de vous aider et de vous accompagner dans votre démarche ! Pour vos premiers pas, vous pouvez vous appuyer sur le guide gratuit téléchargeable ci-dessous.

Photo par marin

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

CommentLuv badge

Sensibiliser les enfants avec des livres illustrés ? Ca m'intéresse !
Hello. Add your message here.