Comment rendre nos enfants « Antifragiles » avec Nassim Nicholas Taleb (2/5)

Travailler contre le vœu de la nature est peine perdue. – Sénèque

Tout est bien sortant des mains de la nature. – Jean-Jacques Rousseau 

 

Chronique du livre « Antifragile – Les bienfaits du désordre »

Enfants sante Antifragile

de Nassim Nicholas Taleb, 660 pages, publié en 2013

 

Nassim Nicholas Taleb est statisticien et essayiste. Ses travaux portent notamment sur la gestion des risques liés aux événements rares.

Ce livre porte sur comment utiliser le hasard et le désordre comme sources de bienfaits, c’est-à-dire comment devenir « anti-fragile ». Les principes identifiés peuvent être appliqués au domaine de la santé des enfants.

Ce livre fait l’objet d’une chronique en cinq parties. Cet article est le premier article de la chronique. Il porte notamment sur la notion d’hormèse et l’excès d’intervention. Le premier article se trouve ici : Comment rendre « Antifragile » la santé de nos enfants, avec Nassim Nicholas Taleb (1/5)

 

Quelques informations et points de vue intéressants, concernant la thématique « Santé des enfants et environnement »

Voici une liste d’informations et de points de vue issus du livre, en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement », et que je souhaite partager avec vous.

  • La nature est antifragile par essence. Les êtres vivants d’aujourd’hui sont issus de milliards d’années d’évolution : ce sont ceux qui ont fait preuve de la meilleure capacité d’adaptation face au hasard. En règle générale, son observation et le respect de ses mécanismes permet d’augmenter l’antifragilité.
  • De l’antifragilité se trouve dans nos comportements ancestraux et dans notre corps biologique. Elle caractérise tout système qui a survécu pendant une longue période, car une longue période inclut de nombreux événements fortuits, de chocs imprévisibles, de stress…
  • Plus précisément, tout ce qui est vivant est à la fois fragile et antifragile. L’ampleur de la variation à laquelle un être vivant est exposé joue un rôle central. Par exemple, un corps humain se fortifie lorsqu’il est exposé à un certain niveau de contraintes, ne dépassant pas un seuil maximal. Ce phénomène est appelé « hormèse ». Au delà de ce seuil, le corps peut se détériorer.
  • La fréquence de la variation joue également un rôle important. Les êtres humains semblent se renforcer lorsqu’ils sont soumis à des pressions intenses et peu fréquentes, c’est-à-dire espacées de vraies temps de récupération. À l’opposé, de faibles pressions chroniques altèrent leur bon fonctionnement.
  • Un exemple de pression naturelle sur le corps est la privation temporaire de nourriture. Le jeûne épisodique est une situation classique en milieu sauvage. Et comme attendu, ce type de jeûne est associé à de multiples bienfaits pour la santé. Un des mécanismes impliqué est l’autophagie : le corps se nourrit de l’intérieur, en décomposant les éléments endommagés et non fonctionnels.
  • Des restrictions caloriques ont permis d’augmenter l’espérance de vie d’animaux de laboratoire. Priver les êtres humains de la faim pourrait les empêcher d’atteindre leur plein potentiel.
  • Pour certaines substances toxiques, une faible exposition permet au corps de mieux fonctionner, d’être en meilleure santé.
  • Selon certains chercheurs, l’hormèse constitue la meilleure explication des bienfaits associés à la consommation de fruits et légumes. Ces bienfaits seraient moins liés à leurs vitamines qu’aux substances nocives que les plantes fabriquent pour repousser les prédateurs. Une faible dose d’exposition, comme celle liée à la consommation de nos ancêtres, stimulerait notre organisme.
  • Dans le monde naturel, l’hormèse est la norme. L’absence de contraintes n’est pas neutre : elle nous fait régresser. La douceur et le confort fragilisent ; elles favorisent l’apparition des « maladies de civilisation » : cancers, diabètes, obésité…
  • Notre société professionnalisée pousse à intervenir au moindre déséquilibre observé. Pourtant, l’absence d’action, ou tout du moins la simplicité et le repos, s’avèrent être des options souvent pertinentes.
  • De plus en plus de professions intègrent un système de bonus fondé sur le rendement, ce qui amplifie cette tendance problématique.
  • Parfois, un excès d’intervention comprend une forme de tromperie. Une personne sera plus facilement convaincue par un discours du type « regardez ce que j’ai fait pour vous » que par un discours du type « regardez ce que je vous ai épargné ».

 

Enfants sante Antifragile2

 

Quelques extraits en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement »

Ce qui doit nous inquiéter, c’est l’incitation au traitement excessif de la part des entreprises pharmaceutiques, des lobbies et de groupes d’intérêts particuliers. […] primum non nocere (« d’abord, ne pas nuire ») est un premier principe que l’on attribue à Hippocrate et qui fait partie du célèbre serment que doit prêter tout médecin le jour où il commence à exercer. Il a juste fallu environ vingt-quatre siècles à la médecine pour qu’elle mette correctement en œuvre cette brillante idée.

J’ai cherché dans l’histoire des héros dont l’héroïsme tenait à ce qu’ils n’avaient pas fait, mais il est difficile d’observer la non-action ; et de fait, j’ai eu du mal à en trouver un. Le médecin qui s’abstient d’opérer le dos de quelqu’un (une opération chirurgicale très coûteuse), afin de lui permettre de se rétablir de lui-même, ne sera pas récompensé et jugé aussi favorablement que le médecin qui estime l’intervention indispensable et qui soulage ensuite son patient tout en l’exposant aux risques de l’opération, s’octroyant au passage une belle récompense financière. C’est évidemment le second médecin qui se retrouve au volant d’une Rolls-Royce.

Le véritable héros […], c’est celui qui empêche une catastrophe et, naturellement, comme la catastrophe n’a pas lieu, il n’en obtient aucune reconnaissance, ni gratification.

Les psychologues et les économistes qui étudient l’« irrationalité » ne se rendent pas compte que les êtres humains n’ont peut-être l’instinct de temporiser que lorsqu’aucune vie n’est en danger. Je ne temporise pas si je vois surgir un lion dans ma chambre à coucher ou si un incendie se déclare dans la bibliothèque de mon voisin. Je ne temporise pas en cas de blessure grave. Mais je temporise quand il s’agit d’obligations et de procédures contre nature. Il m’est arrivé de temporiser en reportant une opération à la moelle épinière à la suite d’une blessure au dos ; et des vacances en randonnée dans les Alpes, suivies de séances de culturisme, m’ont tiré d’affaire et complètement guéri. Mais les psychologues et les économistes voudraient que je détruise l’instinct naturel (mon détecteur de conneries intérieur) qui m’a permis de retarder une opération facultative et de minimiser les risques : c’est un affront à l’antifragilité du corps humain.

Plus on observe fréquemment des données, plus on est disproportionnellement exposé au bruit (plutôt qu’à l’élément important : le signal), et plus le rapport bruit sur signal sera dès lors élevé. Il existe d’ailleurs un type de confusion qui, loin d’être psychologique, est inhérent à l’ensemble des données. Mettons que vous observiez des informations sur une base annuelle […]. Supposons ensuite que ce que vous observez à raison d’une fois par an ait un rapport signal sur bruit de l’ordre d’un pour un (moitié bruit, moitié signal), ce qui signifie que les changements sont environ pour moitié de véritables améliorations ou de véritables dégradations, l’autre moitié étant aléatoire. Ce rapport est le résultat de vos observations annuelles. Mais si vous observez ces mêmes données sur une base quotidienne, la proportion passe à 95 % de bruit pour 5 % de signal. Et si vous les observez sur une base horaire, comme le font les gens qui se plongent dans les nouvelles et les variations des prix du marché, le ratio devient 99,5 % de bruit pour 0,5 % de signal. Autrement dit, deux cent fois plus de bruit que de signal, ce qui explique pourquoi tous ceux qui prêtent attention aux nouvelles (à l’exception des événements significatifs d’une très grande importance) sont des gogos, ou presque.

En médecine, nous découvrons à présent les vertus curatives du jeûne, en tant qu’il permet de nous épargner les poussées hormonales associées à l’ingestion de la nourriture. Les hormones transmettent des informations aux différentes parties de notre système, et s’il y en a trop, notre métabolisme est perturbé. Ici aussi, comme dans le cas de la réception de nouvelles à une fréquence trop élevée, une trop grande quantité d’informations devient nocive : les actualités et le sucre perturbent notre système de la même manière.

Si l’on fait plus de profit quand on a raison que l’on ne subit de préjudice quand on a tort, on bénéficie à long terme de la volatilité (et inversement).

Lorsqu’on est fragile, on a besoin de savoir beaucoup plus de choses que lorsqu’on est antifragile. Inversement, quand on se croit plus savant qu’on ne l’est, on est fragile (face à l’erreur).

Alors que l’on demandait à E. O. Wilson, biologiste et intellectuel, ce qui constituait le principal obstacle au développement des enfants, il répondit : « la mère poule ».

Son argument est que les mères poules répriment la biophilie naturelle des enfants, leur amour de la vie. Mais le problème est plus vaste : les mères poules tentent d’éliminer de la vie de leurs enfants les phases d’essai-erreur, l’antifragilité, et de les éloigner de l’écologique pour les transformer en polards travaillant sur des cartes préexistantes de la réalité (compatibles avec les mères poules). Ce sont de bons étudiants, mais des polards – c’est-à-dire des ordinateurs, mais en plus lents. Qui plus est, ils ne sont absolument pas préparés à affronter l’ambiguïté. Enfant de la guerre civile, je ne crois pas à un apprentissage structuré – je suis, de fait, convaincu que l’on peut être intellectuel sans être polard, à condition de remplacer la salle de classe par une bibliothèque privée, et de passer du temps à flâner sans but (mais de manière rationnelle), en tirant parti de ce que le hasard peut nous offrir à l’intérieur et à l’extérieur de notre bibliothèque. À condition de posséder la rigueur nécessaire, on a besoin du hasard, du désordre, de péripéties, de l’incertitude, de la découverte de soi, d’épisodes quasi-traumatisants – de toutes ces choses qui font que la vie vaut la peine d’être vécue, comparée à l’existence structurée, fausse et vaine d’un PDG affligé d’un costume vide, d’un emploi du temps établi à l’avance et d’un réveille-matin.

 

La suite de cette chronique se trouve ici : Comment rendre nos enfants « Antifragiles » avec Nassim Nicholas Taleb (3/5)

 

Cette chronique met en avant l’importance d’entourer les enfants d’un environnement naturel et de les protéger des substances préoccupantes. Ce blog a pour mission de vous aider et de vous accompagner dans votre démarche ! Pour vos premiers pas, vous pouvez vous appuyer sur le guide gratuit téléchargeable ci-dessous.

Photo par Adrian Clark

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Sensibiliser les enfants avec des livres illustrés ? Ca m'intéresse !
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