Comment réduire l’exposition des enfants aux résidus de pesticides présents dans les fruits et légumes (2/2)

Les enfants rencontrent des pesticides au quotidien et ont des susceptibilités uniques à leur potentielle toxicité. […] Des résultats d’études épidémiologiques montrent des associations entre l’exposition aux pesticides dans les premières années de vie et des cancers pédiatriques, des fonctions cognitives diminuées, et des problèmes comportementaux. – Académie américaine de pédiatrie (American Academy of Pediatrics (AAP)) [1]

[parlant des résidus de pesticides dans l’alimentation] Ce sont de faibles doses, mais à répétition et pendant de longues périodes, qui vont avoir des conséquences à long terme comme le développement de cancers ou le dérèglement des systèmes endocrinien, neurologique, reproducteur, etc. – Onil Samuel, toxicologue à l’Institut national de santé publique du Québec [2]

 

Bonjour à tous !residus-pesticides-sante-enfants3

Dans un article précédent (Comment réduire l’exposition des enfants aux résidus de pesticides présents dans les fruits et légumes (1/2)), je vous ai présenté une possibilité pour maîtriser le surcoût lié à l’achat de fruits et légumes issus de l’agriculture biologique : il s’agit d’appliquer le principe 20/80, soit d’acheter « bio » en priorité les fruits et légumes qui contiennent le plus de résidus de pesticides. L’article présentait successivement :

  • une série de critères approximatifs, permettant de se faire une première idée sur la teneur en résidus d’un fruit ou d’un légume ;
  • deux listes publiées par l’Organisation non-gouvernementale américaine Environmental Working Group (EWG): la liste Dirty dozen, présentant les fruits et légumes les plus contaminés, et la liste 15 Clean, présentant les fruits et les légumes les moins contaminés.

Ces deux listes sont très connues et souvent citées comme référence. Néanmoins, elles se basent sur des données portant sur les fruits et les légumes américains, potentiellement différentes de celles des autres pays.

Chacun peut se renseigner sur les données existantes pour le pays où il vit. Vous le savez, ma famille et moi habitons en France : existe-t-il des sources d’informations plus spécifiques ? Après quelques recherches, j’en ai trouvé deux.

 

Une première source de données est l’Union Européenne, et plus particulièrement l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA – European Food Safety Authority), dont la mission est de « fournir des avis scientifiques et [de] communiquer sur les risques existants et émergents associés à la chaîne alimentaire. » [3]. Ses activités consistent notamment à « recueillir des données et connaissance scientifiques » et à les diffuser aux « consommateurs européens ».

En 2015, l’EFSA a publié un rapport sur les résidus de pesticides présents dans les aliments de l’Union Européenne en 2013 [5]. Ce rapport synthétise les résultats obtenus par les services de chaque Etat, portant sur environ 81 000 échantillons et environ 700 pesticides. Des résidus de plus d’un pesticide ont été trouvés dans plus d’un quart des échantillons.

Chaque Etat a ses propres règles de contrôle et ses propres spécificités de mesures (produits, pesticides, nombre d’échantillons…), ce qui rend délicat un exercice de comparaison, l’interprétation de données agrégées et l’ambition d’obtenir une vision représentative de la situation européenne. Dans ce cadre, l’Union européenne a mis en place un programme de contrôle coordonné entre 2013 et 2105 [6], portant sur 12 produits alimentaires, dont les fruits et légumes suivants : pommes, choux, poireaux, laitues, pêches (dont les nectarines), seigle, avoine, fraise et tomates. Pour ces produits, le programme couvrait un total 191 pesticides. Des échantillons contenant plus d’un résidu de pesticides ont été trouvés pour chacun de ces produits. Les produits avec le pourcentage le plus élevé d’échantillons comprenant de multiples résidus de pesticides sont les fraises (63 %), les pêches (53 %), les pommes (46 %) et les laitues (36 %).

 

Une seconde source de données est l’Etat français, et plus particulièrement la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), dont la mission est notamment d’ « élaborer et [de] mettre en œuvre des plans de contrôle d’initiative nationale ou régionale » et de « réaliser les contrôles répondant aux obligations communautaires » [4]. Sur son site Internet ou sur celui de l’Observatoire des Résidus de Pesticides (ORP) [7], je n’ai trouvé que des synthèses de campagnes de mesures, mettant l’accent sur les éventuels dépassements de seuils réglementaires, sans fournir le détail des teneurs par produits. Un classement type « Dirty Dozen » n’a donc pas été possible avec des données françaises. Néanmoins le Ministère en charge de l’environnement, sur sa page « Questions / Réponses sur les pesticides », présente un tableau sobrement appelé « Présence de résidus de pesticides dans les produits alimentaires », en précisant que les données proviennent de la DGCCRF et datent de 2008. Le voici :

 

residus-pesticides-sante-enfants5

 

Le tableau n’est accompagné d’aucun commentaire, alors qu’il présente des données qui pourraient surprendre (choquer ?) un lecteur découvrant ces informations… moi par exemple 🙂 : environ 20 % de non-conformité pour le raisin ?!? Plus de 10 % de non-conformité pour les poivrons et les poires ?!?

 

residus-pesticides-sante-enfants4

 

Que retenir au final ? Les éléments présentés me semblent permettre de se construire un premier avis. Personnellement, en croisant ces différents critères/listes/mesures, en tant que père de deux jeunes enfants (1 et 4 ans), je fais particulièrement attention à acheter « bio » les fruits et légumes suivants : baies (dont les fraises), pommes, poires, raisins, poivrons, légumes-feuilles (salades, blettes, kale, épinards, etc.), pêches, nectarines, abricots, cerises, tomates, céleri, pommes de terre, concombres… Et voici les fruits et légumes auxquels j’attribue un second niveau de priorité : avocats, bananes, ananas, petits pois, oignons, asperges, mangues, choux fleurs, citrons, carottes, kiwis, melons, pamplemousses, oranges, navets, patates douces, fruits secs, pastèques…

 

Je termine cet article en rappelant que ces considérations « 20/80 » se placent dans le cadre de la thématique générale « santé-environnement » de ce blog : elles prennent leur sens au regard du souhait de diminuer l’exposition de ses enfants aux résidus de pesticides, quand le budget disponible est limité. D’autres raisons peuvent inciter à consommer des aliments issus de l’agriculture biologique : protection de l’environnement et de la biodiversité, protection de la santé des agriculteurs et de leurs familles… avec un budget potentiellement non contraint ! Au regard de ces autres aspects, la consommation de produits bio pourra être aussi étendue que possible.

 

La réduction de l’utilisation, des risques et des impacts des produits phytopharmaceutiques demeure nécessaire, au regard de l’évolution des connaissances depuis 2008 sur leurs effets sur la santé humaine, en particulier celle des utilisateurs, mais aussi sur l’environnement, la biodiversité et les services écosystémiques qui en dépendent, par exemple les pollinisateurs. – Plan national « Ecophyto II » – 2015

 

Et vous, quels sont les fruits et légumes que vous achetez bio en priorité ? Si vous êtes lecteur/trice de ce blog, j’imagine que vous vous êtes déjà posé la question : partagez vos retours d’expérience dans les commentaires !

Photos par Clyde Robinson et GUERIN Henri

Références :

  1. Forman J, Silverstein J, Committee on nutrition, council on environmental health – American Academy of Pediatrics (AAP). Organic Foods: Health and Environmental Advantages and Disadvantages. Pediatrics
  2. Roberts J, Karr C, Council on Environmental Health – American Academy of Pediatrics (AAP). Pesticide Exposure in Children. Pediatrics
  3. Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA). En bref – https://europa.eu/european-union/about-eu/agencies/efsa_fr (consulté le 05/11/2016).
  4. Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF). Présentation de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) – http://www.economie.gouv.fr/files/files/directions_services/dgccrf/dgccrf/diaporamas/2016/presentation-fr-dgccrfoctobre2016.ppt (consulté le 05/11/2016).
  5. European Food Safety Authority. The 2013 European Union report on pesticide residues in food. EFSA Journal 2015; 13(3):4038 [169 pp.]. DOI: 10.2903/j.efsa.2015.4038
  6. Journal officiel de l’Union européenne 1.9.2012. RÈGLEMENT D’EXÉCUTION (UE) No 788/2012 DE LA COMMISSION du 31 août 2012 concernant un programme de contrôle, pluriannuel et coordonné, de l’Union pour 2013, 2014 et 2015, destiné à garantir le respect des teneurs maximales en résidus de pesticides dans et sur les denrées alimentaires d’origine végétale et animale et à évaluer l’exposition du consommateur à ces résidus – http://eur-lex.europa.eu/LexUriServ/LexUriServ.do?uri=OJ:L:2012:235:0008:0027:EN:PDF (consulté le 05/11/2016)
  7. Observatoire des Résidus de Pesticides. Données 2010 – Surveillance et contrôles réalisés par la DGCCRF – http://www.observatoire-pesticides.gouv.fr/index.php?pageid=444&ongletlstid=497
  8. Plan ECOPHYTO II – 20 octobre 2015 – http://agriculture.gouv.fr/sites/minagri/files/151022_ecophyto.pdf
  9. Plan National Nutrition Santé (PNNS) – http://www.mangerbouger.fr/PNNS
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4 Commentaires

  1. Pingback: Pollutions chimiques dans notre environnement quotidien : l’enquête de Fabrice Nicolino (4/4)

  2. Yum

    Bonjour Guillaume,
    Merci, je note la liste des fruits et légumes à acheter bio en priorité pour mes futures courses ! 🙂

    Répondre
    1. Guillaume (Auteur de l'article)

      Bonjour Yum
      ok cool 😉
      Après, si tu peux te le permettre et si tu veux pousser la prudence un cran plus loin, tu peux tous les acheter bio ! 🙂

      Répondre
  3. Pingback: « Et la santé de nos enfants, alors ? » ' l'avis de Générations Cobayes (2/4)

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