Comment réduire l’exposition des enfants aux résidus de pesticides présents dans les fruits et légumes (1/2)

On mange tellement de choses toxiques, que ce n’est pas « bon appétit » que j’ai envie de dire aux gens, mais « bonne chance ». – Pierre Rhabi

On a observé que les enfants qui avaient un TDAH [Trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité] avaient davantage de résidus de pesticides dans leur urine. On ne peut pas nécessairement conclure que les pesticides sont l’unique cause de leur hyperactivité, mais ça sonne un signal d’alarme. – Maryse Bouchard, professeure au Département de santé environnementale et au travail de l’Université de Montréal

 

Bonjour à tous !residus-pesticides-sante-enfants

Manger des aliments issus de l’agriculture biologique, des aliments « bio », permet de réduire l’exposition de ses enfants aux résidus de pesticides [1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 13-23]. Malheureusement, en pratique, manger « bio » coûte plus cher : tous les budgets ne peuvent pas se le permettre. Comment concilier le souhait de protéger ses enfants et le besoin de limiter ses dépenses ? Une première réponse pourrait être de faire appel au principe 20/80. En d’autres termes, l’objectif serait d’identifier les 20% d’aliments qui génèrent 80 % de l’exposition aux résidus de pesticides.

 

Evidemment, la réponse dépend des habitudes alimentaires de chaque enfant. D’une manière générale, plus un aliment est consommé en routine, plus le choisir bio diminuera l’exposition totale. Le principe 20/80 invite donc à identifier les aliments les plus consommés, puis à y consacrer les efforts budgétaires en priorité.

 

L’exposition totale dépend aussi de la concentration en résidus de pesticides de chaque aliment : peut-on connaitre les aliments qui contiennent le plus de résidus de pesticides ?

En première approche, un aliment devrait contenir un niveau significatif de résidus de pesticides s’il présente une ou plusieurs des caractéristiques suivantes :

  • une présence au-dessus du sol. Selon Claude Aubert, ingénieur agronome et un des pionniers de l’agriculture biologique en France, « L’essentiel des pesticides, et particulièrement des insecticides, est utilisé à l’extérieur. Ils sont déposés sur les fruits et légumes via un pulvérisateur. C’est pourquoi les végétaux poussant à l’intérieur de la terre, tels que les pommes de terre, sont moins susceptibles d’être contaminés» [8, 11] ;
  • une grande surface au contact de l’air [10]. Par exemple : épinards, laitues, blettes, chou kale, laitue, etc. En plus d’être potentiellement exposés à de plus grandes quantités de pesticides, les légumes à grande surface demandent souvent plus d’effort pour être bien lavés ;
  • une peau fine et classiquement consommée. Par exemple : poivrons, fraises, pommes, pêches, tomates, céleri, etc. [10]

Ces critères de choix sont qualitatifs et imprécis. Notamment, ils ne tiennent pas compte des pratiques agricoles, qui diffèrent selon le type de plantes cultivées. Néanmoins, en première approche, ils peuvent constituer des points de repère utiles.

 

Existe-t-il des classements de fruits et légumes selon leur teneur en pesticides ?

Le Environmental Working Group (EWG, en français : le Groupe de travail environnemental) est une organisation non-gouvernementale américaine, à but non lucratif, dont la mission est « de permettre aux gens de vivre une vie plus saine dans un environnement plus sain » [9]. « Les substances chimiques et la santé humaine » est un de ses domaines d’intervention privilégiés.

Tous les ans, EWG publie une liste des fruits et les légumes contenant la plus grande « charge » en résidus de pesticides. Pour un fruit ou un légume, cette charge intègre trois aspects :

  • le poids total de résidus par kg,
  • le nombre de résidus différents par kg,
  • le % de mesures officielles où au moins un pesticide a été détecté.

Cette liste se base sur les données du Ministère de l’agriculture des Etats-Unis (United States Department of Agriculture, USDA) et de l’Agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux (Food and Drug Administration, FDA). Voici une traduction de la version 2016.

 

Residus-pesticides-sante-enfants2

 

On commence par « Les 12 salopards » (« the Dirty Dozen »), en référence au célèbre film de Robert Aldrich, avec Lee Marvin et Charles Bronson. Il s’agit des fruits et légumes qui contiennent la plus grande charge en résidus de pesticides.

  1. Fraises
  2. Pommes
  3. Nectarines
  4. Pêches
  5. Céleri
  6. Raisins
  7. Cerises
  8. Epinards
  9. Tomates
  10. Poivrons
  11. Tomates cerises
  12. Concombres

En complément, sur la base de ses propres mesures, EWG indique que « la pomme de terre moyenne contient plus de pesticides par kg que tout autre fruit et légume ». La pomme de terre pourrait donc constituer un contre-exemple aux règles qualitatives évoquées plus haut. Ceci suggèrerait qu’une quantité significative de pesticides est également utilisée après la récolte : transport, stockage, etc. [11]

A présent, voici « les 15 propres » (« the Clean 15 »), c’est-à-dire les fruits et légumes qui contiennent la plus faible charge en résidus de pesticides.

  1. Avocats
  2. Maïs
  3. Ananas
  4. Chou
  5. Petits pois
  6. Oignons
  7. Asperges
  8. Mangues
  9. Papayes
  10. Kiwis
  11. Aubergine
  12. Melon jaune
  13. Pamplemousse
  14. Melon orange
  15. Chou-fleur

 

La semaine dernière, ma sœur m’a demandé : avec tous ces pesticides, faut-il encore manger des fruits et légumes issus de l’agriculture conventionnelle (« au moins cinq par jour » d’après le Plan National Nutrition Santé (PNNS) [12]) ? EWG répond très clairement à cette question : oui. « Les bénéfices pour la santé d’un régime riche en fruits et légumes surpasse les risques liés à l’exposition aux pesticides. [Néanmoins] réduisez votre exposition autant que possible ».

Une précision intéressante : EWG indique que les données produites par l’USDA portent sur des mesures réalisées sur des fruits et légumes « tels qu’ils sont typiquement mangés. Cela veut dire lavés et, quand applicable, épluchés. Par exemple, les bananes sont épluchées avant la mesure, et les myrtilles et les pêches sont lavées [Pas de précision sur des cas moins évidents : est-ce que les pommes sont considérées comme typiquement épluchées ? ;)] Souvenez-vous, si vous ne lavez pas les fruits et légumes provenant de l’agriculture conventionnelle, le risque d’ingestion de pesticides est plus grand que celui reflété par les données officielles ».

 

Les listes « 12 salopards » et « 15 propres » sont très connues et souvent citées ; elles bénéficient d’une large couverture médiatique aux Etats-Unis. Elles sont mêmes qualifiées de « ressources fiables » par l’Académie Américaine de Pédiatrie [1]. Néanmoins, la plupart d’entre nous n’habite pas aux Etats-Unis : les mesures utilisées par EWG ne correspondent donc pas aux mesures faites dans les aliments que nous mangeons. Y-a-t-il des sources d’informations plus spécifiques lorsqu’on habite en France par exemple ? C’est ce que verrons à l’occasion d’un prochain article.

 

Et vous, quels sont les fruits et légumes que vous achetez bio en priorité ? Si vous êtes lecteur/trice de ce blog, j’imagine que vous vous êtes déjà posé la question : partagez vos retours d’expérience dans les commentaires !

Photos par Dave Shafer et David Lenker

Références :

  1. Forman J, Silverstein J, Committee on nutrition, council on environmental health – American Academy of Pediatrics (AAP). Organic Foods: Health and Environmental Advantages and Disadvantages. Pediatrics
  2. Roberts J, Karr C, Council on Environmental Health – American Academy of Pediatrics (AAP). Pesticide Exposure in Children. Pediatrics
  3. McCullum-Gómez Commentary: Role of Organically Produced Foods in Reducing Exposure to Synthetic Pesticides in Children’s Diets. Diabetes Spectrum 2010 ; 23(4): 254-258. http://dx.doi.org/10.2337/diaspect.23.4.254
  4. Lu C, Toepel K, Irish R, Fenske RA, Barr DB, Bravo R. 2006. Organic diets significantly lower children’s dietary exposure to organophosphorous pesticides. Environmental Health Perspectives 114(2): 260-3.
  5. Lu C, Barr DB, Pearson MA, Waller LA. 2008. Dietary intake and its contribution to longitudinal organophosphorous pesticide exposure in urban/suburban children. Environmental Health Perspectives 116(4): 537-42.
  6. Servan Schreiber D. Anticancer. Robert Laffont
  7. Chevallier L. Le livre antitoxique. Fayard
  8. Aubert C. Manger bio c’est mieux ! : Nouvelles preuves scientifiques à l’appui… Terre Vivante Editions
  9. Site Internet de The Environmental Working Groupconsulté le 20/05/2016 ; page « à propos » (About us) – http://www.ewg.org/about-us ; EWG’s 2016 Shopper’s Guide to Pesticides in Produce – https://www.ewg.org/foodnews/list.php.
  10. Sisson M. Le modèle paléo : Renouez avec le seul mode de vie adapté à l’espèce humaine. Thierry Souccar Editions
  11. Vasseur V, Thévenot C. Désintoxiquez-vous : Ce guide peut vous sauver la vie. Flammarion
  12. Plan National Nutrition Santé (PNNS) – http://www.mangerbouger.fr/PNNS
  13. Göena T, Schmidta L, Lichtensteigerb W, Schlumpf M. Efficiency control of dietary pesticide intake reduction by human biomonitoring. International Journal of Hygiene and Environmental Health 2016.
  14. Johansson E, Hussain A, Kuktaite R et al. Contribution of organically grown crops to human health. Int. J. Environ. Res. Public Health 2014 ; 11, 3870-3893.
  15. Kimata A, Kondo T, Ueyama J et al. Relationship between dietary habits and urinary concentrations of 3-phenoxybonzoic acid in a middle-aged and elderly general population in Japan. Environ. Health Prev. Med. 2009 ; 14, 173–179
  16. McKelvey W, Jacobson JB, Kass D at al. Population-based biomonitoring of exposure to organophosphate and pyrethroid pesticides in New York City. Environ. Health Perspect. 2013.
  17. Wielgomas B. Variability of urinary excretion of pyrethroid metabolites in seven persons over seven consecutive days—Implications for observational studies. Toxicol. Lett. 2013 ; 221, 15– 22
  18. Morgan M, Jones PA. Dietary predictors of young children’s exposure to current-use pesticides using urinary biomonitoring. Food Chem. Toxicol. 2013 ; 63,131-141
  19. Macintosh DL, Kabiru C, Echols SL et al. Dietary exposure to chlorpyrifos and levels of 3,5,6-trichloro-2-pyridinol in urine. J. Exp. Anal. Environ. Epidemiol. 2001 ; 11, 279 – 285
  20. Lu C, Toepel K, Irish R. Organic diets significantly lower children’s dietary exposure to organophosphorus pesticides. Environ. Health Perspect. 2006 ; 114, 260-263
  21. Oates L, Cohen M, Schembri A et al. Reduction in urinary organophosphate pesticide metabolites in adults after a week-long organic diet. Environ. Res. 2014 ; 132, 105-111
  22. Bradman A, Quirós-Alcalá L, Castorina R et al. Effect of Organic Diet Intervention on Pesticide Exposures in Young Children Living in LowIncome Urban and Agricultural Communities. Environ Health Perspect 2015.
  23. Magnér J, Wallberg P, Sandberg J et al. Human exposure to pesticides from food – A pilot study. Report of the Swedish Environmental Research Institute (IVL) 2015. NR U 5080, IVL, Stockholm
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...

13 Commentaires

  1. CécileD

    Tout d’abord bonne année Guillaume ! ça fait longtemps que je n’ai pas commenté mais je suis toujours tes articles !
    Nous avons fait le choix de manger au maximum bio ; nous sommes inscrits à une AMAP qui distribue des légumes donc légumes de saison bios (parfois ce n’est pas très fun – surtout en hiver – et de temps en temps je complète avec des surgelés bio genre épinards ou haricots verts). En comparant avec le prix d’un panier « classique », ça ne me paraît pas plus cher au final.
    Les fruits sont en majorité achetés en magasin bio également. Là par contre budget un peu plus élevé.Je fais exception sur les agrumes en général (jus de citron et d’orange matinal donc ça fait de la quantité !)
    De manière générale, depuis que nous nous intéressons à ce que nous mangeons, je fais beaucoup plus attention à « mon caddie » et j’achète beaucoup moins de nourriture qu’avant. Je suis un peu « à flux tendu », je fais mes courses une fois par semaine pour la semaine avec, en général, un ou deux plats qui seront mangés en plusieurs fois. ça permet de faire aussi des économies d’argent et de temps ! Et donc de pouvoir dépenser un peu plus pour acheter du bio !

    Répondre
    1. Guillaume (Auteur de l'article)

      Bonne année Cécile !
      Merci pour le retour d’expérience.
      Mon AMAP m’aide aussi à baisser l’addition globale. A côté de chez moi je viens de découvrir un « au bout du champ », qui si je comprends bien fournit des fruits et légumes cueillis le matin et directement apportés par le producteur. Sur les horaires il y a marqué un truc du genre « il est possible que nous soyons un peu en retard parfois à cause du trajet à faire en tracteur » 😀

      Répondre
  2. Josiane Ribail

    Bonjour, merci pour vos articles trés interessants. Une suggestion : pour un prochain article : comment bien laver les fruits et legumes ne pouvant pas etre epluches ? A bientot

    Répondre
    1. Guillaume (Auteur de l'article)

      Bonjour Josiane et merci 🙂
      Je souris en lisant votre commentaire car c’est une question que je me pose et sur laquelle je ne me suis pas encore vraiment penché. A priori je n’attends pas de miracle, puisque des dizaines d’années de travaux sur les pesticides ont, j’imagine, généré des produits qui ne s’enlèvent pas avec un simple passage à l’eau. Si vous avez des conseils ou des informations à ce sujet, je suis preneur !

      Répondre
      1. Yum

        Bonjour!
        J’avais entendu parler de trempage des fruits et légumes avec du vinaigre ou du bicarbonate de soude… Mais je ne sais pas s’il y a eu des expériences avec mesures avant / après pour évaluer quantitativement l’efficacité de ce lavage!

        Répondre
        1. Guillaume (Auteur de l'article)

          Moi aussi j’ai déjà entendu des personnes évoquées ces procédés… mais aucune témoignant qu’elle mettait ça concrètement en oeuvre chez elle (« trop lourd », « pas le temps »)A ce stade je ne sais pas trop quoi en penser non plus… à approfondir !

          Répondre
  3. FX

    Je pratique un producteur local non Bio mais raisonné et à qui je demande simplement s’il a traité et combien de fois. Je le connais depuis longtemps et je le crois sincère! Cela me permet d’acheter les salades chez lui non traitées ou d’arbitrer pour une BIO si non. Les pommes reçoivent selon les années 0 à 3 traitement contre 12 à 15 pour celles en conventionnel vendues en grandes surfaces. Je connais les liste citées par Guillaume mais j’ai souvent du mal à m’en souvenir au moment des courses, je crois que je vais prendre la résolution de les avoir dans mon Smartphone! Je suis très intéressée par l’article à venir sur une version française de ces listes. Merci Guillaume!

    Répondre
    1. Guillaume

      Hello Fx
      Merci pour le retour d’expérience 🙂
      Perso je ne les ai pas par coeur en tête non plus. Au moment du choix, je me remémore les principes qualitatifs du début d’article, et puis l’habitude fait le reste !

      Répondre
  4. Richard

    Si j’ai bien compris, le fait de laver ou éplucher les fruits ou légumes traités par des pesticides n’a pas d’efficacité. Est ce que ces produits passent au travers de la peau des fruits et se retrouvent dans leur pulpe?
    Y a t’il eu quelque étude à ce sujet?
    Article très intéressant.
    Richard

    Répondre
    1. Guillaume

      Bonjour Richard
      Je ne connais pas l’efficacité associée au rinçage, j’imagine que cela ne suffit pas à enlever la majeure partie des pesticides.
      Je suppose l’épluchage bien plus efficace. Le problème est qu’un grand nombre de micronutriments partent avec la peu.
      Sujet qui n’à pas l’air simple haha… à approfondir !
      Guillaume Article récent : Comment réduire l’exposition des enfants aux résidus de pesticides présents dans les fruits et légumes (1/2)My Profile

      Répondre
  5. Pingback: Comment réduire l’exposition des enfants aux résidus de pesticides présents dans les fruits et légumes (2/2)

  6. Pingback: Pollutions chimiques dans notre environnement quotidien : l’enquête de Fabrice Nicolino (3/4)

  7. Pingback: Pollutions chimiques dans notre environnement quotidien : l’enquête de Fabrice Nicolino (4/4)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

CommentLuv badge

Sensibiliser les enfants avec des livres illustrés ? Ca m'intéresse !
Hello. Add your message here.