Comment protéger les enfants des pesticides présents dans l’environnement du quotidien (2/6)

Les pesticides neurotoxiques sont susceptibles de nuire au développement cérébral même à faible dose. – Pr Philippe Grandjean

Toute substance active a des effets secondaires, c’est ce qui ressort de toutes les études portant sur les médicaments. Quand c’est le cas pour des substances qui sont créées pour soigner, comment voulez-vous que cela ne soit pas le cas pour de substances comme les pesticides et les biocides qui sont créées dans l’objectif de tuer des êtres vivants ? C’est juste qu’elles sont beaucoup moins étudiées avant d’être mises sur le marché. – Gilles-Eric Séralini

 

Bonjour à tous !Pesticides enfants sante environnement4

Cet article est le deuxième d’une série portant sur les risques liés à la présence de pesticides dans l’environnement du quotidien, considérés du point de vue de parents souhaitant protéger la santé de leurs enfants. Le premier article de la série a fait une présentation générale des pesticides : définition, utilisations, principales familles, etc. Ce deuxième article porte sur les effets potentiels (dangers) des pesticides.

 

Parmi les substances chimiques fabriquées par l’Homme, les médicaments et les pesticides présentent un point commun : l’hypothèse par défaut est celle d’un effet sanitaire plutôt que d’une absence d’effet [1-3], parce qu’elles sont conçues pour agir sur le vivant.

L’étymologie du mot « pesticides », des termes latins « pestis » (fléau) et « caedere » (tuer), rappelle que leur fonction est d’être nocif pour des organismes vivants [4, 5]. Les cibles visées sont des organismes considérés comme nuisibles. Pourtant, puisque ces organismes peuvent partager certains mécanismes de fonctionnement avec d’autres organismes vivants, dont les êtres humains, les pesticides présentent certains dangers pour la santé [2-7].

 

 

Les effets potentiels sont nombreux et de différents types, notamment car les pesticides constituent une famille incluant des milliers de produits [6, 8, 9]. Les dangers des pesticides peuvent être mis en évidence, principalement, par des expériences de laboratoire (tests toxicologiques), sur des cellules ou sur des animaux, et par des études sur les êtres humains (études épidémiologiques).

De nombreuses études portent sur les effets des pesticides ; chacune a ses points forts et ses points faibles. Dans ce contexte de nombreuses données disponibles, certains chercheurs et experts réalisent des revues de littérature sur des aspects particuliers. Ces revues présentent une analyse critique des données existantes. Parmi ces revues, celles pilotées par un groupe d’experts pluridisciplinaires me semblent apporter le plus de robustesse : on parle d’expertise collective. En France, en matière de risque en santé environnementale, la plupart des expertises collectives sont réalisées par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) [10] et par l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) [11].

 

Concernant les dangers associés aux expositions aiguës (accidentelles), les effets cliniques incluent : exacerbations de l’asthme, toux, essoufflement, irritation des yeux, nausée, vomissement et maux de tête [8].

Concernant les dangers associés aux expositions chroniques, à ce stade, l’expertise collective réalisée par l’Inserm en 2013 [5], à la demande de la Direction générale de la santé (DGS), constitue l’expertise de référence pour les pouvoirs publics [3, 12-14]. Ces principales conclusions peuvent être résumées ainsi :

  • un niveau de preuves robuste suggère une association entre l’exposition professionnelle à des pesticides et certaines pathologies chez l’adulte : maladie de Parkinson, cancer de la prostate et certains cancers hématopoïétiques (lymphome non Hodgkinien, myélomes multiples) ;
  • un niveau de preuves robuste suggère que les expositions au cours de la période prénatale et périnatale, ainsi que pendant la petite enfance, sont « particulièrement à risque pour le développement de l’enfant». En particulier, les niveaux de preuves les plus forts concernent les associations suivantes :
    • exposition professionnelle aux pesticides (sans distinction) pendant la grossesse avec malformations génitales, certaines tumeurs et le risque de morts fœtales (fausses-couches) ;
    • exposition associée au lieu de résidence en période prénatale et leucémies ;
    • expositions au domicile (proximité avec des utilisations extérieures de pesticides, usage domestique…) à des pesticides organophosphorés et perturbation du développement du système nerveux : effets neurocognitif (quotient intellectuel, mémoire de travail…) et neurocomportementaux (capacité d’attention, hyperactivité…).

Concernant les associations portant sur les enfants, ces types d’effets sont également mis en avant par l’Anses [15] et par l’Académie américaine de pédiatrie [16], avec un accent particulier sur les effets neurotoxiques, notamment sur le cerveau en développement.

 

Au-delà de situations d’exposition particulières, certains pesticides :

  • peuvent perturber le fonctionnement du système hormonal [2, 16-23] ;
  • sont classés cancérigènes certains, probables ou possibles [16, 23-25].

 

Pesticides enfants sante environnement3

 

Depuis la publication de l’expertise de l’Inserm :

  • d’autres revues de littérature ont été publiées. Leurs conclusions incluent :
    • un lien est probable entre l’exposition prénatale aux pesticides, en particulier organophosphorés et, dans une moindre mesure, pyréthrinoïdes, et le risque de troubles du spectre autistique [23, 26],
    • les données scientifiques en faveur d’une association entre l’exposition in utero et le risque de cancers (système nerveux central et leucémies) chez les enfants continuent d’augmenter [23],
    • un lien est probable entre l’exposition à des organochlorés et le développement de diabète de type 2 [23, 27],
    • la cancérogénicité et les effets neurotoxiques sont les effets correspondant au plus grand nombre d’études et d’associations rapportées [24] ;
  • certains auteurs en santé environnementale ont mis en avant les aspects suivants :
    • l’exposition des parents, pendant la période prénatale, augmente le risque de malformations congénitales chez l’enfant [28, 29],
    • des nanoparticules sont intégrées à certains pesticides, sans contrôle adéquat ni étude approfondie d’innocuité [29],
    • l’exposition pendant la période intra-utérine, ainsi que pendant les premières années de vie, est associée à des baisses de quotient intellectuel [30],
    • des études épidémiologiques et des expériences animales ont établi un lien entre pesticides organochlorés/organophosphorés et troubles du spectre autistique [18],
    • l’exposition prénatale et postnatale à faibles doses a été associée à des troubles du développement neurologique, pouvant apparaître plusieurs années après l’exposition [8],
    • les expositions prénatales sont associées avec des effets persistants sur la fonction cognitive et comportementale et avec des changements dans la structure du cerveau, potentiellement irréversibles [31],
    • l’exposition pré et postnatale est liée à divers effets néfastes sur la santé : troubles du spectre autistique, diminution de la fonction cognitive, baisse du QI, problèmes d’attention, faible poids à la naissance et leucémie [32].

 

Malgré tous les travaux existants, l’évaluation des effets potentiels des pesticides reste un exercice complexe. En particulier :

  • les effets chroniques de long terme, notamment à de faibles doses d’exposition, et les effets cumulés des mélanges de substances, dits « effets cocktails», sont imparfaitement compris [2, 3, 5, 7, 12, 18] ;

A titre d’illustration, en 2018, une étude de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) [33], en association avec l’Inserm, a montré que des rats nourris pendant un an avec des aliments contenant un mélange de six pesticides courants, chacun à une dose inférieure au seuil d’innocuité en vigueur, « prennent plus de poids et présentent des perturbations métaboliques (diabète, stéatose hépatique) typiques des complications de l’obésité. »

  • d’après l’Inserm [5] :
    • le franchissement de la barrière hémato-encéphalique (qui protège le cerveau) et les effets sur le développement et le fonctionnement du système nerveux « ne sont que très partiellement connus»,
    • les effets pendant la période pré-conceptionnelle, la grossesse, la petite enfance et la période (pré-)pubertaire « sont encore insuffisamment évalués».

De plus, toujours d’après l’Inserm [5], « un pesticide peut agir, en première intention, sur un effecteur directement relié à l’action recherchée, tout en ayant la capacité d’agir sur d’autres effecteurs. Ces derniers n’étant pas, ou peu impliqués, dans le contrôle du nuisible, sont souvent méconnus ou découverts bien après que le pesticide considéré ait commencé à être employé. Les insecticides organochlorés agissant en première intention sur la transmission du signal nerveux illustrent bien cette situation, leur propriété hormonale ayant été découverte de nombreuses années après le début de leur utilisation ».

 

Des travaux de recherche complémentaires demeurent nécessaires pour mieux comprendre les effets potentiels des pesticides [5, 12, 23, 26]. Cette conclusion est soulignée par l’action n°85 du troisième Plan national santé-environnement (PNSE3) : « accentuer les efforts de recherche en matière d’effet des pesticides sur la santé, tant en population générale que professionnels » [34].

 

Voilà pour cette présentation des effets potentiels des pesticides. L’article suivant de la série va présenter les différentes expositions qui concernant la population générale, et les enfants en particulier. Il se trouve ici : Comment protéger les enfants des pesticides présents dans l’environnement du quotidien (3/6)

 

Références

  1. Slama R. Le mal du dehors – L’influence de l’environnement sur la santé. Éditions Quæ 2017.
  2. Séralini G-É. Nous pouvons nous depolluer. Editions Josette Lyon 2010.
  3. Barouki R. Utilisation des produits phytopharmaceutiques : audition du Professeur Robert Barouki, praticien hospitalier, dir. de l’unité de recherche de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM). 2017. Propos recueillis par Mission d’information commune sur l’utilisation des produits phytopharmaceutiques. http://videos.assemblee-nationale.fr/video.5332160_5a311d6c2c6b0.utilisation-des-produits-phytopharmaceutiques–mrobert-barouki-professeur-des-universites-13-decembre-2017.
  4. Bonnefoy N. Rapport d’information fait au nom de la mission commune d’information sur les pesticides et leur impact sur la santé et l’environnement – Tome 1 : Rapport. 2012.
  5. Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm). Pesticides – Effets sur la santé. Expertise collective. 2013.
  6. Frumkin H. Environmental Health: From Global to Local – 3rd Edition. Jossey-Bass 2016.
  7. Kah O. Les Perturbateurs endocriniens. Éditions Apogée 2016.
  8. Landrigan PJ, A ER. Textbook of Children’s Environmental Health. Oxford University Press 2014.
  9. Centre national de la recherche scientifique (CNRS). Découvrir l’eau – Dégradations – La pollution par les pesticides. http://www.cnrs.fr/cw/dossiers/doseau/decouv/degradation/06_pollution.htm [Consulté le : 15/10/2018]
  10. Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses). Note de cadrage sur la méthodologie de l’expertise collective à l’Anses. 2012. https://www.anses.fr/system/files/Anses_note_cadrage.pdf.
  11. Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm). Expertises collectives. https://www.inserm.fr/information-en-sante/expertises-collectives [Consulté le : 03/11/2018]
  12. Martin D, Menuel G. Rapport d’information déposé par la mission d’information commune sur l’utilisation des produits phytopharmaceutiques. Assemnlée Nationale, 2018.
  13. Desenclos J-C. Utilisation des produits phytopharmaceutiques : audition de M. Jean-Claude Desenclos, directeur scientifique adjoint au directeur général, de M. Pascal Empereur-Bissonet, directeur adjoint de la direction santé travail et de Mme Clémence Fillol, responsable de l’unité surveillance biologique des expositions et des effets à la direction santé environnement de Santé Publique France. 2017. Propos recueillis par Mission d’information commune sur l’utilisation des produits phytopharmaceutiques.
  14. Hunt A, Ortiz RA. Review and Summary of the Epidemiological Literature on Children’s Health Risks Associated with Environmental Exposures. Department of Economics and International Development University of Bath, 2014.
  15. Crèvecoeur S, Rémy S. Evaluer l’exposition des enfants aux pesticides, tout un défi ! Anses – Bulletin de veille scientifique n°24, 2014.
  16. American Academy of Pediatrics (AAP). Pediatric Environmental Health. Library of Congress 2012.
  17. Cicolella A. Toxique Planète. Le Seuil 2013.
  18. Demeneix B. Le Cerveau endommagé. Odile Jacob 2016.
  19. Demeneix B. Cocktail toxique. Odile Jacob 2017.
  20. Groupe PPR de l’EFSA (groupe scientifique sur les produits phytopharmaceutiques et leurs résidus). Scientific opinion on the identification of pesticides to be included in cumulative assessment groups on the basis of their toxicological profile. EFSA Journal, 2013. 11 (7).
  21. Halimi P. La Grande détox. Calmann-Lévy 2015.
  22. Marano F et al. Toxique ? – Santé et environnement : de l’alerte à la décision. Buchet-Chastel 2015.
  23. Bard D et al. Year Book Santé et environnement – Édition 2016. 2016.
  24. Mostafalou S, Abdollahi M. Pesticides: an update of human exposure and toxicity. 2017. 91(2): p. 549-599.
  25. Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) – Organisation mondiale de la santé (OMS). Liste des évaluations. 2018. https://monographs.iarc.fr/fr/agents-classes-par-les-monographies-du-circ-2/ [Consulté le : 04/11/2018]
  26. Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST). Pesticides et santé – Résumé du rapport réalisé au nom de l’OPECST. 2010.
  27. Evangelou E et al. Exposure to pesticides and diabetes: A systematic review and meta-analysis. Environ Int, 2016. 91: p. 60-8.
  28. Belpomme D. Comment naissent les maladies. Les Liens qui Libèrent 2016.
  29. Chevallier L. Le Livre antitoxique. Fayard 2013.
  30. Chevallier L, Aubert C. Le Guide antitoxique de la grossesse. Hachette Livre (Marabout) 2016.
  31. Landrigan PJ et al. The Lancet Commission on pollution and health. The Lancet, 2018. 391(10119): p. 462-512.
  32. NIEHS/EPA Children’s Environmental Health and Disease – Prevention Research Centers. Impact Report – Protecting Children’s Health Where They Live, Learn, and Play. U.S. Environmental Protection Agency (EPA), 2017. EPA/600/R-17/407.
  33. Lukowicz C et al. Metabolic Effects of a Chronic Dietary Exposure to a Low-Dose Pesticide Cocktail in Mice: Sexual Dimorphism and Role of the Constitutive Androstane Receptor. Environmental Health Perspectives, 2018. 126(6): p. 067007.
  34. Ministères en charge de l’environnement et de la santé. Troisième Plan National Santé Environnement (PNSE3). 2015. https://solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/pnse3_v_finale.pdf.

Photo par Mike Mozart et revertebrate

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