Comment protéger les enfants des effets de la pollution atmosphérique – perspectives

Les effets de la pollution atmosphérique sur la santé sont reconnus depuis l’épisode tragique du smog londonien de décembre 1952 où plus de quatre mille décès supplémentaires ont été associés à l’augmentation excessive, pendant cinq jours, de deux polluants atmosphériques majeurs. – Armelle Baeza-Squiban

La réglementation européenne est loin de garantir une absence d’effet sanitaire. – Rémy Slama

 

Bonjour à tousPollution atmosphérique enfants air 7-1

Cet article constitue une sorte d’ouverture, à la suite de la série consacrée à la pollution atmosphérique. A titre personnel, du point de vue d’un parent citadin qui souhaite protéger ses enfants, j’ai trouvé que les résultats collectés étaient assez maigres : même en complétant l’action des pouvoirs publics par une action au niveau individuel, en s’appuyant sur les bonnes pratiques classiquement recommandées, les expositions résiduelles à la pollution de l’air me semblent toujours significatives. Et cette exposition résiduelle est d’autant plus pénible qu’elle est subie. Comment encore augmenter le niveau de protection apporté aux enfants ? A part déménager dans une zone rurale où la qualité de l’air est bonne, je ne connais pas de solution miracle pour diminuer les expositions. Pourtant, dans certaines situations, des parents peuvent considérer qu’un déménagement présente plus d’inconvénients (perte d’emploi, éloignement d’avec la famille proche, etc.) que d’avantages. Dans ces situations, que faire ?

 

En fait, d’un point de vue plus général, les expositions résiduelles à la pollution atmosphérique mettent en évidence une problématique assez transversale : comment gérer les situations où une absence d’exposition n’est pas atteignable ? Si un cosmétique ou un désodorisant d’intérieur contient une substance dangereuse dont on veut se protéger, ne plus utiliser ces produits met fin à l’exposition. Mais dans d’autres cas, comme pour la pollution atmosphérique, une « exposition 0 » n’est pas envisageable en ville. Chercher à protéger ses enfants revient alors à faire évoluer la question « comment diminuer les expositions ? » vers « une fois les expositions diminuées autant que raisonnablement possible, comment diminuer l’impact des expositions résiduelles ? ».

 

Au cours de mes recherches sur les effets de la pollution atmosphérique, j’ai trouvé quelques sources d’informations qui pouvaient suggérer des bonnes pratiques visant à diminuer l’impact des expositions. Ces bonnes pratiques incluaient :

  • allaiter les bébés au moins trois mois. En effet, pour les expositions à la pollution atmosphérique automobile, la persistance de la rhinite et de la toux a été associée à des allaitements inférieurs à trois mois [1] ;
  • consommer des aliments riches en antioxydants [2, 3, 9, 16] : mûres, prunes, framboises, fraises, artichauts, chou rouge, asperges, brocolis… Un supplément en antioxydants pourrait également être considéré. Cette bonne pratique permettrait de compenser le stress oxydant lié aux polluants atmosphériques, notamment à l’ozone et aux particules [6, 12, 13] ;
  • consommer des aliments riches en acide gras oméga 3 : poisson gras (saumon, sardines, maquereau, anchois…), graines de lins, viandes issues d’animaux élevés en plein air et nourris à l’herbe, algues… Un supplément en oméga 3 pourrait également être considéré. Cette bonne pratique permettrait notamment de réduire l’inflammation associée à l’exposition aux particules fines [5, 16] ;
  • consommer des aliments riches en vitamines B. Ces vitamines constituent un groupe de huit vitamines : cette recommandation se rapproche donc d’un « ayez un régime alimentaire varié, composés d’aliments bruts ou peu transformés ». Un supplément en vitamines B pourrait également être considéré. Cette bonne pratique permettrait de diminuer certains effets de la pollution atmosphérique : modifications épigénétiques (expression des gènes), troubles des fonctions cardiaque et immunitaire [4, 14, 16],
  • consommer des pousses de brocoli. Cette bonne pratique permettrait d’augmenter l’excrétion urinaire du benzène [15]

 

Pollution atmosphérique enfants air 7-2

 

Par ailleurs, le corps humain présente des systèmes de défense surfaciques, localisés au niveau des poumons, qui consistent à empêcher les particules de pénétrer à l’intérieur de l’organisme [3, 7, 8]. Schématiquement :

  • les polluants qui restent dans la partie supérieure des poumons, jusqu’aux bronchioles, peuvent être piégés par une couche de mucus présente sur les tissus des voies respiratoires (épithélium mucociliaire). Ce mucus est poussé vers le haut par le mouvement en vagues de cils (poils de très petites tailles) ; il remonte vers la gorge, à l’image d’un « tapis roulant ». Ainsi, ces polluants peuvent être évacués par la toux ou la déglutition.
  • les polluants qui pénètrent plus profondément dans les poumons (NO2, O3, particules fines et ultrafines, etc.), jusqu’aux alvéoles, déclenchent d’autres mécanismes de défense, chimiques et cellulaires (macrophages).

L’efficacité de ces systèmes de défense dépend de l’état de santé de l’individu et des spécificités de son corps : génétique, épigénétique, histoire de vie, etc. D’autres sources consultées pendant mes recherches proposaient ou suggéraient des actions permettant de stimuler ces systèmes :

  • boire des liquides chauds, ce qui stimule le mouvement des cils [10, 11] ;
  • consommer des aliments riches en sulforaphane : brocolis, chou-fleur, chou blanc, roquette… Le sulforaphane est une molécule soufrée qui stimule l’activité de macrophages [3, 17].

 

Ces premiers éléments peuvent être mis en cohérence par un principe simple : les effets sanitaires qui peuvent apparaître chez un individu dépendent de son niveau d’exposition et de la capacité de son corps à gérer les polluants. En d’autres termes, il s’agit de la capacité à empêcher les polluants de pénétrer dans l’organisme, et sinon, à les détecter, à neutraliser leurs effets et à les éliminer aussi rapidement que possible. Et ce principe peut s’appliquer à tout type de pollution.

Sur cette base, dans l’objectif de protéger les enfants des effets de la pollution atmosphérique, une première bonne pratique, presque évidente, serait de favoriser l’atteinte du meilleur niveau de santé possible. Cette bonne pratique pourrait s’appuyer sur le respect des besoins fondamentaux du corps : une alimentation saine, un sommeil de qualité, une variété de mouvements en routine, une activité physique adaptée, un maximum de temps passé en extérieur, au cœur d’une nature verte et bleue, du contact avec des êtres proches, un faible niveau de stress chronique, etc.

Une seconde bonne pratique de base se dessine : accompagner et stimuler les mécanismes de défense et de détoxification du corps. Ceci suppose tout d’abord de mieux connaitre les parties du corps impliquées et leurs principes de fonctionnement. C’est ce que nous approfondirons à l’occasion d’une prochaine série d’articles.

 

Et vous, si vous êtes parents ou encadrants d’enfants citadins, comment vivez-vous cette exposition à la pollution atmosphérique de routine ? De quelle façon protégez-vous vos enfants ? Partagez vos retours d’expérience dans les commentaires !

 

Cette série d’articles est dédiée à Hélène, qui m’avait surpris un jour en soulignant que, pour elle, « la pollution de l’air est le facteur environnemental le plus préoccupant ». Moi, c’était plutôt les perturbateurs endocriniens qui me faisaient peur (que j’associais aux cosmétiques, aux plastiques, aux matelas standards, etc.). Les particules fines et ultrafines pourraient finalement nous faire converger 😉

 

Références

  1. Impact de la pollution atmosphérique d’origine automobile (PAA) sur l’incidence des problèmes respiratoires et allergiques chez l’enfant – étude de la cohorte paris. Journée technique PNR-EST ANSES 2014.
  2. Frydman R. Environnement et grossesse. Hachette Pratique
  3. Site Internet Santé Cool. Comment se protéger de la pollution ? – Interview du docteur Alain Collomb. 2015. http://santecool.net/comment-se-proteger-de-la-pollution/
  4. Site Internet de Science et Vie. Les vitamines B semblent pouvoir réduire les méfaits de la pollution aux particules. 2017. https://www.science-et-vie.com/corps-et-sante/les-vitamines-b-semblent-reduire-les-mefaits-de-la-pollution-aux-particules-8010 (Consulté le 18/03/1980)
  5. Kanga JX et al. Protection against fine particle-induced pulmonary and systemic inflammation by omega-3 polyunsaturated fatty acids. Biochimica et Biophysica Acta (BBA) General Subjects 2017 ; 1861(3) : 577–584.
  6. Péter S. Nutritional Solutions to Reduce Risks of Negative Health Impacts of Air Pollution. Nutrients 2015 ; 7(12) : 10398–10416.
  7. De l’air, de l’air ! Pollution chimique : la santé en jeu. Forum de la Villette – Avril 2016. http://www.cite-sciences.fr/fr/ressources/conferences-en-ligne/saison-2015-2016/pollution-chimique-la-sante-en-jeu/ (Consulté le 23/03/2018)
  8. Marano F, Barouki R, Zmirou D. Toxique Santé et environnement : de l’alerte à la décision. Buchet Chastel
  9. Site Internet Docteur Tamalou. 7 conseils pour vous protéger vous et vos enfants de la pollution de l’air. 2017. http://docteurtamalou.fr/7-conseils-proteger-vos-enfants-de-pollution-de-lair/
  10. Dadd DL. How to Protect Yourself From Smoke if You Live Near a Fire. 2017. http://www.debralynndadd.com/q-a/widespread-air-pollution-from-california-north-bay-firestorm-and-what-im-doing-to-protect-my-health/ (Consulté le 27/03/2018)
  11. Site Internet Dr Mercola. How to Treat Sinusitis Without Drugs. https://articles.mercola.com/sites/articles/archive/2012/03/12/cool-and-less-humid-air-decrease-nasal-congestion.aspx (Consulté le 27/03/2018)
  12. Warnet J, Berthelot L. Les secrets de l’intestin, filtre de notre corps – ref. « Simon S., Votre santé n’intéresse que vous, Alphée, 2010 ». Albin Michel
  13. Baeza A, Marano F. Pollution atmosphérique et maladies respiratoires. Un rôle central pour le stress oxydant. Revue Médecine/Science n° 5, vol. 23, mai 2007.
  14. Zhong J. B vitamins attenuate the epigenetic effects of ambient fine particles in a pilot human intervention trial. PNAS 2017 ; 114 (13) 3503-3508.
  15. Egner PA et al. Rapid and sustainable detoxication of airborne pollutants by broccoli sprout beverage: results of a randomized clinical trial in China. Cancer Prev Res 2014 ; 7(8) : 813-823.
  16. Péter S et al. Nutritional Solutions to Reduce Risks of Negative Health Impacts of Air Pollution. Nutrients 2015 ; 7(12) : 10398-416.
  17. Harvey CJ et al. Targeting Nrf2 Signaling Improves Bacterial Clearance by Alveolar Macrophages in Patients with COPD and in a Mouse Model. Sci Transl Med. 2011 ; 3(78) : 78ra32

Photos par Thanh Mai Bui Duy et Sigfrid Lundberg

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3 Commentaires

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  2. Mi-Ko

    Hello Guillaume, super, ta synthèse, hâte de lire la suite de ta série d’articles !

    Effectivement, ce n’est pas toujours évident de déménager, en plus, je trouve que ce n’est pas si évident de choisir où déménager pour éviter au maximum les pollutions de l’air, j’imagine qu’à la campagne, il peut y avoir aussi des pollutions (par ex. liées aux pesticides ?), sûrement différentes qu’en ville. Sans compter qu’il peut aussi y avoir d’autres pollutions que l’air (sol, eau…) et d’autres critères liés à la santé-environnement… Une de mes connaissances travaillait dans le géomarketing, pour conseiller les entreprises pour choisir leur lieu optimal d’implantation… Il y a peut-être un métier d’avenir potentiel à développer, qui consisterait à conseiller les gens à choisir le lieu optimal où aller vivre, en prenant entre autres en compte
    des critères pour réduire les risques en matière de santé-environnement ? 😉

    Répondre
    1. Guillaume (Auteur de l'article)

      Merci pour tes mots gentils et pour ce super retour Mi-Ko.
      Je ne connaissais pas le geo-marketing, l’application que tu mentionnes semblent très intéressantes. J’ai pour ambition de fournir sur ce blog les éléments permettant de gérer les aspects santé-environnement ! 🙂
      Je suis en train de travailler sur les pesticides ; j’espère pouvoir collecter des ordres de grandeur de distance de sécurité par rapport aux épandages

      Répondre

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