Comment protéger le cerveau du cocktail toxique des perturbateurs endocriniens, avec le Pr Barbara Demeneix (3/4)

Comme les autres organes, le cerveau et le système nerveux passent par des étapes critiques au cours de la gestation et des deux premières années de la vie. Si les concentrations d’hormones thyroïdiennes sont trop faibles ou trop élevées, le développement ne se déroule pas normalement. Il en résulte un dommage irréversible, allant du retard mental à des troubles du comportement plus subtils et à des incapacités d’apprentissage. – Theo Colborn

Les réglementations européennes existantes sont totalement inadéquates pour identifier les perturbateurs endocriniens, quand des méthodes d’analyse validées à l’échelle internationale et disponibles depuis des années n’ont pas encore été mises en œuvre. – Déclaration de Berlaymont

.

Chronique du livre « Cocktail toxique : Comment les perturbateurs endocriniens empoisonnent notre cerveau »

Barbara Demeneix cocktail toxique

de Barbara Demeneix, 308 pages, publié en 2017

 .

Barbara Demeneix est biologiste et dirige le laboratoire « Évolution des régulations endocriniennes » au Muséum d’histoire naturelle. Ses travaux portent sur les perturbateurs endocriniens et, en particulier, sur leur action au niveau de l’hormone thyroïdienne, essentielle au bon développement du cerveau. Barbara Demeneix a notamment reçu la Médaille de l’Innovation du CNRS.

Ce livre propose une synthèse des connaissances sur l’impact des polluants environnementaux sur le développement du cerveau.

Cette chronique est composée de quatre articles. Cet article est le troisiième de la série, le premier se trouve ici : Comment protéger le cerveau du cocktail toxique des perturbateurs endocriniens, avec le Pr Barbara Demeneix (1/4)

.

Quelques informations et points de vue intéressants, concernant la thématique « Santé des enfants et environnement »

Voici une liste d’informations et de points de vue issus du livre, en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement », et que je souhaite partager avec vous.

  • Les perturbateurs endocriniens les plus connus sont ceux qui affectent le fonctionnement des hormones stéroïdiennes (oestrogènes et testostérone). Les effets sanitaires associés sont assez faciles à diagnostiquer et, par conséquent, plus aisés à suivre statistiquement : stérilités, pubertés précoces, cancers du sein, des testicules ou de la prostate. L’incidence accrue de ces maladies correspond à un intérêt des chercheurs et de l’opinion publique depuis de nombreuses années.
  • En revanche, les troubles du développement intellectuel et du comportement, potentiellement causés par des expositions à des pollutions environnementales, sont difficiles à diagnostiquer, parce que tous les individus n’ont pas les mêmes capacités. Pour déterminer de tels effets sur le cerveau et le comportement, des études de grande échelle sont nécessaires, incluant des mesures de biosurveillance pour les femmes enceintes en début de grossesse : mesures de substances chimiques dans le sang et dans l’urine.
  • La première action fortement médiatisée contre un perturbateur endocrinien est probablement celle de Rachel Carson contre le DDT, un pesticide largement utilisé après la seconde guerre mondiale. Malgré le succès emblématique de cette action, la persistance du DDE (son principal métabolite, c’est-à-dire une substance obtenue après transformation dans l’environnement) est telle que, encore aujourd’hui, nous avons tous dans notre corps des quantités significatives de DDE.
  • D’après une étude de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (AESA, en anglais European Food Safety Authority, EFSA) datée de 2013, 101 des 287 pesticides étudiés ont un impact sur la signalisation thyroïdienne, et presque autant peuvent affecter le développement du système nerveux. L’autorisation de ces pesticides et leur utilisation pour produire des aliments pose question.
  • Les phtalates sont des plastifiants très utilisés dans divers produits de consommation. Malheureusement, les liaisons chimiques entre phtalates et produits sont faibles : ils peuvent s’en détacher et être émis dans l’environnement domestique. Les phtalates sont donc des polluants intérieurs courants, particulièrement présents dans les poussières domestiques.
  • Les phtalates traversent le placenta et se retrouvent dans le lait maternel. Par conséquent, l’exposition porte sur tout le développement fœtal et infantile.
  • Les produits contenant des substances préoccupantes sont souvent des produits dont on pourrait très bien se passer. A tout le moins, les chimistes pourraient trouver des substituts moins toxiques à ces substances. Dans les faits, ils remplacent souvent un perturbateur endocrinien par une autre substance, moins connue mais potentiellement tout aussi active. Par exemple, le célèbre BPA a pu être remplacé par du BPS dans certains produits ; les études aujourd’hui disponibles sur le BPS suggèrent un même niveau d’action sur le système endocrinien. On parle de « substitution regrettable ».
  • Plusieurs études concluent à une baisse générale de QI sur les deux dernières décennies. Ce sujet est actuellement très discuté parmi la communauté scientifique.
  • Les bonnes pratiques pour les femmes enceintes et allaitantes incluent :
    • ne pas manger pas de thon et de saumon plus d’une fois par semaine,
    • prendre des compléments minéraux et vitaminiques apportant 150 μg d’iode par jour et utiliser du sel iodé,
    • ne pas prendre de médicaments sans avis médical. Limiter même l’utilisation de paracétamol, surtout durant les premiers mois de la grossesse.

.

Barbara Demeneix cocktail toxique3

.

Quelques extraits en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement »

Trop souvent, les chimistes industriels chargés de présenter les résultats de leurs études aux pouvoirs publics affirment que certains des effets sur l’hormone thyroïdienne observés chez le rat ne sont pas pertinents pour l’homme. En général, les organismes de réglementation l’acceptent. J’ai souvent remis en cause et contesté l’expression « non pertinent pour l’homme », tant en public, lors de réunions, que dans mes publications scientifiques. La signalisation de l’hormone thyroïdienne utilise en effet les mêmes mécanismes chez tous les vertébrés. Ce qui signifie que si une substance a une incidence négative sur les rats, les souris ou les têtards, il est fort probable qu’elle affecte de la même façon l’être humain, notamment les femmes enceintes et leurs enfants.

L’incidence de l’autisme connaît une hausse terrible. De plus, les données recueillies en 2011 et mises en ligne jusqu’en 2015 sur le site de l’US CDC montrent que le TDA/H affecte 11 % des enfants américains. À ce sombre tableau, nous devons ajouter les enfants ayant des problèmes de lecture et d’écriture caractéristiques de la dyslexie. On constate aussi des hausses inexpliquées du nombre d’enfants nés sans glande thyroïde. Le changement de pratiques diagnostiques et une plus grande prise de conscience sociale de ces troubles ne peuvent expliquer plus de 40 % de cette progression de l’autisme. Sachant que le patrimoine génétique humain n’a pas changé, des causes environnementales sont nécessairement impliquées dans toutes ces augmentations.

L’environnement joue un rôle dans l’expression de nos gènes, et nos gènes sont impliqués dans nos réponses à l’environnement. Ils sont liés comme le yin et le yang.

Nos environnements interne et externe modifient l’expression de nos gènes à tout âge. Cependant, c’est au début du développement, notamment dans le ventre maternel et durant la petite enfance, que notre corps y est le plus sensible.

« C’est dans son ADN » est devenu une (agaçante) formule toute faite censée expliquer les passions, les pulsions, le comportement des gens et même justifier leurs actes. On a parfois l’impression que la vision d’une nature humaine déterminée par la génétique a totalement marginalisé la contribution des facteurs environnementaux. De fait, pour beaucoup de maladies, la recherche sur les causes sous-jacentes s’est largement focalisée sur les corrélations génétiques. La possibilité que des facteurs environnementaux interviennent seuls ou viennent s’ajouter à des prédispositions génétiques est souvent négligée, voire ignorée.

Il est aujourd’hui relativement simple d’effectuer des analyses génétiques à grande échelle. La vitesse du séquençage permet de produire des résultats (pas forcément analysés) en quelques semaines, alors que la collecte de données épidémiologiques à partir d’études longitudinales visant à déterminer les liens entre une exposition prénatale et l’incidence d’une maladie coûte plus cher et demande des années.

.

La suite de cette chronique se trouve ici : Comment protéger le cerveau du cocktail toxique des perturbateurs endocriniens, avec le Pr Barbara Demeneix (4/4)

.

Cette chronique met en avant l’importance de protéger les enfants des substances préoccupantes, car les effets potentiels pourraient être graves et pérennes. Ce blog a pour mission de vous aider et de vous accompagner dans votre démarche ! Pour vos premiers pas, vous pouvez vous appuyer sur le guide gratuit téléchargeable ci-dessous.

Photo par DerekA

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...

1 Commentaire

  1. Pingback: Comment protéger le cerveau du cocktail toxique des perturbateurs endocriniens, avec le Pr Barbara Demeneix (2/4)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

CommentLuv badge

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Sensibiliser les enfants avec des livres illustrés ? Ca m'intéresse !
Hello. Add your message here.