Comment éviter qu’on « fabrique » des maladies à nos enfants (1/2)

Tout homme bien portant est un malade qui s’ignore ! – Docteur Knock (d’après l’œuvre de Jules Romains).

Contrairement à ce que croient les gens, un système complexe n’exige pas des dispositifs, des règlements, ni des lignes d’action compliqués. Plus c’est simple, mieux c’est. Les complications conduisent à de multiples séries d’effets multiplicatifs, auxquels on ne s’attendait pas. – Nassim Nicholas Taleb

 

Chronique du livre « La fabrique de malades »

Sauveur Boukris fabrique malade

Du Dr Sauveur Boukris, 240 pages, publié en 2013

 

Sauveur Boukris, médecin généraliste, enseigne à la faculté Bichat et Lariboisière. Il préside le collectif « Médecins, Malades, même combat ».

Ce livre porte sur les stratégies utilisées par l’industrie pharmaceutique pour accroître son chiffre d’affaires : faire augmenter le nombre de personnes considérées comme malades, pour faire augmenter le nombre de traitements prescrits. L’auteur fournit aussi des conseils pour se protéger des pratiques abusives, qui peuvent au final détériorer la santé.

Ce livre fait l’objet d’une chronique en deux parties. Cet article est la première partie de la chronique.

 

Quelques informations et points de vue intéressants, concernant la thématique « Santé des enfants et environnement »

Voici une liste d’informations et de points de vue issus du livre, en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement », et que je souhaite partager avec vous.

  • Lorsqu’une personne est diagnostiquée « malade » par un médecin, la plupart du temps, un traitement est prescrit. L’achat des médicaments associés contribue au chiffre d’affaires d’entreprises du secteur pharmaceutique.
  • Ce traitement médicamenteux peut être accompagné d’examens complémentaires et de différents tests biologiques. Ces compléments correspondent au chiffre d’affaires d’autres entreprises, associées au domaine médical.
  • Les maladies chroniques correspondent souvent à des traitements de longue durée. Ces maladies sont celles qui génèrent le plus de consommation de médicaments, d’examens et de tests.
  • Plus les malades sont nombreux, plus les ventes de produits et de services augmentent. Ce constat concerne tout particulièrement les maladies chroniques.
  • Plusieurs stratégies permettent d’augmenter le nombre de personnes prises en charge médicalement. Les plus classiques incluent :
    • élargir les limites officielles qui définissent les maladies, par exemple en baissant des seuils ou des normes. Un tel abaissement a eu lieu pour la définition de l’hypertension, du diabète, de l’hypercholestérolémie…
    • convaincre que des émotions ou certains « événements de la vie » nécessitent un accompagnement médical. Par exemple, un chagrin ou un deuil peuvent être facilement diagnostiqués comme des dépressions ;
    • exposer le grand public à un discours anxiogène, mettant en avant des incertitudes et des risques potentiellement très graves. Les techniques de marketing classiques (publicité, conditionnement…) s’avèrent très efficaces pour produire de la peur ;
    • augmenter le nombre et la précision des bilans de santé recommandés, afin de détecter tout indicateur pouvant suggérer une imperfection ;
    • inciter à la prescription de traitement de longue durée, dans une démarche affichée de prévention ;
    • créer de nouvelles maladies avec des diagnostics dits précoces : pré-diabète, pré-dépression, pré-hypertension, pré-ostéoporose…
    • communiquer sur le mécanisme d’apparition d’une maladie et sur la capacité de certains médicaments à contrôler ce mécanisme. Les gens se diront : « pourquoi s’en priver ?« 
  • Ces stratégies ont notamment été appliquées dans les domaines de la psychiatrie, de la sexualité, des maladies chroniques et/ou métaboliques (hypertension artérielle, diabète, cholestérol, etc.) car ils correspondent à des maladies traitées sur le long terme, souvent à vie : le début d’un traitement assure des ventes pour plusieurs décennies.
  • Idéalement, avant de faire une prescription, un médecin devrait considérer le rapport bénéfices / risques des différentes options thérapeutiques disponibles, échanger avec son patient pour pouvoir personnaliser son analyse, puis expliquer la logique de son choix final.
  • Comme toute entreprise privée aujourd’hui, le fonctionnement des entreprises pharmaceutiques est influencé par des objectifs financiers de court terme et par la recherche du retour sur investissement. Ces influences peuvent s’opposer à la logique de santé publique.
  • Depuis les années 1950, l’industrie pharmaceutique connaît une croissance ininterrompue. En 2010, le chiffre d’affaires total est d’environ 800 milliards de dollars, avec une croissance d’environ 10 % par an depuis plus de dix ans. Selon IMS Health, l’une des principales entreprises spécialisées dans les études et le conseil pour l’industrie pharmaceutique, près de la moitié de ce chiffre d’affaires est produit par une quinzaine de firmes. Leurs ventes présentent une marge nette moyenne de plus de 20 %. Leur rentabilité financière est d’environ 30 %.

 

Fabrique malade enfants sante

 

Quelques extraits en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement »

Je m’efforce de ne pas appliquer mécaniquement des recettes toutes prêtes et d’agir de façon personnalisée en tenant compte du mode de vie des malades, de leur culture, de leurs croyances. Faut-il le rappeler ? La médecine ne doit pas oublier l’humain, qui est au centre de ses préoccupations.

La mission (et en ce qui me concerne le bonheur) du médecin est toujours la même ; elle n’a pas varié depuis l’origine : soulager toujours, guérir parfois, sauver si possible.

On fabrique des maladies pour créer des malades devenus des consommateurs de soins.

Les scandales sanitaires (Distilbène puis, plus récemment, affaires Vioxx, Mediator, Avandia) mettent le médicament au cœur de l’actualité à intervalles réguliers et font apparaître que les stratégies des grandes firmes privées peuvent parfois sacrifier la santé publique.

Comment expliquer que l’industrie pharmaceutique dégage des profits nettement plus élevés que ceux de la plupart des autres industries ? Comment le médicament (produit éthique et bien sociétal) est-il devenu une marchandise dont la rentabilité est si forte ? Comment expliquer qu’en dépit des mesures de contrôle et de régulation de ce secteur les firmes pharmaceutiques connaissent une croissance considérable ?

[Concernant les entreprises pharmaceutiques, leur] budget marketing est souvent deux fois plus élevé que celui de la recherche et développement. Les effectifs employés dans les fonctions de promotion et de marketing dépassent les effectifs engagés dans la recherche et développement. Cette évolution ne peut pas être sans influence sur l’exercice de la médecine.

Ne sommes-nous pas en train de transformer des bien portants en malades ? En fin de compte, on peut se demander si la réalité n’est pas en train de rejoindre la fiction et si notre pratique n’est pas en train de s’aligner sur celle du docteur Knock.

[En 1975], Jean-Charles Sournia, ancien directeur de la Sécurité sociale et de la direction générale de la Santé, publie un livre, Ces malades qu’on fabrique, avec un sous-titre évocateur : La Médecine gaspillée.

En 1976, dans un entretien accordé à la revue économique Fortune, M. Henry Gadsen, président-directeur général de MSD, une des premières firmes pharmaceutiques mondiales, déclare que son rêve est de produire des médicaments pour les bien portants. Ce rêve est aujourd’hui largement réalisé ! Un article paru dans le British Medical Journal du 13 avril 2002 rappelle qu’« on peut faire beaucoup d’argent si l’on arrive à convaincre les bien portants qu’en réalité ils sont des malades ».

Les triades santé/beauté/jeunesse et santé/bien-être/bonheur sont bien connues des magazines spécialisés dans la prévention et la santé : alors qu’on dénombrait deux titres en 1970, on en compte plus de quinze aujourd’hui (Top Santé, Réponse à tout Santé, Santé Magazine, Santérama, Santé plus, Prévention-santé, Que choisir Santé, etc.). Dans ces magazines, les maux pris en compte varient à l’infini : comment fortifier vos ongles, éviter les jambes lourdes, limiter les bourdonnements d’oreilles ou les vertiges, lutter contre le manque de sommeil ou le stress, prévenir les cancers, mieux identifier sa personnalité ou ses troubles cardiaques… La mine de sujets est inépuisable !

En 2007, la prestigieuse revue anglaise The Lancet publiait un texte ironique sur le thème de la médicalisation excessive de notre société et de la transformation de situations humaines banales en problèmes médicaux : « Il était une fois des enfants indisciplinés, quelques adultes timides et certains messieurs qui, étant chauves, portaient des chapeaux. Aujourd’hui toutes ces descriptions peuvent être attribuées à des maladies, des entités ayant des noms, des critères diagnostiques et une série croissante d’options thérapeutiques. »

Chaque baisse du seuil fait monter le nombre de malades potentiels à prendre en charge. Par exemple, la conférence de consensus qui a défini (à la baisse) le nouveau seuil pour le traitement de l’hypercholestérolémie a permis de faire passer de 13 millions à 36 millions le nombre d’Américains qui doivent être traités par des médicaments. Ce n’est pas un mince résultat !

Un autre ouvrage de référence, Le Marketing du médicament en question(s), destiné aux responsables marketing est celui qui a été coordonné par Alain Ollivier et Claude Hurteloup, tous deux professeurs à l’ESCP-EAP et ayant occupé des fonctions de directeur marketing dans des laboratoires pharmaceutiques. Dans son avant-propos, Alain Ollivier écrit, en parlant du marketing pharmaceutique : « Notre engagement se limite à fournir à nos lecteurs la présentation d’une discipline qui vise à adapter l’offre pharmaceutique aux besoins de la population, sous contrainte économique », et, ajoute-t-il (c’est très important), « à s’éloigner des dérives qui ont parfois accompagné la mise en œuvre du marketing, comme la vente forcée, la communication trompeuse ou la manipulation des illusions ».

Dès 2003, Marcia Angell, ancienne rédactrice en chef d’un journal prestigieux, le New England Journal of Medicine, a montré les liens d’argent entre les firmes pharmaceutiques et les scientifiques. Elle écrit alors : « Les revues médicales sont devenues une excroissance des départements de marketing de l’industrie pharmaceutique. » Cela se passe aux États-Unis, mais dans le reste du monde les méthodes sont identiques. Les recherches médicales indépendantes perdent du terrain.

En Grande-Bretagne, le British Medical Journal du 13 février 2010 montre, à partir d’une étude portant sur 274 articles concernant les vaccins grippaux, que les articles sponsorisés par les firmes pharmaceutiques ont plus de chance d’être publiés dans des revues de prestige pour une simple raison : ces firmes y placent des pages de publicité et commandent des tirés à part.

 

La seconde partie de cette chronique se trouve ici : Comment éviter qu’on « fabrique » des maladies à nos enfants (2/2)

 

Cette chronique met en avant l’importance de protéger les enfants de certaines expositions préoccupantes, dont les effets potentiels pourraient être graves et pérennes. Ce blog a pour mission de vous aider et de vous accompagner dans votre démarche ! Pour vos premiers pas, vous pouvez vous appuyer sur le guide gratuit téléchargeable ci-dessous.

Photo par Stéphane Giner

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Sensibiliser les enfants avec des livres illustrés ? Ca m'intéresse !
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