Comment éviter que des substances toxiques se retrouvent dans le sang des enfants, avec le Pr Jean-François Narbonne (4/5)

[Concernant la gestion des produits chimiques] le rythme des progrès a été lent et les résultats trop souvent insuffisants. – Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE)

« Sûr » n’est pas vraiment un terme scientifique, c’est un terme politique, c’est un concept défini politiquement. Ce que je considère comme sûr, moi, peut ne pas être ce que vous considérez comme sûr, vous. Personnellement, je pense que s’il existe une alternative réalisable et plus sûre, alors aucun niveau de risque n’est « sûr ». – Joel Tickner, professeur à l’Université du Massachussetts

 

Chronique de « Sang pour sang toxique »

Sang toxique Jean-François Narbonne

Du Pr Jean-François Narbonne, 256 pages, publié en 2012

 

Jean-François Narbonne est professeur de toxicologie à l’Université de Bordeaux. Il présente des expériences de chercheur et d’expert auprès de l’agence sanitaire française (Anses). Il participe également à des groupes de travail au niveau de l’Union Européenne (UE) et de l’Organisation des Nations Unies (ONU).

Ce livre décrit la présence de substances préoccupantes dans l’environnement du quotidien, ainsi que les risques associés. L’auteur propose des recommandations pratiques pour s’en protéger.

Ce livre fait l’objet d’une chronique en cinq parties. Cet article est la quatrième partie de la chronique. Il porte notamment sur l’origine des « maladies de civilisation » et l’évolution de la durée de vie. La première partie se trouve ici : Comment éviter que des substances toxiques se retrouvent dans le sang des enfants, avec le Pr Jean-François Narbonne (1/5)

 

Quelques informations et points de vue intéressants, concernant la thématique « Santé des enfants et environnement »

Voici une liste d’informations et de points de vue issus du livre, en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement », et que je souhaite partager avec vous.

  • Plusieurs études montrent des associations entre des expositions au stade fœtal à certaines substances et des maladies à l’âge adulte. Par exemple :
    • phtalates et infertilité ;
    • PBDE et développement mental ;
    • particules issues du trafic routier et cancer du sein à la ménopause ;
    • plomb et maladie d’Alzheimer.
  • Pire, certaines expositions fœtales peuvent produire des effets sur la descendance du futur enfant. On parle ici d’« héritage épigénétique ». Cet héritage ne correspond pas à des modifications de gènes, mais à des modifications de leur expression, qui peuvent également être transmises à l’enfant au cours de la grossesse.
  • Certains polluants persistants (dioxines, PCB, pesticides organochlorés, PBDE…) se trouvent dans le lait maternel. Ils sont donc transférés de la mère à l’enfant pendant l’allaitement.
  • Par exemple, concernant les dioxines, en moyenne, le lait maternel est 10 fois plus contaminé que le lait de vache. De plus, la teneur en dioxine du lait maternel est très supérieure à la limite légale de commercialisation : ainsi, la dose d’exposition pour un nouveau-né serait au moins cinq fois supérieure à la dose journalière tolérable (DJT) réglementaire.
  • Néanmoins, l’allaitement maternel présente de très nombreux avantages : composition évolutive et adaptée aux besoins des différents stades de développement (colostrum, puis lait de transition, puis lait définitif), développement affectif et psychologique de l’enfant, augmentation de l’immunité, développement cérébral, nutriments directement assimilables…
  • D’après les résultats d’études comparant l’évolution d’enfants allaités au sein à celle d’enfants nourris au lait maternisé, la présence de PCB et de dioxines dans le lait maternel n’aurait pas d’effet délétère significatif sur le développement neurologique et immunitaire : les bénéfices de l’allaitement ne sont pas remis en question.
  • La durée de vie moyenne en France est passée de 25 ans, en 1740, à plus de 80 ans aujourd’hui. Cette progression est spectaculaire et sans précédent. Elle résulte de plusieurs facteurs, incluant :
    • la raréfaction des famines ;
    • le progrès des techniques médicales ;
    • la mise en place de politiques de protection de la petite enfance.
  • Pour minimiser la perception de l’impact des pollutions chimiques, la progression de la durée de vie est le principal argument proposé par les autorités de santé publique.
  • Néanmoins, compte tenu des dégradations récentes de la qualité de l’environnement, il parait hasardeux de continuer à utiliser les tendances passées pour faire des prévisions sur l’avenir :
    • la génération qui se trouve actuellement dans les maisons de retraite est née avant les pollutions de l’Après-guerre. Elle a bénéficié des progrès de l’hygiène et de la médecine. Son espérance de vie est élevée ;
    • la génération du « baby-boom » (née après 1945) a été exposée à un pic de pollution en fin d’adolescence, moment où l’organisme s’approche d’un certain niveau de robustesse. Son espérance de vie devrait donc s’approcher de celle de la génération précédente ;
    • les enfants nés entre 1965 et 1995 ont été les premiers à être exposés massivement à des substances toxiques pendant la période fœtale, la période de plus grande vulnérabilité pour l’être humain. Par conséquent, leur espérance de vie pourrait être inférieure à celle des générations précédentes. Cette potentielle tendance pourrait être aggravée par l’affaiblissement des organismes provoqué par le style de vie moderne classique : déséquilibres alimentaires, sédentarité, stress au travail…
  • Les questions de santé publique sont devenues un enjeu de communication. Par exemple, les pouvoirs publics peuvent utiliser les stratégies suivantes :
    • cacher un laxisme passé par une rigueur soudainement extrême : « après n’avoir rien fait, on en fait trop ». Cette stratégie est bien illustrée par la contamination au chlordécone dans les Antilles ;
    • si un rapport d’une agence sanitaire est jugé « trop alarmiste », demander une contre-expertise à l’Académie des Sciences, dont la gestion des conflits d’intérêt des membres peut être considérée comme moins rigoureuse ;
    • adopter les positions des ONG plutôt que ceux des agences sanitaires, car les positions des ONG sont plus fortement relayées par les médias. Ce relais peut s’expliquer par des positions souvent plus alarmistes, qui permettent de favoriser les ventes.

 

Sang toxique Jean-François Narbonne 4

 

Quelques extraits en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement »

Dans le cas des études épidémiologiques, le délai peut être long entre l’exposition et la survenue de la maladie ; on a connu cela avec l’amiante et plus récemment avec les dioxines. Les mesures de prévention peuvent donc être retardées par l’attente de données, les seules à pouvoir convaincre des industriels ou des politiques de prendre les mesures de gestion adéquates.

Les résultats expérimentaux à plus ou moins long terme sur animaux, en particulier les tests de cancérogenèse, peuvent permettre de détecter les effets toxiques chez les mammifères et, dans certains cas, à prédire le risque humain. C’est la base essentielle de l’évaluation des risques pour les nouvelles substances mises sur le marché – une situation où l’on ne dispose pas d’historique d’exposition humaine. […] Malgré les critiques de plus en plus fortes sur ce type d’approche et les difficultés d’extrapolation entre les animaux étudiés et l’homme, cette démarche fonde l’essentiel de nos réglementations et de notre système de gestion.

La complexité de l’expertise – Par malheur chaque niveau d’exploration est mis en œuvre par des spécialistes qui ont des formations différentes donc des cultures différentes et qui ont peu de chances de se fréquenter, chacun naviguant entre son laboratoire et les congrès spécialisés.

Cette sectorisation de l’approche scientifique fait la joie des lobbies qu’ils soient associatifs ou industriels. Certains prennent prétexte qu’une substance est mutagène sur tests bactériens in vitro (danger avéré) pour faire croire que toute personne exposée, quelle que soit la dose ou la durée, aura un cancer, et demandent dans les médias l’application du principe de précaution. […] D’autres lobbies mettent en avant l’absence d’effets significatifs établis par des études épidémiologiques pour crier à l’agitation inadmissible de lanceurs d’alertes irresponsables. […] La seule expertise valable est l’expertise collective et contradictoire, au cours de laquelle les différents spécialistes se confrontent et finissent par arriver à un consensus et un rapport commun.

[Au sein des Agences sanitaires], l’expertise est organisée sur un mode harmonisé avec les agences européennes, avec la prise en compte des conflits d’intérêt et le suivi d’une démarche qualité certifiée. Je n’ai pas entendu dire que les différentes formes de conseils scientifiques des ONG les plus actives suivent une telle démarche – encore moins les experts autoproclamés. Il est même arrivé que des ministres courroucés par l’avis d’une agence sanitaire saisissent l’Académie des sciences ou de médecine pour produire un avis plus arrangeant, ces académies n’étant pas soumises aux mêmes critères d’expertise que les agences sanitaires.

Les enfants peuvent subir toute leur vie les conséquences de l’exposition à des polluants industriels auxquels ils ont été exposés via le sang maternel, le placenta et le cordon ombilical. Plusieurs études récentes ont confirmé qu’un certain nombre de maladies (Alzheimer, troubles mentaux, maladies cardiaques, diabète) ont pour origine – ou facteur aggravant – des expositions au cours des premiers stades de la vie.

Au cours de la dernière décennie, de nombreuses études ont montré une relation entre un faible poids de naissance et le développement à l’âge adulte de diverses pathologies (maladie cardiovasculaire, diabète, hypertension, dépression…). Or on sait qu’un faible poids à la naissance peut survenir, certes, dans le cas d’un mauvais équilibre alimentaire de la mère mais également dans le cas d’expositions à des cocktails de contaminants industriels incluant l’arsenic, le mercure, le plomb, les solvants organiques, les PCB ou les pesticides, en particulier les pesticides organochlorés.

Chez l’homme, aussi bien les changements génétiques que les changements épigénétiques peuvent être transmis à l’enfant au cours de la grossesse. Un héritage épigénétique a été récemment mis en évidence avec la vinclozoline (un fongicide) et le méthoxychlor (un insecticide organochloré). L’exposition in utero à ces deux substances se traduit par une diminution de la qualité du sperme à l’âge adulte mais aussi dans les trois générations suivantes !

Il est encore trop tôt pour avoir une vue détaillée de tous les effets des polluants sur la santé de l’homme. Plusieurs contaminants sont préoccupants. C’est le cas des composés perfluorés mais aussi du bisphénol A en raison de son affinité pour le fœtus. Aujourd’hui, je pense que l’on doit moins se focaliser uniquement sur le cancer pour s’intéresser aux autres conséquences de la pollution sur la santé. Je pense, bien sûr, aux effets neurologiques sur les jeunes (mémoire, apprentissage, QI, audition, syndromes d’inattention, retards scolaires…) et les adultes (Parkinson, Alzheimer), aux effets sur la reproduction (malformations génitales, baisse de la fertilité…) mais également à la contribution des cocktails chimiques à l’« épidémie » de diabète et d’obésité. Il faut également signaler les nouveaux défis que posent les contaminants émergeants qui sont biodégradables, dans la mesure où leur détection pose des défis techniques extrêmement complexes.

Certains points sont en revanche aujourd’hui très clairs. C’est par exemple le cas des dioxines dont on sait qu’elles ne constituent plus un problème majeur de santé publique. Quand je vois les habitants de région de Fos-sur-Mer refuser l’installation d’une UIOM à cause de prétendus risques de cancer ou de dangers pour les « futures générations », quand je vois des jeunes filles d’une quinzaine d’années portant à l’occasion d’un meeting des T-shirts jaunes barrés d’une inscription en lettres noires indiquant que si l’incinérateur se construisait elles ne pourraient pas allaiter leurs enfants, je mesure combien les messages des autorités sanitaires passent mal dans le grand public mais surtout combien ces réactions sont démesurées, mal appropriées et en contradiction avec certains faits passés.

 

La cinquième partie de cette chronique se trouve ici : Comment éviter que des substances toxiques se retrouvent dans le sang des enfants, avec le Pr Jean-François Narbonne (5/5)

 

Cette chronique met en avant l’importance de protéger les enfants des substances préoccupantes, car les effets potentiels pourraient être graves et pérennes. Ce blog a pour mission de vous aider et de vous accompagner dans votre démarche ! Pour vos premiers pas, vous pouvez vous appuyer sur le guide gratuit téléchargeable ci-dessous.

Photo par Jake Przespo

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Sensibiliser les enfants avec des livres illustrés ? Ca m'intéresse !
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