Comment entourer les enfants d’un environnement qui les rend résilients, avec Boris Cyrulnik (2/3)

Personne ne peut retourner en arrière, mais tout le monde peut aller de l’avant. Et demain, quand le soleil se lèvera, il suffira de se répéter : je vais regarder cette journée comme si c’était la première de ma vie. – Paulo Coelho

La vie, ce n’est pas attendre que la tempête passec’est apprendre à danser sous la pluie. – Vivian Greene 

 

Chronique du livre « Résilience – connaissances de base »

resilience enfant boris cyrulnik

Ouvrage collectif, rédigé sous la direction de Boris Cyrulnik et Gérard Jorland, 222 pages, publié en 2012

 

Boris Cyrulnik est neuropsychiatre, directeur d’enseignement à l’université du Sud – Toulon – Var. Il anime plusieurs groupes de recherche sur l’attachement et la résilience. Gérard Jorland, est philosophe et directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales.

Ce livre porte sur ce qu’est la résilience et sur ce qui peut apporter de la résilience aux enfants. Il fait l’objet d’une chronique en trois parties. Cet article est la deuxième partie de la chronique ; la première partie se trouve ici : Comment entourer les enfants d’un environnement qui les rend résilients, avec Boris Cyrulnik (1/3)

 

Quelques informations et points de vue intéressants, concernant la thématique « Santé des enfants et environnement »

Voici une liste d’informations et de points de vue issus du livre, en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement », et que je souhaite partager avec vous.

  • En complément des facteurs environnementaux, d’autres facteurs d’influence sont liés à la génétique de chaque personne. Par exemple, ceux qui transportent peu de sérotonine et produisent peu de « neuropeptides Y » ressentiront plus douloureusement un événement difficile. Néanmoins, les facteurs génétiques ont moins d’influence que les facteurs environnementaux.
  • La plasticité neuronale du cerveau est sa capacité à produire de nouveaux neurones, ainsi qu’à modifier des réseaux neuronaux existants. Cette plasticité peut aider à reconstruire certaines fonctionnalités, perdues à l’occasion d’un stress ayant altéré certaines zones du cerveau. Ainsi, la résilience peut se traduire neurologiquement : après l’impact d’un stress important, un cerveau résilient aura remanié les réseaux neuronaux impactés, de sorte à retrouver un fonctionnement proche du fonctionnement initial, voire un meilleur fonctionnement ; en d’autres termes, le sujet aura intégré – et non pas oublié ou dénié – les événements graves et stressants qu’il a subis. Ce processus biologique est grandement facilité par une relation d’amour avec une ou plusieurs personne(s) d’attachement.
  • Le processus de résilience est multifactoriel et complexe. Il résulte d’interactions entre des aptitudes individuelles (psychiques, cognitives, comportementales) et des compétences psychoaffectives familiales. Ces dernières peuvent être complétées, ou éventuellement suppléées, par des ressources issues de l’environnement social. Les liens affectifs semblent avoir la plus grande influence, constituer le socle de base du processus.
  • Le tissu relationnel peut permettre de trouver du soutien lorsque, dans l’adversité, certaines défenses personnelles sont dépassées, lorsque les ressources internes ont atteint leurs limites.
  • La résilience n’est pas toujours pérenne et peut s’apprendre à tout âge. Elle se manifeste selon des modalités propres à chaque individu.
  • De nombreuses études ont été réalisées sur des enfants abandonnés, ainsi que sur des nourrissons séparés de leur mère pendant de longues périodes. Globalement, ces études concluent que l’enfant a besoin de s’appuyer sur des liens d’affection et des relations chaleureuses et sécurisantes ; elles sont comme autant de « nourritures affectives » nécessaires à son développement. Les premiers liens qui s’instaurent entre le bébé et ses proches sont qualifiés de liens d’attachement. L’attachement correspond à un besoin social inhérent à l’être humain, qui se développe dans la relation et l’interaction : jeux, sourires, contacts, paroles, caresses, réponses sécurisantes…

 

resilience enfant boris cyrulnik 3

 

Quelques extraits en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement »

De bonnes bases relationnelles ou empathiques perdurent dans l’adversité existentielle et de mauvaises bases transmises peuvent se récupérer.

Parmi les facteurs de protection, une place prépondérante est dévolue aux liens affectifs, dans la mesure où ils interagissent avec chacun des trois domaines à l’oeuvre dans le fonctionnement résilient. En effet, le processus résilient prend appui sur un tripode composé de facteurs d’ordre interne aux sujets (particularités singulières, capacités et aptitudes cognitives, éléments de personnalité, modalités défensives…), de facteurs d’ordre familial et psychoaffectif (soutien et qualité des relations familiales et périfamiliales…) et de facteurs relevant du contexte socio-environnemental (étayages amicaux et sociaux, soutiens communautaires, religieux, idéologiques…). Chacun de ces trois piliers va contribuer à l’élaboration du processus défensif menant à la résilience, en jouant un rôle plus ou moins important ou efficace en fonction du contexte de vie du sujet et des phases de son développement et de ses attaches affectives.

Chez l’individu, la résilience peut consister en une récupération après un traumatisme ou des carences sévères et répétées qui constituent des contextes délétères par l’accumulation de multitraumatismes. Il ne s’agit pas pour autant d’une sorte de suradaptation de quelques personnes exceptionnelles, insensibles aux traumatismes ou aux stress aggravés. Le processus de résilience ne se réduit pas simplement à l’intégration et au dépassement du traumatisme, mais implique toutes les capacités humaines permettant de se confronter à des expériences aversives, de les intégrer et d’être transformé par elles. Ainsi, il ne conduit pas à un retour à l’état antérieur, en oblitérant les changements nécessairement provoqués par la confrontation aux épreuves traumatiques. C’est un processus évolutif qui résulte d’un échange interactif et multifactoriel, situé au croisement entre l’individu, la famille et l’environnement social.

Les enfants présentent des différences de qualité et d’intensité dans leurs communications qui peuvent s’observer très tôt, dès les premiers échanges relationnels. La richesse de leurs modes de communication dépendra en grande partie des réponses, de l’attention et de la sensibilité qu’ils reçoivent en retour de la part des parents ou des personnes qui s’occupent d’eux.

Les potentialités de soutien que le groupe familial procure au sujet blessé pourront favoriser son développement, l’élaboration de sa souffrance et sa reconstruction psychique. Le groupe familial participe ainsi à la résilience d’un de ses membres, en lui apportant notamment du soutien psychoaffectif, des supports et appuis contenants, en l’aidant à se protéger, à intégrer l’expérience adverse et à se reconstruire. Parmi les caractéristiques du soutien familial, on peut également relever l’aptitude à considérer une catastrophe comme une expérience partagée qui aura une fin. Ce fonctionnement aide à se protéger des effets traumatiques immédiats, par le truchement de la projection dans l’avenir, ce qui contribue à réduire la souffrance et à relativiser les conséquences néfastes. Cette façon de répondre à la crise en anticipant sa résolution joue un rôle actif et important dans les processus de résilience.

Les récits de vie des personnes réputées résilientes font souvent état de liens affectifs importants, noués avec une ou des personnes de la sphère extra-familiale qui leur ont servi de soutien, dans des situations de grande adversité.

Les rencontres significatives constituent pour les personnes en détresse des pôles d’étayage qui vont les aider à surmonter l’adversité, soit directement en les encourageant et en les aidant, soit de manière plus symbolique en tant que supports identificatoires. Elles assurent un rôle de tuteur de résilience (Cyrulnik) en accompagnant et en aidant le sujet à supporter les souffrances et à les dépasser. Les tuteurs de résilience contribuent à l’étayage d’une personne entrant en résilience, soit à travers des interactions relationnelles effectives de soutien (encouragements, aide, écoute), soit à partir de ce que le sujet va projeter sur eux en leur attribuant une valeur de modèle identificatoire. On peut dire que les personnes qui participent à l’étayage des sujets en souffrance font office de figures d’attachement alternatives dans la mesure où elles suppléent les figures d’attachement initiales qui ont pu être défaillantes.

La capacité à faire de sa vie une histoire, servie par la narration, caractérise toutes les sociétés humaines connues, depuis les chasseurs-cueilleurs jusqu’à nos jours.

L’exercice [du récit] permet conjointement l’élaboration de ce que Paul Ricoeur a nommé l’« identité narrative », associant cette capacité spécifiquement humaine reliant temps et personnes à la constitution de chacun en particulier : le récit que je fais me construit en me rendant auteur de ma vie, non simplement acteur agi par elle. Le récit, qu’il s’exprime par oral ou par écrit, occupe donc une place première, majeure et centrale, dans le développement du genre humain […] Car, s’il ne modifie pas ce qui s’est produit quelle que soit la façon dont il l’exprime, tout récit modifie la façon de se représenter ce dont il parle et, par là, de le penser. D’où un besoin, parfois, à dire.

Pouvons-nous, dès lors, émettre l’hypothèse que, lorsque le récit ainsi déclenché s’applique à des situations plus graves, il pourra mettre en évidence la présence, discrète sur le moment, voire virtuelle, d’un « tuteur de résilience », dont l’apparition sera rendue nécessaire pour donner cohérence au récit, en « justifiant » que celui qui relate est encore en vie, malgré ce dont il parle ?

La fabrication d’un récit de soi remplit le vide provoqué par la souffrance. On bricole une image, on donne cohérence aux événements, on répare une injuste blessure et un récit permet la réconciliation avec le monde extérieur.

 

La dernière partie de cette chronique se trouve ici : Comment entourer les enfants d’un environnement qui les rend résilients, avec Boris Cyrulnik (3/3)

 

Cette chronique met en avant l’importance d’entourer les enfants d’un environnement correspondant à leurs besoins naturels, en particulier pendant la « fenêtre de vulnérabilité » que constituent les premières années. Une démarche répondant à la même logique peut être menée concernant les pollutions environnementales. Ce blog a pour mission de vous aider et de vous accompagner dans votre démarche ! Pour vos premiers pas, vous pouvez vous appuyer sur le guide gratuit téléchargeable ci-dessous.

Photo par neptunauta

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Sensibiliser les enfants avec des livres illustrés ? Ca m'intéresse !
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