Comment empêcher les polluants d’endommager le cerveau des enfants, avec Barbara Demeneix (3/5)

[Il existe] certains liens entre l’exposition aux perturbateurs endocriniens chimiques et plusieurs problèmes de santé. Ces substances chimiques peuvent notamment contribuer à la survenue de la cryptorchidie (absence d’un ou des deux testicules dans le scrotum) chez le jeune garçon, du cancer du sein chez la femme, du cancer de la prostate, de troubles du développement du système nerveux et d’un déficit de l’attention/d’une hyperactivité chez l’enfant, ainsi que du cancer de la thyroïde. – Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) – 2013

Beaucoup se demandent s’il y a une différence entre les boîtes et les bocaux. […] des vernis recouvrent l’intérieur des boîtes de conserve (canettes de boissons comprises) mais sont absents dans les bocaux. Ces vernis contiennent du bisphénol A, un perturbateur endocrinien, qui est interdit depuis le 1er janvier 2015 en France… mais pas ailleurs. – Christophe Brusset 

 

Chronique du livre « Le Cerveau endommagé »

Cerveau endommagé Barbara Demeneix enfants

De Barbara Demeneix, 411 pages, publié en 2016

 

Barbara Demeneix est biologiste. Elle dirige le laboratoire « Évolution des régulations endocriniennes » du Muséum d’histoire naturelle. Ses domaines de recherche incluent les hormones thyroïdiennes et les perturbateurs endocriniens. En 2014, Barbara Demeneix a reçu la Médaille de l’Innovation du CNRS.

Ce livre décrit certains effets sanitaires liés à l’exposition aux perturbateurs endocriniens : altération du comportement et diminution des facultés intellectuelles. Il propose des recommandations pour protéger les enfants, la population la plus touchée.

Ce livre fait l’objet d’une chronique en cinq parties. Cet article est la troisième partie de la chronique. Elle porte notamment sur les risques liés aux phtalates et aux retardateurs de flamme. La première partie se trouve ici : Comment empêcher les polluants d’endommager le cerveau des enfants, avec Barbara Demeneix (1/5)

 

Quelques informations et points de vue intéressants, concernant la thématique « Santé des enfants et environnement »

Voici une liste d’informations et de points de vue issus du livre, en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement », et que je souhaite partager avec vous.

  • Concernant les troubles du développement cérébral, la carence en iode est un des principaux facteurs de risque. Concernant les enfants de plusieurs pays européens, dont la France, des mesures d’iode urinaire ont montré des concentrations inférieures aux recommandation sanitaires.
  • En complément des fruits de mer, qui sont une source d’iodes riche et peu variable, les algues, le lait et les œufs constituent également des sources intéressantes, mais dont la teneur peut être très variable. Par ailleurs, le sel iodé peut constituer une source pratique au quotidien. Le cas échéant, il doit être ajouté après la cuisson, afin d’éviter la volatilisation de l’iode.
  • Certains polluants environnementaux présentent des structures similaires à celles des hormones thyroïdiennes : retardateurs de flamme bromés, polychlorobiphényles (PCB), tensioactifs fluorés… L’organisme peut les confondre avec de vraies hormones, ce qui génèrent des dysfonctionnements augmentant les risques d’effets sanitaires.
  • Les phtalates ne sont pas chimiquement liés aux matières auxquelles ils sont ajoutés : ils peuvent donc se retrouver dans l’environnement domestique, ce qui en fait des polluants d’intérieur courants. Les phtalates sont notamment présents dans les poussières des habitations.
  • Les jeunes enfants portent leurs mains et leurs jouets à leur bouche. Ces pratiques expliquent que leurs niveaux d’exposition sont souvent plus élevés que ceux des autres personnes.
  • Les phtalates qui migrent depuis les jouets constituent une forte source de contamination, qui pourrait être évitée.
  • Les polluants environnementaux qui perturbent le fonctionnement de la thyroïde incluent, les PCB, le plomb, le mercure, de nombreux pesticides, le perchlorate, de nombreux retardateurs de flamme, les phtalates, les dioxines, les filtres ultraviolets, certaines substances antimicrobiennes (ex : triclosan, parabènes…), etc.
  • Aux États-Unis, une substance peut être commercialisée en trois mois ; son retrait peut prendre plus de trente ans.
  • L’agence environnementale américaine autorise chaque année la production ou l’importation d’environ 900 nouveaux produits chimiques. Si une substance est produite ou importée en petites quantités, soit moins de 10 tonnes par an, elle est exemptée du processus d’homologation, et donc d’évaluation des risques. En pratique, de toute façon, cette évaluation des risques est succincte et basée sur une faible quantité de données.
  • La réglementation européenne sur les produits chimiques, appelée REACh (l’acronyme anglais pour Enregistrement, évaluation et autorisation des produits chimiques), adoptée en 2007, est globalement plus exigeante que celle des États-Unis. Le fabricant doit fournir un minimum d’informations sur la substance : propriétés physico-chimiques, toxicité chez les mammifères, écotoxicité, devenir environnemental (dégradation/persistance), description du processus de fabrication, utilisations possibles, mesures de gestion des risques… Néanmoins, les évaluations de risques requises sont trop succinctes pour assurer une protection efficace de la santé ; en particulier, ces évaluations ne sont pas appropriées pour estimer les risques pour le développement cérébral.
  • Dès le stade de son élaboration, la réglementation REACh a été très critiquée :
    • selon plusieurs représentants du secteur de la chimie, REACh est trop coûteux et rend les entreprises du secteur moins compétitives ;
    • certains gouvernements ont affirmé qu’elle constituerait une entrave aux échanges commerciaux ;
    • certains défenseurs des droits des animaux ont souligné que REACh conduirait à un usage excessif de l’expérimentation animale.
  • Concernant l’impact économique sur les entreprises, l’Union européenne a missionné un cabinet d’expertise comptable indépendant pour réaliser une estimation. Selon cette estimation, le programme coûterait aux entreprises environ 2,3 milliards d’euros sur 11 ans – soit moins de 0,05 % du chiffre d’affaires total de l’industrie chimique sur la même période. En parallèle, les économies potentielles en matière de soins de santé s’élèveraient à 50 milliards d’euros sur 30 ans.
  • Les recommandations indiquées dans ce livre concernent, en priorité, les femmes enceintes et les jeunes enfants. Néanmoins, elles seront sources de nombreux bénéfices pour tous. Elles incluent les bonnes pratiques suivantes :
    • éviter de conserver de la nourriture (notamment les aliments gras) dans des récipients en plastique ; préférer le verre et la céramique ;
    • ne pas utiliser de récipients en plastique dans un four à micro-onde ;
    • concernant les anneaux de dentition pour bébés, ne pas choisir de plastique flexible ;
    • utiliser des biberons en verre.

 

Cerveau endommagé Barbara Demeneix enfants 3

 

Quelques extraits en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement »

Dans les premiers travaux sur la contamination au PCB (étude du lac Michigan), les données […] ont montré qu’en dépit de la charge supplémentaire transférée par l’allaitement au sein la plupart des anomalies étaient corrélées au développement prénatal et au passage placentaire in utero. En outre, les enfants nourris au sein faisaient preuve de meilleurs résultats neurodéveloppementaux que leurs pairs nourris au lait maternisé (sans doute en raison des multiples avantages du lait maternel). Il semble toutefois raisonnable, étant donné l’important transfert de certains produits chimiques, de recommander aux femmes allaitantes de réduire leur utilisation de cosmétiques et de crème solaire.

Les tout-petits et les bébés qui commencent à ramper sont exposés de manière aiguë aux poussières de maison : ils évoluent sur (ou non loin du) sol, et se mettent naturellement les doigts dans la bouche. Les poussières domestiques constituent l’une des sources de contamination les plus complexes et les plus importantes de pesticides et de retardateurs de flamme. […] l’effet de mélange est, là encore, systématiquement souligné. Les retardateurs de flamme s’accumulent dans les poussières de maison à partir de multiples sources, parmi lesquelles le mobilier (rideaux, tapis et autres revêtements de sol), les meubles (tout particulièrement les parties molles des canapés et des coussins à base de mousse), les matériaux de construction et d’isolation, les ordinateurs et les appareils électroniques tels que les télévisions à écran plat. Dans ce contexte, les PDBE sont particulièrement préoccupants, car ils sont partiellement volatils et peuvent donc être libérés dans les intérieurs et se déposer au sein de la poussière.

Les pouvoirs publics estiment souvent que l’utilisation des retardateurs de flamme est aujourd’hui excessive, et que les risques l’emportent depuis longtemps sur les avantages.

Les enfants sont exposés à d’importantes doses de mélanges complexes issus de plusieurs familles chimiques à tous les stades de leur développement, et ce dès la fécondation.

Il est surprenant de constater qu’en dépit des preuves de l’existence d’une exposition multiple, et des niveaux particulièrement élevés de retardateurs de flamme dans le sang des cordons, aucune étude n’a tenté d’évaluer l’éventail complet des composants des mélanges présents dans le sang du cordon, dans le méconium ou dans le lait maternel.

Les contaminants omniprésents récemment identifiés doivent faire l’objet d’évaluations approfondies, afin de détecter leurs propriétés potentielles susceptibles de perturber le système endocrinien (de manière isolée et au sein de mélanges).

Étant donné les sept catégories de produits chimiques le plus souvent retrouvés dans le sérum maternel (perchlorate, HAP, phtalates, PFC, PBDE, pesticides OC et PCB), il serait intéressant de tester les effets de l’exposition gestationnelle dans le cadre d’études animales, en utilisant des mélanges représentatifs, afin d’évaluer leurs effets neurocomportementaux sur les progénitures.

Les diagnostics de troubles du spectre autistique (TSA) ont grimpé en flèche. 1 enfant sur 5 000 en 1975, contre 1 sur 68 en 2014 selon les données publiées. L’incidence du trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité (TDA/H) a également augmenté ; il affectait 8 % des enfants américains en 2011. Moins de 40 % de l’augmentation des cas de TSA est imputable aux ajustements diagnostiques et à la sensibilisation de la population. Le patrimoine génétique n’a pas changé ; l’environnement est donc certainement en cause.

En dépit de l’amélioration considérable des méthodes de séquençage génétique et de l’ampleur des sommes investies, les chercheurs n’ont pu mettre au jour que quelques variations génétiques de l’ADN pouvant être reliées aux TSA. À l’évidence, on doit s’intéresser de plus près aux facteurs environnementaux, et tout particulièrement à leur impact sur les réponses cellulaires et sur l’expression génétique (interactions gènes-environnement) qui se produisent pendant les premières étapes du développement.

Ces découvertes réaffirment que la prise en compte du contexte environnemental permet d’expliquer l’augmentation de l’incidence. Dans l’ensemble, ces études soulignent deux choses. D’abord, le fait d’avoir découvert des centaines de gènes pouvant être associés (à divers degrés) aux TSA n’a pas permis de mettre au jour de causes génétiques communes, mais démontre que le syndrome est polygénique. Second point : les mutations de novo doivent être associées aux autres facteurs de risque, tels que les contaminants environnementaux, pour que la pathologie se déclare.

Le fait que cette exposition maternelle aux substances chimiques pendant la gestation puisse affecter la génération suivante est aisément compréhensible. Ce que l’on réalise moins souvent, c’est que lorsqu’une femme enceinte est exposée à une substance affectant l’expression génétique, trois générations sont affectées simultanément : la mère, l’enfant et les futurs enfants de ce dernier. Cela s’explique par le fait que les cellules germinales se forment dans le fœtus. Ce sont ces cellules germinales qui produiront les ovocytes (si l’enfant est de sexe féminin) ou les spermatozoïdes (s’il est de sexe masculin).

 

La quatrième partie de cette chronique sera publiée dans quelques jours !

 

Cette chronique met en avant l’importance de protéger les enfants des substances préoccupantes, car les effets potentiels pourraient être graves et pérennes. Ce blog a pour mission de vous aider et de vous accompagner dans votre démarche ! Pour vos premiers pas, vous pouvez vous appuyer sur le guide gratuit téléchargeable ci-dessous.

Photo par Cédric Puisney

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