Comment empêcher les polluants d’endommager le cerveau des enfants, avec Barbara Demeneix (1/5)

Les perturbateurs endocriniens sont nombreux et le chantier est de taille. Or chaque décision tardive, chaque action remise à plus tard risque de constituer peu à peu une injure à l’avenir. J’ai repris à mon compte cette formule saisie lors de différents entretiens, tant je pense qu’elle est cruciale : « Le XXe siècle fut le siècle de l’hygiène bactériologique, le XXIe doit immédiatement devenir celui de l’hygiène chimique. » À la clé, des millions de vies à sauver. – Nicolas Hulot

Ces pathologies, ou seulement l’acquisition d’une augmentation de susceptibilité à leur genèse, pouvaient éclore non seulement lors de la première génération, mais aussi au cours des générations suivantes. D’où, intimement lié au concept précédent, celui de pathologies transgénérationnelles, particulièrement bien établi pour les perturbateurs endocriniens et pouvant, pour un certain nombre d’entre eux, se manifester jusqu’à la quatrième génération. – Pr Dominique Belpomme

 

 

Chronique du livre « Le Cerveau endommagé »

Cerveau endommagé Barbara Demeneix enfants

De Barbara Demeneix, 411 pages, publié en 2016

 

Barbara Demeneix est biologiste. Elle dirige le laboratoire « Évolution des régulations endocriniennes » du Muséum d’histoire naturelle. Ses domaines de recherche incluent les hormones thyroïdiennes et les perturbateurs endocriniens. En 2014, Barbara Demeneix a reçu la Médaille de l’Innovation du CNRS.

Ce livre décrit certains effets sanitaires liés à l’exposition aux perturbateurs endocriniens : altération du comportement et diminution des facultés intellectuelles. Il propose des recommandations pour protéger les enfants, la population la plus touchée.

 

Ce livre fait l’objet d’une chronique en cinq parties. Cet article est la première partie de la chronique.

 

Quelques informations et points de vue intéressants, concernant la thématique « Santé des enfants et environnement »

Voici une liste d’informations et de points de vue issus du livre, en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement », et que je souhaite partager avec vous.

  • Certaines substances chimiques, qui se retrouvent aujourd’hui dans notre environnement quotidien, peuvent interférer avec le fonctionnement du système endocrinien. Ces substances sont appelées « perturbateurs endocriniens ».
  • Auprès du grand public, le concept de « perturbateurs endocriniens » est introduit par Theo Colborn, Dianne Dumanoski et John Petersob Myers, dans le livre Our Stolen Future. [Note de Guillaume : la traduction française de ce célèbre livre a pour titre L’homme en voie de disparition ?]
  • Dans des expériences de laboratoire, même de faibles expositions peuvent produire des effets sanitaires significatifs : altération du développement fœtal, augmentation du risque de développer de nombreuses maladies (dont le cancer, le diabète et l’obésité), modification du comportement, trouble de la fécondité… Ces effets sont en augmentation chez les habitants des pays développés.
  • Plus particulièrement, les perturbateurs endocriniens sont suspectés d’endommager le cerveau, notamment en perturbant le fonctionnement de la thyroïde pendant les premières années de vie. La période intra-utérine semble être la période de plus grande vulnérabilité.
  • De manière assez ironique, si cet effet est confirmé et que la tendance reste la même, nos cerveaux pourraient ne plus avoir la capacité d’identifier des mesures permettant de corriger la situation. Il s’agirait alors d’un cercle vicieux.
  • Les éléments de preuves concernant les produits chimiques qui affectent la signalisation des hormones thyroïdiennes s’accumulent depuis de nombreuses années.
  • Déjà pour un nombre réduit de produits chimiques (plomb, mercure, PCB…), des associations avec de nombreux cas d’altérations cérébrales ont été démontrées, avant qu’ils ne soient interdits par la loi (trop tardivement donc). Aujourd’hui, des centaines de substances chimiques se trouvent dans notre environnement quotidien ; pour la grande majorité d’entre elle, leur toxicité reste trop peu étudiée.
  • La communauté scientifique est en train de prendre conscience de la vulnérabilité de l’enfant en développement. Au regard de la santé des enfants et des risques de maladies à l’âge l’adulte, cette phase de développement joue un rôle critique.
  • Les hormones thyroïdiennes semblent jouer un rôle essentiel à un stade très précoce du développement cérébral : les trois premiers mois de grossesse. L’intelligence et la santé mentale des enfants à naître sont menacées par une exposition continue à certaines substances de synthèse, présentes dans le corps des femmes enceintes.
  • Une carence en iode rend la fonction thyroïdienne plus vulnérable à l’action des substances chimiques. Or le besoin en iode est plus élevé pendant la grossesse.
  • De nombreuses substances chimiques de synthèse sont retrouvés dans les fluides et les tissus humains : graisse, sang, sérum, liquide amniotique, sang du cordon ombilical, lait maternel… Beaucoup de ces substances sont retrouvées à des concentrations susceptibles d’interférer avec le fonctionnement des hormones thyroïdiennes, et donc avec le développement neurologique.
  • Certaines périodes du développement précoce correspondent à une vulnérabilité accrue. Ces périodes sont appelées « fenêtres de développement sensibles » ou « fenêtre de vulnérabilité ». Pendant ces périodes, si une étape du développement de certains organes ou de certains tissus est perturbée, il n’y aura pas de correction possible : cette perturbation peut laisser des séquelles dans le corps du futur enfant, des dommages irréversibles. Certaines de ces séquelles peuvent se manifester avec un décalage de plusieurs années.
  • Les recommandations indiquées dans ce livre concernent, en priorité, les femmes enceintes et les jeunes enfants. Néanmoins, elles seront sources de nombreux bénéfices pour tous. Elles incluent les bonnes pratiques suivantes :
    • privilégier les aliments issus de l’agriculture biologique, en particulier les céréales, les légumes, les fruits et les produits laitiers ;
    • éviter les poissons présentant de fortes teneurs en mercure ;
    • réduire la consommation d’aliments transformés, préparés et conditionnés/emballés ;
    • pendant la grossesse et les premiers mois de l’enfant, éviter d’acheter une nouvelle automobile. Le cas échéant, y passer régulièrement l’aspirateur, afin de diminuer l’exposition des passagers aux poussières issus des nouveaux sièges.

 

Cerveau endommagé Barbara Demeneix enfants 1

 

Quelques extraits en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement »

Durant la dernière décennie, face à la hausse de l’incidence de l’hypothyroïdie congénitale, des troubles du spectre autistique (TSA) et du trouble du déficit de l’attention/hyperactivité (TDA/H), des chercheurs ont suspecté l’existence d’un lien entre ces pathologies et les perturbateurs endocriniens – et tout particulièrement ceux qui interfèrent avec l’action des hormones thyroïdiennes. Force est d’admettre que nous courons peut-être à notre propre perte. Pire : si nous sommes bel et bien en train d’endommager notre cerveau, nous pourrions bientôt ne plus être capables de prendre les mesures susceptibles d’inverser cette tendance.

Ne pas corriger les injustices futures, c’est rester aveugle à un fait d’importance : ce sont l’intelligence et l’ingéniosité humaines qui ont généré et produit ces vastes ensembles de substances non testées et potentiellement dangereuses. En toute logique, l’intelligence et l’ingéniosité humaine devraient donc permettre de trouver un moyen de contrôler et d’éliminer leurs conséquences déplorables. Si nous refusons d’agir, les générations futures pourraient bien se retrouver incapables de le faire : il leur manquera l’intelligence ; il leur manquera l’ingéniosité – à tout jamais.

De nouvelles informations sont apparues au sujet de l’incidence des TSA [trouble du spectre de l’autisme] aux États-Unis. Elles montraient que ces troubles affectaient un jeune garçon sur cinquante-six, avec une incidence en nette augmentation depuis le début des années 2000. Ce phénomène coïncide avec une augmentation de l’incidence du TDA/H [Trouble de déficit de l’attention / hyperactivité]. Le coût socio-économique de ces deux troubles est énorme. Aux États-Unis, les TSA coûtent à eux seuls 35 milliards de dollars par an – et ce chiffre ne prend pas en compte les tragédies personnelles des familles concernées.

Étant donné les centaines de milliers de produits chimiques fabriqués et rejetés dans l’environnement au fil des dernières décennies (sans – ou avant – que l’on teste leurs effets physiologiques), il est bien difficile de savoir par où commencer pour percer la complexité de leurs interactions.

En partant d’une série de conclusions épidémiologiques sur la présence de différentes substances polluantes, et en analysant des données montrant les effets de ces mêmes substances sur les mécanismes de développement et sur l’action hormonale, on parvient à une conclusion des plus troublante : les capacités intellectuelles des générations futures sont sérieusement compromises.

Les hormones thyroïdiennes (HT) régulent l’expression génétique. Étant donné que de nombreux facteurs environnementaux interfèrent avec les voies dépendantes des HT, et que la signalisation des HT régule l’expression génétique dans le cerveau, la signalisation des HT peut être considérée comme un pont liant l’environnement aux réseaux génétiques impliqués dans le développement cérébral.

Les enfants sont toujours plus vulnérables que les adultes.        

Une exposition précoce à certains produits chimiques réduit les capacités intellectuelles – évaluées via le quotient intellectuel (QI) – de manière permanente. Aujourd’hui, près de la moitié des enfants souffrant de troubles du spectre autistique (TSA) souffrent également d’une déficience intellectuelle, avec des QI de moins de 70. L’augmentation actuelle – et sans précédent – de l’incidence des TSA et d’autres troubles mentaux ou comportementaux, tels que le trouble du déficit de  l’attention/hyperactivité (TDA/H) ne peut être imputable à la seule évolution des définitions diagnostiques et/ou aux facteurs génétiques. Les facteurs environnementaux doivent être pris en compte.

Le TSA, le TDA/H, et la perte permanente d’une partie des capacités intellectuelles représentent un très lourd fardeau socio-économique ; parce qu’ils représentent des dépenses à vie pour les personnes concernées et leurs familles, mais aussi parce qu’ils auront des conséquences – multiples et considérables – qui marqueront la structure de nos sociétés.

Le début de la grossesse est une période sensible – même si c’est bien l’ensemble de la gestation qui se caractérise par une vulnérabilité élevée.

La détection de tels effets sur le cerveau et sur le comportement requiert la mise en place d’études de grande envergure à l’échelon de la population. Malheureusement, de nombreux enfants sont aujourd’hui les cobayes involontaires d’innombrables expériences de ce type. Aucun scientifique ne peut expérimenter sur les animaux ou procéder à des tests sur des humains sans l’aval d’un comité d’éthique – ce qui est parfaitement légitime. La commercialisation de certains produits chimiques devrait peut-être faire l’objet de précautions éthiques plus rigoureuses encore ; on retrouve en effet nombre de ces produits dans l’air que nous respirons ou dans nos assiettes.

L’issue de ces « expériences » ne peut être évaluée avec précision, du fait de l’absence de contrôles. On retrouve des mélanges de dizaines de produits chimiques dans chaque organisme, ce qui nous empêche d’identifier les principaux suspects.

La commercialisation d’un nouveau produit chimique ne prend que quelques mois – mais ce n’est qu’au bout de plusieurs décennies d’enquêtes internationales intenses que l’on peut parvenir à démontrer ses effets indésirables sur l’animal et sur l’homme.

 

La seconde partie de cette chronique se trouve ici : Comment empêcher les polluants d’endommager le cerveau des enfants, avec Barbara Demeneix (2/5)

 

Cette chronique met en avant l’importance de protéger les enfants des substances préoccupantes, car les effets potentiels pourraient être graves et pérennes. Ce blog a pour mission de vous aider et de vous accompagner dans votre démarche ! Pour vos premiers pas, vous pouvez vous appuyer sur le guide gratuit téléchargeable ci-dessous.

Photo par Omer Ziv

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