Comment certains produits chimiques mettent en danger la santé de nos enfants, selon Cash Investigation (3/3)

La France est toujours, fièrement, le premier consommateur de pesticides en Europe. Et sa consommation, loin de diminuer, a augmenté de 2,7 % entre 2009-2010 et 2010-2011. – Fabrice Nicolino

[Concernant les pesticides] À l’heure actuelle, l’imprégnation des Français par certains pesticides est préoccupante. Selon l’InVS, les analyses réalisées entre 2006 et 2007 chez 3 100 personnes dans le cadre du Programme national nutrition santé (PNNS) révèlent que le sang d’un Français contient trois fois plus de certains pesticides (pyréthrinoïdes, paradichlorobenzène) que celui d’un Américain ou d’un Allemand. – Pr Marano, Pr Barouki et Pr Zmirou

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Chronique du livre « Toxic : Produits chimiques : nos enfants en danger »

cash investigation enfants chimiques sante

De Martin Boudot et Antoine Dreyfus, 160 pages, publié en 2016

 

Martin Boudot est journaliste-réalisateur pour l’émission Cash Investigation. Antoine Dreyfus est journaliste de presse écrite.

Ce livre porte sur les risques sanitaires liés à certains produits chimiques, fabriqués par des entreprises multinationales, les pesticides en particulier. Il est issu d’une enquête réalisée pour l’émission Cash Investigation, diffusée le 2 février 2016 ; il complète les éléments présentés à l’antenne : certains aspects sont approfondis et des mesures de maîtrise des expositions sont proposées. Ces mesures comprennent des recommandations à l’attention des parents, dans l’objectif de protéger leurs enfants de pollutions préoccupantes.

Ce livre fait l’objet d’une chronique en trois parties. Cet article est la deuxième partie de la chronique. La première partie se trouve ici : Comment certains produits chimiques mettent en danger la santé de nos enfants, selon Cash Investigation (1/3)

 

Quelques informations et points de vue intéressants, concernant la thématique « Santé des enfants et environnement »

Voici une liste d’informations et de points de vue issus du livre, en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement », et que je souhaite partager avec vous.

  • De nombreux pesticides sont des perturbateurs endocriniens, c’est-à-dire des substances capables de perturber le fonctionnement du système hormonal.
  • En février 2013, le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) publient un rapport consacré aux perturbateurs endocriniens. Ce rapport conclut à une « menace globale » sur la santé, « qui impose de trouver une solution », et à l’inadéquation des méthodes classiques d’évaluation des risques pour ces substances.
  • En mars 2013, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (AESA, plus connu par son acronyme anglais EFSA, pour European Food Safety Authority) publie des conclusions significativement différentes. Ces conclusions confortent les forts soupçons de conflits d’intérêts qui portent sur plusieurs experts de l’EFSA. Cette situation est préoccupante car, en Europe, la régulation des taux de pesticides dans les aliments fait partie du champ d’action de l’EFSA.
  • En mars 2015, l’Endocrine Society a présenté les conclusions d’une étude portant sur l’impact des perturbateurs endocriniens sur le cerveau des enfants. Selon ces conclusions, ces substances sont associées à des symptômes autistiques chez l’animal. Les perturbateurs endocriniens sont donc suspectés de contribuer à l’augmentation des cas d’autismes diagnostiqués chez les enfants.
  • Les recommandations proposées par ce livre incluent les bonnes pratiques suivantes :
    • Si des écoles ou des habitations se trouvent à proximité immédiate de zones agricoles, adresser un courrier aux agriculteurs concernés, afin d’être au minimum informé des passages de pulvérisateurs. Un modèle de courrier est disponible sur le site Internet de Générations futures.
    • Manger des produits issus de l’agriculture biologique, afin de diminuer la dose de pesticides ingérés. La priorité doit être donnée aux fruits et légumes.
    • Privilégier les produits locaux et de saison. Les fruits et les légumes cultivés à contre-saison nécessitent une plus grande utilisation de pesticides, pour leur culture et pour leur transport sur de longues distances.
    • Concernant les fruits et les légumes issus de l’agriculture conventionnelle :
      • privilégier ceux qui sont réputés contenir le moins de pesticides : avocat, melon, chou, kiwis, aubergine…
      • éviter sont qui sont connus pour leurs fortes teneurs en pesticides : pommes, raisins…
      • les laver et les éplucher, même si une grande partie des nutriments se trouve dans la peau.

 

cash investigation enfants chimiques sante 3

 

Quelques extraits en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement »

[Concernant l’augmentation des cas d’autismes diagnostiqués] « Donc, on est tous d’accord, ça augmente sensiblement. La question, c’est pourquoi ? Quelles sont les causes ? » En réalité, Florent Chapel a sa petite idée sur les origines de cette flambée. Les scientifiques aussi. Leurs hypothèses convergent de plus en plus vers certains produits chimiques, car la génétique ne peut pas tout expliquer.

La science a considérablement avancé sur le sujet des perturbateurs hormonaux, et l’une des meilleures spécialistes en la matière se nomme Barbara Demeneix, Directrice du département Régulations, développement et diversité moléculaire du Muséum national d’histoire naturelle de Paris (MNHN) […] : « Plusieurs hypothèses ont été évoquées. Des causes génétiques, la modification des méthodes de diagnostic, voire des méthodes d’accouchement, mais, clairement, l’augmentation de l’incidence [de l’autisme] ne peut pas être expliquée seulement par les modifications génétiques pendant la période où l’on constate l’augmentation, car cette période est trop courte pour que le génome humain change autant. On penche plus pour les effets des polluants dans l’environnement, qui agiront pour exacerber des susceptibilités génétiques en créant des interactions gènes/environnement. »

La nature étant bien faite, la dose d’hormones doit être délivrée au bon moment pour un développement normal du fœtus. Une trop faible ou trop forte dose d’hormones envoyée à un instant t peut perturber un fragile équilibre. Les fameux perturbateurs endocriniens ou hormonaux peuvent justement modifier cet équilibre, parce qu’ils ont des « structures similaires aux hormones endogènes de l’organisme, ce qui leur confère la faculté d’interférer avec l’activité hormonale, explique Barbara Demeneix. Ils peuvent entraîner des effets néfastes qui peuvent éventuellement se transmettre sur plusieurs générations. »

Le plus étonnant avec ces polluants chimiques qui viennent perturber le développement des enfants, c’est qu’une faible dose peut causer beaucoup de dégâts. Dès 2009, lors du congrès annuel de la Société d’endocrinologie qui a donné lieu à la Déclaration de Washington, Ana Soto, biologiste réputée, a remis en cause, avec d’autres chercheurs, le dogme scientifique selon lequel la dose fait le poison. Cinq éléments sont à retenir.

  • C’est le timing qui fait le poison. Les effets néfastes de ces substances sont très importants pendant la gestation du foetus.
  • Les effets du poison peuvent se faire sentir nettement plus tard. Et il n’est pas certain de retrouver des traces de ces substances nocives dans l’organisme.
  • Il y a un effet cocktail. Prises individuellement, ces substances peuvent n’avoir que peu d’impact sur le développement des enfants. Ensemble, elles peuvent avoir des effets redoutables.
  • Les effets de ces perturbateurs sont plus importants à faibles doses qu’à fortes doses. C’est probablement la théorie scientifique la plus difficile à admettre.
  • Les effets constatés peuvent se transmettre de générations en générations. Chez des animaux exposés à des perturbateurs hormonaux au stade utérin, des effets néfastes ont été constatés dans leur enfance et à l’âge adulte, mais aussi chez leurs descendants, même s’ils n’ont pas été exposés à ces produits.

 

Mon avis

Les « + » :

  • Une émission de télévision populaire, diffusée à une heure de grande écoute, qui consacre une de ces émissions à la santé environnementale, appliquée aux enfants et à leurs vulnérabilités spécifiques.
  • La capacité des journalistes à trouver des données confidentielles (ex : détails des ventes de pesticides en France) et à interviewer des acteurs connus du domaine de la santé environnementale (ex : Tyrone Hayes)

Les « – » :

  • Avec un domaine nouveau par enquête, il est difficile de présenter un résultat approfondi.
  • Formulations anxiogènes, données et phrases extraites de leur contexte, procès d’intention, extrapolations abusives : ce type de documentaire m’a paru avoir pour objectif premier de chercher le scandale. La forme me semble desservir le fond, pourtant légitime.

Photo par Frank Heinz

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