Certains médicaments contiennent trop de phtalates pour les femmes enceintes et les enfants

La présence de polluants comme […] les phtalates […]  provient de la multitude d’emplois industriels et domestiques. C’est la substitution à la source qui est la solution plutôt que la gestion par un seuil de pollution, difficile de toute façon à déterminer. – André Cicolella.

 

Bonjour à tousPhtalates médicaments enfants enceintes

Les phtalates constituent une grande famille de substances chimiques. Ils sont utilisés comme additifs dans les matières plastiques, notamment celles en polychlorure de vinyle (PVC), pour les rendre plus transparentes et plus flexibles. Les phtalates sont donc présents dans de nombreux articles d’usage courant [1] : ballons, nappes, tuyaux, anneaux de dentition, rideaux de douche, imperméables, colles, lubrifiants, câbles, dallages, couvertures plastifiées, emballage de certains produits alimentaires, etc. Or certains phtalates sont suspectés d’être toxiques pour la reproduction [1, 2].

 

En plus de mettre à disposition des articles scientifiques, le site Internet de la revue Environment Health Perspectives [3] propose des interviews de chercheurs, auteurs de certains des articles publiés. Dans ce cadre, Katherine Kelley a été interviewée en 2012 [4]. Katherine Kelley est chercheuse pharmacienne au Centre d’épidémiologie de l’Université de Boston. L’interview a porté sur l’exposition aux phtalates, présents dans l’enrobage de certains médicaments et compléments alimentaires [5].

 

Eléments clés de l’interview, concernant la thématique « Santé des enfants et environnement »

Voici une liste d’informations et de points de vue issus de l’interview, en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement », et que je souhaite partager avec vous.

  •  Les enrobages contenant des phtalates permettent que le contenu des comprimés soit libéré dans l’organisme au moment opportun. On parle de « libération ciblée ». Par exemple, certains médicaments doivent agir dans le colon, après être passés par l’estomac et la première partie des intestins. C’est la raison pour laquelle les phtalates sont très largement utilisés dans les produits pharmaceutiques.
  • Selon 5 études portant sur l’exposition aux phtalates par les médicaments, cette exposition est 100 à 1 000 fois plus grande que l’exposition moyenne de la population générale [6] (autres sources).
  • La toxicité varie d’un phtalate à un autre. Chez l’animal, des études ont montré que certains phtalates sont toxiques pour la reproduction.
  • Pour un même type de produits pharmaceutiques, des alternatives sans phtalate peuvent également être disponibles.
  • « A ce stade, nous pensons que les données disponibles sur l’homme pourraient être trop peu nombreuses pour montrer que les phtalates devraient continuer à être utilisés dans ces produits.»
  • Les effets des phtalates sur les femmes enceintes et les enfants sont en cours d’approfondissement, dans le cadre de suivis de cohortes humaines [7]. Des malformations congénitales chez les petits garçons sont suspectées : hypospadias et absence d’un ou des deux testicules dans le scrotum.

 

Comment protéger les femmes enceintes et les enfants de ces polluants

Les populations les plus sensibles à une exposition aux phtalates sont les femmes enceintes, les femmes allaitantes et les enfants [1]. Eviter les médicaments et les compléments alimentaires contentant des phtalates permet de réduire leur exposition globale [1, 4].

Comment savoir si un médicament ou un complément alimentaire contient des phtalates ?  La notice du produit peut fournir l’information. Les noms de ces composés comprennent généralement le mot « phtalate ». Par exemple : phtalate de benzylbutyle (BBP), phtalate de dibutyle (DBP), phtalate de diéthyle (DEP), phtalate de di-2-éthylexyle (DEHP), phtalate de di-isononyle (DINP), etc.

« Les médicaments en vente libre présentent généralement la liste complète des ingrédients » [6]. Concernant les médicaments prescrits sur ordonnance, pour des raisons de propriétés industrielles, une liste partielle d’ingrédients peut seulement être fournie. Néanmoins, la liste des excipients d’un médicament (les substances autres que le principe actif) peut être consultée sur le site de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) [1] : http://agence-prd.ansm.sante.fr/php/ecodex/index.php.

En 2013, certains médicaments ont été identifiés par l’ANSM comme contenant un phtalate potentiellement toxique pour l’Homme, le DBP, en quantités supérieures à celles recommandées par l’Agence européenne du médicament : Acadione, Atrican, Atrican, Prokinyl et Rowasa.  L’ANSM recommande d’éviter l’usage de ces produits, et à défaut de le limiter, pour les femmes enceintes, les femmes allaitantes et les enfants [1].

 

Connaissiez ces recommandations ? Si oui, rencontrez-vous des difficultés à les mettre en œuvre ? Peut-être avez-vous d’autres conseils à appliquer en complément, pour diminuer notre exposition aux phtalates. Dites-le moi dans les commentaires !

Photo par Global Panorama

 

Références :

  1. Questions/Réponses – Phtalates et médicaments. Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) – http://ansm.sante.fr/var/ansm_site/storage/original/application/240848d0141d32b15cec4718ee328b65.pdf
  2. Silva MJ et al. Urinary levels of seven phthalate metabolites in the U.S. population from the National Health and Nutrition Examination Survey (NHANES) 1999–2000. Environ Health Perspect 2004 ; 112(3) : 331–338 ; http://dx.doi.org/10.1289/ehp.6723.
  3. En français : Perspectives en Santé Environnementhttp://ehp.niehs.nih.gov/
  4. Ahearn A. Phthalates in medicinal products, with Katherine Kelley. Environ Health Perspect 2012 ; http://dx.doi.org/10.1289/ehp.trp030112
  5. Hernández-Díaz S et al. Medications as a potential source of exposure to phthalates in the U.S. population. Environ Health Perspect 2009 ; 117(2) : 185–189 ;  http://dx.doi.org/10.1289/ehp.11766
  6. Kelley KE et al. Identification of phthalates in medications and dietary supplement formulations in the United States and Canada. Environ Health Perspect 2012 ; 120(3) : 379–384. http://dx.doi.org/10.1289/ehp.1103998
  7. Pregnancy Health Interview Study (Birth Defects Study). Boston, MA : Slone Epidemiology Center, Boston University. http://www.bu.edu/slone/Research/Studies/
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16 Commentaires

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  4. Yum

    Bonjour Guillaume,
    je ne savais pas du tout qu’on pouvait trouver des phtalates dans des médicaments, décidément ils sont partout! 🙁
    Merci en tout cas pour les conseils pratiques.
    En espérant que les produits « sans » ne contiennent pas de substituts tout aussi dangereux…

    Répondre
    1. Guillaume

      Tu as tout à fait raison, ce n’est pas toujours simple de trouver des substituants sûrs…

      En complément, pour ton information, les tuyaux et poches utilisés pour les transfusions sont les sources « médicales » les plus médiatisées
      Guillaume Article récent : Défi « Santé des enfants et environnement » : l’heure du bilanMy Profile

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