Ce que les médecins doivent savoir en santé-environnementale, avec William Dab (1/4)

[Il est nécessaire] de réunir l’approche biomédicale et l’approche écologique pour que « l’état de complet bien être physique, mental et social » ne soit pas qu’une utopie. – Pr William Dab

La maladie est le plus écouté des médecins : à la bonté, au savoir, on ne fait que promettre ; on obéit à la souffrance. – Marcel Proust

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Chronique du livre « Le praticien et l’environnement »

Praticien environnement William Dab

sous la direction de William Dab, 80 pages, publié en 2010

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Ancien directeur général de la Santé, William Dab est médecin et professeur au Conservatoire National des Arts et Métiers (CNAM).

Ce livre est un ouvrage collectif, regroupant des fiches synthétiques à l’attention des praticiens, pour de nombreux thèmes de santé environnementale : pollutions de l’air extérieur et intérieur, pesticides, bruit, médicaments, radiofréquences, peintures au plomb, etc. L’objectif est de fournir un premier niveau de connaissances génériques, notamment afin d’appuyer les diagnostics cliniques.

La chronique de ce livre fait l’objet d’une série de quatre articles. Cet article est le premier de la série.

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Quelques informations et points de vue intéressants, concernant la thématique « Santé des enfants et environnement »

Voici une liste d’informations et de points de vue issus du livre, en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement », et que je souhaite partager avec vous.

  • En matière de santé-environnement, les médecins doivent reconquérir leur rôle historique de professionnels de référence.
  • Au XIXe siècle, les préoccupations liées à l’environnement fondèrent la médecine préventive : hygiène du quotidien, assainissement, eau potable de qualité, logements salubres, qualité bactériologique des aliments, etc.
  • Malheureusement, au XXe siècle, les succès de la médecine scientifique semblent prioritaires et ont contribuer à éclipser ceux de la prévention et de l’hygiène. La qualité de l’environnement est toujours un facteur essentiel de santé, mais l’importance qui lui est accordée a diminué.
  • En matière de santé environnementale, la balance bénéfices/risques doit être le critère central de la prise de décision.
  • La connaissance et le contrôle des expositions est la clé de la maîtrise du risque. Malheureusement, en pratique, les niveaux réels d’exposition sont difficiles à évaluer.
  • Le monde vivant est d’une grande complexité : démontrer un lien entre un facteur de risque potentiel et une pathologie requiert, en pratique, un consensus scientifique basé sur de nombreuses études, de différents types. Une unique étude ne suffit pas pour conclure.
  • La médecine préventive porte sur les causes potentielles de pathologies, avant l’apparition de symptômes : c’est une médecine d’anticipation.
  • L’environnement n’est pas qu’une menace, c’est aussi un facteur de protection.
  • La grossesse est une période de forte vulnérabilité : elle doit faire l’objet d’une attention toute particulière. La première des priorités est de minimiser l’exposition à la fumée de tabac. En complément, par exemple, une logique de prudence peut consister à limiter le temps passé dans un véhicule sur une route encombrée, et celui passé à proximité d’un axe routier à fort trafic (< 150 m).
  • Des études de laboratoires sur animaux suggèrent que certaines pathologies, apparaissant à l’âge adulte, peuvent être associées à des expositions pendant la période fœtale. Par exemple, l’exposition au tabac pendant la période intra-utérine pourrait altérer la fertilité à l’âge adulte.
  • Pire encore, certains effets pourraient être transgénérationnels. Par exemple, une exposition d’une grand-mère pourrait être associée à l’apparition de pathologies chez ses petits-enfants.
  • L’aération (ouverture manuelle de fenêtres) et la ventilation des locaux (équipements liés aux bâtiments, tels que des ventilations mécaniques contrôlées (VMC)) sont essentielles pour renouveler l’air intérieur et donc limiter la pollution dans les bâtiments.
  • En complément, les sources d’émissions de polluants peuvent être diminuées dans les environnements intérieurs. Les bonnes pratiques correspondantes incluent :
    • ne pas fumer ;
    • ne pas brûler des combustibles solides à proximité du bâtiment, en particulier des déchets verts ou du bois traité ;
    • vérifier le bon état des appareils de combustion domestiques : équipements de chauffage, cheminées à foyer ouvert, poêle au bois, etc.
    • réduire l’humidité intérieure, notamment en réparant les fuites d’eau ;
    • utiliser des matériaux de construction et des revêtements à faibles émissions (ex : peintures). Pour ce faire, on pourra s’appuyer sur l’étiquetage réglementaire en vigueur (privilégier la classe A+).

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Praticien environnement William Dab1

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Quelques extraits en lien avec la thématique « Santé des enfants et environnement »

Le fossé s’est peu à peu creusé entre le rôle réel de l’environnement comme facteur de santé et l’importance relative qui lui est accordée aujourd’hui dans la pratique de la médecine.

Il faut en permanence raisonner en termes de bénéfices/risques comme le médecin le fait couramment avec les médicaments ou les explorations invasives.

Une seule étude, même bien faite, ne fait pas la vérité. Il faut une confrontation pluridisciplinaire pour fabriquer un bon niveau de preuves. Cela prend du temps, il faut l’expliquer. À force d’entendre une succession de résultats les uns pessimistes, les autres optimistes, mais rarement reliés entre eux, les patients sont perplexes, il faut les guider pour sortir de la théorie du complot si facile à mobiliser lorsque l’on cherche un sens et que l’on n’en trouve pas.

La médecine sera de plus en plus une médecine du risque, c’est-à-dire une médecine dont les signes et symptômes – la sémiologie – seront fournis par des cartographies des risques et des facteurs associés, dans une posture fondamentalement proactive et pas seulement réactive.

L’épidémiologie comme outil de santé environnementale est souvent porteuse de mauvaises nouvelles : identification de nouveaux facteurs de risques, définition de groupes à risques élevés, impacts d’une prévention défaillante, etc. Cette accumulation de signaux d’alerte finit par donner le sentiment que la qualité de l’environnement ne fait que se dégrader. Or, en matière de qualité de l’air, c’est l’inverse qui est constaté : pour la plupart des polluants mesurés, les niveaux sont inférieurs aujourd’hui à ceux des années 1970.

L’effet des expositions durant la vie fœtale ne se limite pas à la période périnatale. Au cours des dernières années, la question des effets sur la santé à long terme de la descendance des expositions de la femme enceinte s’est posée de façon accrue. En effet, les hypothèses des perturbateurs endocriniens, et celle des origines développementales de la santé et des maladies (DOHaD), qui reposent sur de nombreux travaux expérimentaux chez l’animal, incitent à considérer que la survenue de pathologies à l’âge adulte est “programmée” durant la vie fœtale.

L’extrême sensibilité du développement intra-utérin incite finalement à penser la prévention comme s’il n’y avait pas de barrière entre l’organisme maternel et le fœtus.

Certaines personnes sont plus sensibles que d’autres aux effets nocifs de la pollution de l’air ; ce sont les patients atteints de maladies cardio-vasculaires et respiratoires, les personnes âgées, les enfants et les nourrissons ; avec, chez les personnes âgées ou souffrant d’une affection respiratoire chronique, un risque accru de décès prématuré lié à une maladie pulmonaire ou cardiaque. Selon des études récentes, c’est également le cas des personnes obèses.

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La suite de cette chronique se trouve ici : Ce que les médecins doivent savoir en santé-environnementale, avec William Dab (2/4)

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Cette chronique met en avant l’importance de protéger les enfants des substances préoccupantes, car les effets potentiels pourraient être graves et pérennes. Ce blog a pour mission de vous aider et de vous accompagner dans votre démarche ! Pour vos premiers pas, vous pouvez vous appuyer sur le guide gratuit téléchargeable ci-dessous.

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Photo par Racineur

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Sensibiliser les enfants avec des livres illustrés ? Ca m'intéresse !
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